Ames perdues

Une virilité datée ?

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dimanche 13 octobre 2013

Interview de l’historienne Christelle Taraud sur liberation.fr :

A partir de quand le pénis a joué un rôle prépondérant ?

A partir du début du XIXe siècle. Une culture bourgeoise où le moralisme était extrêmement fort s’est alors imposée. Mais en même temps, nous avons assisté à une redéfinition de la masculinité, où le pénis est apparu comme un élément central. Le pénis devient symbolique de la masculinité dans son ensemble, et de la virilité en particulier. Il fait l’homme et réciproquement. Le XIXe siècle est la période d’apogée de cette vision. Ce siècle est incontestablement le siècle de l’hymne au pénis. On est très loin de l’identité masculine qui transparaît dans l’Iliade, par exemple, où Ulysse pleure abondamment et où les héros grecs, qui font le siège de Troie, font preuve d’une très forte homo-sociabilité. Achille et Patrocle sont ainsi très proches, très intimes. On est loin aussi de la masculinité aristocratique, de l’Ancien Régime, qui cohabite avec la poudre, les perruques et les dentelles sans que les hommes qui se parent ainsi ne soient remis en cause dans leur virilité.

Le sexe masculin occupait donc auparavant une place mineure ?

Non, il a toujours eu une place centrale. Mais la définition de l’identité masculine et de la virilité a beaucoup varié.

Justement, comment expliquer l’hymne au pénis d’un XIXe siècle très moral ?

A la suite de la révolution de 1789, la virilité a été pensée comme devant être mise au service exclusif de la famille et de la patrie. Au travers de la conscription, par exemple, qui deviendra un élément clé de cette dernière, avec l’idée que « lorsqu’on est bon pour le service, on est bon pour les filles ». A l’époque, dans les milieux bourgeois, ouvriers ou paysans, les violences entre hommes - rixes au corps à corps, duels - ne sont pas rares. Et comme, dans le même temps, on tente de rendre cette violence utile au pays, on peut observer une sorte de domestication schizophrénique des hommes. La virilité n’est en effet licite que dans certains cadres établis : sexuels, familiaux, sociétaux. De surcroît, avec l’instauration du code civil en 1804, la masculinité hégémonique prend ses aises, elle emménage légalement, si je puis dire. Les hommes obtiennent alors des privilèges exorbitants. Du coup, ces derniers vont faire front, durablement, contre le sexe dit faible.

Tiens, intéressant !

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