Rupture

La flexibilité par emplois précaires, rtt, ou heures sups ?

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mardi 8 mai 2007

Bien, c’est fini, et ceux qui prônaient la disparition des emplois précaires et la promotion de semaines de travail de courte durée ont perdus. Celui qui a gagné, en revanche, prône l’extension de l’usage des heures supplémentaires, qu’il présente comme un moyen mis à la disposition des travailleurs afin qu’ils puissent augmenter leur pouvoir d’achat.

Les "travailleurs" étant nettement plus nombreux que les entrepreneurs, les candidats aux élections s’adressent à eux dans les médias ; ils ont d’autre moyens, plus discrets, de s’adresser aux industriels. Il n’en reste pas moins que la flexibilité, l’adaptabilité des ressources humaines aux variations de la charge de travail, c’est l’affaire des entrepreneurs, pas des employés ; et les emplois précaires, les 35h (par la magie du système de "récupération du temps de travail" – rtt) et les heures sups sont des moyens à disposition des chefs d’entreprises. Tout le monde le sait bien, pourtant.

Il se trouve que je travaille de temps en temps dans un domaine où la charge de travail varie considérablement, parfois au quotidien ; c’est le maraîchage. J’y ai essentiellement travaillé pour deux employeurs aux pratiques fort différentes. L’un obtient les variations désirées de ressources humaines à l’aide des contrats précaires et de la rtt ; l’autre a recours massivement aux heures sups et n’est d’ailleurs pas passé aux 35h. Le premier se débrouille pour avoir plus de personnel que nécessaire, ne pas payer d’heures supplémentaires, en imposant à une partie de son personnel des semaines plus souvent en dessous qu’au dessus des 35h ; l’autre choisit d’avoir à peine le personnel nécessaire et impose à une partie – voire à l’ensemble – de ce personnel des semaines d’au minimum 40h, mais fréquemment très supérieures à ces 40h.
Dans les deux cas, le personnel n’a pas vraiment d’autre choix que d’obtempérer.

D’après mon expérience, donc, il y aurait comme une opposition entre, d’une part, l’usage des heures sups, et d’autre part, celui des emplois précaires et de la rtt. Faudrait-il donc, pour favoriser les heures sups, lutter contre les emplois précaires ? C’est la question que je pose à notre nouveau président.
Bon, en fait les choses sont plus compliquées que cela. Dans leurs choix, les industriels sont guidés par de nombreux impératifs, en particulier le nombre, la puissance et la valeur des machines nécessaires, le temps-machine disponible par 24h, l’amortissement du coût de ces machines…
Bref, tout ceci échappe tout à fait à la maîtrise des salariés… tant que nous n’avons pas fait entrer la démocratie dans le monde de la production.

Conclusion, pour appliquer cette partie de son programme (telle qu’il la présentait dans ses discours), Sarkozy doit mener une révolution anti-capitaliste.
C’est le capitalisme industriel qui a dévalorisé le travail, c’est le travail à la chaîne qui a dépossédé l’ouvrier de son œuvre, qui a tué l’œuvre, et ce n’est certainement pas le chômeur qui a inventé le chômage !

 
 
LE DEVENIR
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