Peuples sans limites

Les peuples, le fanatisme, l’amour dans la tourmente…

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samedi 18 janvier 2014

La question qui m’a longtemps tracassé à propos des peuples juifs, "cette confusion entretenue entre peuple, ethnie et religion" (voir ici), ainsi que les questions posées au début de mon billet précédent, peuvent également se poser à propos des peuples tsiganes/Rroms, car eux aussi sont des peuples religieux. Pourquoi existe-t-il plusieurs populations tsiganes, et non pas une seule comme chez les Druzes ? Parce qu’ils ont été dispersés, parce qu’ils ont fait jadis du prosélytisme, les deux ?

Ce sont des peuples religieux, c’est-à-dire qu’ils ont une religion qui leur est propre. Mais, s’il existe des peuples non religieux (les Kurdes, les Basques… ) c’est sans doute simplement parce que ces peuples ont, un jour, cédé devant le prosélytisme insistant des grandes religions conquérantes. Un problème d’intégration, dirait-on aujourd’hui. Bien que, par le passé, certains pouvoirs se soient fort bien accommodés de la différence ; en échange de compensations matérielles, bien sûr.

Comme tous les peuples minoritaires sur leur territoire – dès lors qu’ils sont installés depuis des lustres quelque-part, il faut considérer qu’ils ont un territoire (la question du pouvoir et de la liberté étant un autre problème) –, comme les autres, les peuples juifs eurent à s’adapter aux contraintes économiques et sociales locales afin de vivre, et d’abord afin de survivre. C’est ainsi qu’ils s’investirent ici dans l’artisanat, ailleurs dans le commerce ou la banque. Et c’est ainsi que, lors du développement du capitalisme en Europe, les juifs d’Europe se trouvèrent fréquemment du côté des pouvoirs, dans les classes aisées et pas avec le pauvre laboureur [i].

Des esprits diminués en concluraient que le capitalisme est le fruit d’un complot juif. Parce qu’il est plus simple aux esprits faibles de se conduire en antisémite qu’en anticapitaliste. Un anticapitaliste se doit de se mettre lui-même en cause, en même temps qu’il remet en cause le monde extérieur. L’anticapitaliste sait qu’il fait partie du monde capitaliste et que ce monde capitaliste est en lui, il ne s’en tient pas à la vieille et venimeuse dialectique ami-ennemi (je parle de l’anticapitalisme opérationnel d’aujourd’hui, pas des staliniens et autres fanatiques d’hier, évidemment).

 

 

[i(note ajoutée le 16 mars) Je me demande dans quelle mesure il faut voir à la source de cette croyance – que je partageais donc encore en ce début 2014 – un effet d’une vieille propagande antisémite, confortée sans doute par la propagande sioniste – car la propagande sioniste nourrit l’antisémitisme (à mon avis, mais je peux être à côté de la plaque, c’est là son principal effet)…
D’un autre côté, il est évident qu’en général les personnes célèbres ne sont pas des personnes complètement fauchées, même lorsqu’elles sont juives dans les années 30, et je n’ai longtemps "connu", comme juifs, que des personnes célèbres. Dans le yiddishland et dans toutes les régions à fort peuplement juif, il y avait de tout, bien sûr  ; et un artisan peut être misérable même s’il est juif, évidemment.

En même temps, les Rroms célèbres sont plutôt dans la musique (non savante) que dans la banque ou les sciences, mais je ne prends cela que comme un hasard de l’Histoire.
 

(ajouté le 18 mars) En fait, tout au fond de la nuit sans lune qu’est ma culture profonde, mon imaginaire, il y avait et il y a le juif, la figure du juif, un être avare et sournois  ; il y avait et il y a, mais plus nébuleusement, le yiddish, ce n’était pas un homme mais un peuple, pas riche d’argent mais de culture, un petit peu exotique aussi  ; et il n’y avait pas de rapport entre l’homme juif et le peuple yiddish, sinon théorique – ce qui ne compte guère.
Et cet imaginaire ne prêtait guère à conséquence, au fond. Lorsqu’à 15 ans j’ai découvert Franz Kafka, je me suis mis à le dévorer sans me soucier de son appartenance éventuelle à telle ou telle communauté. Et même, des années plus tard, en lisant son journal, je ne m’en souciais toujours pas vraiment. Parce que, les juifs, eh bien je m’en fous complètement  ! Je veux dire que, par exemple, lorsque je rencontre une personne juive, je suis le dernier à apprendre qu’elle est juive – si jamais je l’apprend –, parce que c’est le dernier de mes soucis – après l’avoir appris comme avant de l’avoir appris. Sauf que parfois je me demandais ce que cela pouvait bien vouloir dire, "être juif"  ; je ne me le demanderai plus, j’ai compris.

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