Questions sur la science, questions scientifiques

Des plantes qui croissent, des bêtes errantes…

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dimanche 2 février 2014

Quel que soit la réalité ou l’absurdité des "recherches identitaires", je tiens la réalité (et la nécessité) de l’individuation comme évidente, en ce sens que nous sommes tous uniques. Comme les pierres et les flocons de neige, d’ailleurs.
Cela dit, je suis surpris de lire dans le dernier numéro de Sciences Humaines, ceci :

« Nous sommes tous uniques. Et tous semblables. Aux questions "mais comment ces différences se construisent-elles ?" et "comment le passage d’un type général à un cas singulier s’opère-t-il ?", la réponse tient en peu de mots : personne ne le sait, mais on y travaille. »

Parce que je ne vois aucun mystère là-dedans ! Le génome est une réserve de possibles, de possibilités qui se réalisent plus ou moins bien les unes après les autres, avec et grâce à (ou malgré) l’environnement de ce génome. Le processus est le même pour la personnalité psychique, ainsi que pour les communautés humaines. Même hors du vivant les phénomènes physiques sont du même genre, la spécificité du vivant n’étant que la mémoire et la transmissibilité de cette mémoire : un ensemble stellaire, ou un noyau atomique, est une réserve de possibles, de possibilités qui se réalisent ou non les unes après les autres, en fonction de l’environnement.

C’est exactement cela que je mets dans le mot "devenir", le nom de mon site. Et c’est encore cela qui est sous-entendu par ma citation de Samuel Butler en sous-titre de "Ames perdues".

Bien sûr, il est impossible de connaître tous les détails de ces évolutions, de ces devenirs, car ils sont innombrables. Et il est néanmoins intéressant de les étudier, afin d’en discerner de grands types, afin de classifier, afin de mieux comprendre. Et afin de mieux vivre.

Ce qui serait ô combien mystérieux, c’est que nous soyons tous absolument identiques, et que les pierres et les flocons de neiges soient toutes et tous identiques, comme sortis, parfaitement, de moules immuables et parfaits dans un environnement immuable et parfait. Ou encore que tous les chênes aient les mêmes branches et que toutes les bêtes errantes aient la même errance, parcourant le même chemin au même moment. Qui voit un mystère dans le fait que toutes les bêtes errantes ne parcourent pas le même chemin ?

L’important est le chemin.
 
 

(note ajoutée le 9 février) Il peut être intéressant de poursuivre l’analogie de la bête errante. Les bêtes errantes ne prennent pas toutes le même chemin, mais il y a le relief, la nature du sol, la gravitation et la nécessité de l’eau ; il y a des passages impossibles pour telle espèce mais possible pour telle autre (donc des lieux et des moments de divergence) ; parmi les passages possibles, il en est qui mènent à une mort rapide ou moins rapide…

 

P.-S.

L’important est le chemin, je pense que notre vie politique, notre vie sociale et notre vie économique, devraient tenir compte de cela, voire se calquer sur cela. Abandonner les plans sur la comète, les châteaux en Espagne et les lendemains qui chantent pour se mettre sereinement en chemin. Ce qui ne veut pas dire abandonner toute organisation, toute volonté d’organisation, mais qu’il faut laisser à la vie de grandes marges de manœuvres capables de compenser les effets mortifères de nos ignorances. Et, comme la vie a besoin de temps, cela veut dire aussi que, tout en essayant de voir loin, très loin, il faut avancer à petits pas. Transformer la civilisation en une promenade tranquille après la fureur meurtrière du nouveau carbonifère : l’ère capitaliste, où il était de bon ton de courir très vite en fermant les yeux.

(ajouté le 22 mars) Il faut avancer à petits pas, oui. Mais pour parvenir à cette vitesse de croisière normale, compatible avec la vie, il faut commencer par freiner. Or, le freinage n’a pas été prévu par nos organisations au pouvoir. Il n’est donc pas possible de freiner, sauf en coupant les transmissions de force motrice. Et cela devient urgent, même la NASA le dit : la civilisation présente tous les symptômes d’une fin prochaine, et si on laisse venir cette fin au lieu de transformer rapidement la civilisation, elle pourrait bien prendre les couleurs d’une apocalypse. Au moins autant à cause des guerres que nous nous ferons qu’à cause de l’épuisement du sol, du sous-sol et de l’atmosphère.
Il s’agit donc de mettre fin, nous-même, à la civilisation actuelle. Si possible en bon ordre et dans la sérénité. Mais bon, je ne me fais guère d’illusion : nos maîtres conservent leurs talents de manipulation des masses et n’hésitent jamais à s’en servir. Pour le pire.

 
 
LE DEVENIR
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