Ames perdues

Le problème, c’est les couilles !

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samedi 22 février 2014

Avons-nous intérêt à connaître l’éventuelle orientation religieuse (ou non religieuse), de l’établissement scolaire qui accueille nos enfants et de ses enseignants ? Si la réponse est oui, alors nous n’avons pas intérêt à ce que les signes religieux soient interdits sur les murs et les documents des établissements et sur les corps des enseignants. S’il faut bien interdire ces signes sur les murs des écoles publiques et des mairies, c’est justement pour signifier l’orientation non religieuse de ces établissements. Une orientation qui n’a rien de neutre, d’ailleurs. Mais pourtant il n’est pas bon d’interdire le port de signes religieux par les enseignants des écoles publiques, par les fonctionnaires des mairies et par les élus. Pour la raison évoquée précédemment : il peut être utile de connaître la foi et l’idéologie du maître de ses enfants, et de son propre maître, chaque fois que l’on ne comprend pas ce qu’ils font.

Khadija Al-Salami, dans un livre que je recommande à ceux qui, comme moi, n’ont eu que des informations de sources non arabes ou journalistiques sur la condition féminine dans le monde arabe, la vie politique des tribus et le Yémen, s’étonne de l’effroi causé en France par le voile dont beaucoup de femmes yéménites se couvrent le visage. Selon elle, le problème n’est pas là et « les femmes yéménites, dit-elle, sont tout aussi choquées de voir comment les femmes s’habillent ici » (en France).

D’après elle, l’éducation est la clé de l’amélioration du statut de la femme au Yémen. Une éducation, bien entendu, semblable à celle des hommes, ouvrant beaucoup de possibilités d’indépendance matérielle (et spirituelle). C’est effectivement ainsi que Khadija Al-Salami s’en est sortie, après avoir échappé de justesse au pire.

« Aujourd’hui, au Yémen, une fille commence à porter le voile peu après l’âge de dix ans parce que la société, en particulier sa mère et son père, l’y encourage. A terme, cependant, elle le porte parce qu’elle se sent mal à l’aise sans. » (Khadija Al-Salami, dans une note vers la fin de son livre Pleure, ô Reine de Saba !). Comment se fait-il qu’elle puisse utiliser ce fait comme argument en défense du port du voile ? Il est un fait encore plus éclairant raconté dans son livre, l’histoire de cette jeune fille un jour emmenée par des soldats à la prison de San’â.

« "Ils ont dit qu’ils l’avaient trouvée en train de traîner avec des hommes".
[…] Les fils raccompagnèrent leur mère hébétée jusqu’à la voiture pendant que leur père convainquait la gardienne de relâcher leur fille. Quand on la lui amena enfin, il vit que ses magnifiques cheveux longs avaient été rasés. […] un flot de paroles jaillit de sa bouche.
"Ils m’ont violée", hurla-t-elle en sanglotant de façon incontrôlable. »

"Ils", les soldats.

La jeune fille n’était plus vierge, elle ne pouvait plus être épousée. Alors les parents enfermèrent la jeune fille dans sa chambre. « Puis, après plusieurs mois de captivité, la fille se mit à vomir du sang. Quelques jours plus tard, elle s’effondra sur le sol de sa chambre et mourut. Il y eut des rumeurs, mais personne ne sut jamais vraiment ce qu’elle avait eu. »

C’est en partie à cause de cette histoire que Khadija Al-Salami fut mariée de force encore enfant. Ce qui, peut-être, la sauva. Car son mari renonça assez vite, devant son refus, sans qu’il se soit passé grand-chose, et ils divorcèrent. Dès lors, l’« honneur » de Khadija Al-Salami et, surtout, de sa famille, était sauf ; elle était libérée.

L’« honneur » des familles, oui, cette chose située entre les cuisses des femmes. C’est à cause de lui qu’on les marie de bonne heure, et à cause de lui qu’on les voile et qu’on les enferme.

Mais ici nous ne sommes plus dans le domaine des signes religieux. Un foulard sur la tête n’est qu’un signe religieux, quand il n’est pas qu’un simple ornement. Son port ne constitue en lui-même aucun handicap, contrairement aux vêtements qui voilent la face, perturbant la communication, limitant les relations sociales. Pourquoi avoir fait, en France, l’amalgame entre le port du foulard et le port des niqab et autres tchadors ? Cela n’a rien à voir ! Les niqabs, tchadors et les voiles sur le nez et la bouche, voire sur les yeux, c’est du domaine du carnaval, c’est bon pour les jours de fête. On peut avoir décidé que c’est carnaval tous les jours ; mais, si les hommes ne jouent pas aussi, il y a tricherie.

L’« honneur »… L’homme aussi a un « honneur » à perdre entre les cuisses, mais de nature différente. C’est ce qu’on exprime en disant qu’il a des couilles. Oui, et en cela Khadija Al-Salami n’a pas tout-à-fait tort : le cœur du problème n’est pas dans l’objet que l’on met sur les visages des femmes, il est dans l’idée que l’on met entre les cuisses des hommes et qui constitue toujours l’un des motifs des guerres, quand ce n’est pas le seul motif.

Or, Khadija Al-Salami, ainsi que beaucoup d’autres, semble vouloir donner des couilles aux femmes. Dans le genre, nous pourrions aussi donner des masques à tout le monde pour jouer à carnaval.

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