Notes ouvertes

L’Aide Médicale à la Procréation, une libération ?

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dimanche 20 avril 2014

Sur un sujet que j’ai jusqu’à présent évité d’aborder, parce que je ne me sentais pas encore sûr sur ce terrain, je viens de lire un entretien avec Jacques Testart publié dans le journal La Décroissance de ce mois. Je reproduis ici le passage dans lequel Jacques Testart et La Décroissance disent, en mieux, ma propre pensée :

Du côté du Front de gauche, une de ses figures emblématiques, Clémentine Autain, déclarait : « Nous allons créer des parents sociaux qui n’ont rien à voir avec la nature […] Je me fous totalement de l’état de nature ! […] Je préfère une société basée sur des principes, qu’une société qui se réfère à l’état de nature » (RTL, 24 septembre 2012). Votre discours ne se confronte-t-il pas directement à l’idéologie progressiste et au libéralisme culturel qui fonde la gauche ?

Une société "basée sur des principes" n’est pas la négation de la nature. Il nous faut plutôt construire une civilisation inscrite dans la nature, car nous sommes de la nature, et ses atteintes deviennent vite les nôtres. Par quels principes peut-on revendiquer la gestation pour autrui qui exploite le corps d’une femme au nom de la liberté de deux hommes ? Quels principes soutiennent l’indifférenciation des sexes, l’exigence d’engendrement sans limite d’âge ou le droit à l’enfant ? Surtout, la question d’écologie politique que posent toutes ces revendications qui homogénéisent des demandes disparates grâce aux réponses univoques de la biomédecine, est la suivante : qu’en est-il de l’autonomie des personnes quand l’enfant est fabriqué par des spécialistes alors qu’une démarche responsable permettrait d’en assumer la technicité rudimentaire ? Car c’est bien de l’insémination artificielle (d’une lesbienne ou d’une mère porteuse) que dépend la satisfaction recherchée dans la plupart des cas. C’est-à-dire de l’introduction de sperme dans le vagin à l’aide d’une seringue plutôt que d’un pénis, une technologie dérisoire qui évoque la prise de température rectale que la médecine n’a pas encore confisquée. Que penseraient Ivan Illich (1), Jacques Ellul ou André Gorz de telles revendications ?

(1)Illich a répondu dès 1975 : « Les gens en sont venus à reconnaître ce nouveau droit des professionnels de la santé à intervenir dans leur vie au nom de leur propre santé […] ils perdent en de fréquentes circonstances leur pouvoir et leur volonté de se suffire à eux-mêmes, et finalement en viennent à croire que l’action autonome est impraticable » (Némesis médicale, Seuil, 1981).

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