Ames perdues

Du voyeurisme à la connaissance

Accueil > Points de vue > Ames perdues > Du voyeurisme à la connaissance

dimanche 11 mai 2014

(attention ! il y a un générique très agressif, y compris à la fin ; et à la fin, ça gâche tout !)

 

 

Il existe des milliers de façons de regarder cette vidéo, mais il est possible de les regrouper en ces trois catégories : le mode voyeur, le mode spectateur et le mode connaisseur.

Le voyeur regarde cela en étranger sans chercher à entrer en connaissance. Il s’en amuse et hausse les épaules. Il va rire, par exemple, du type qui balance de façon effectivement comique regardé comme cela. Il reste voyeur par simple manque d’intérêt, par idéologie ("bof, c’est religieux !"), à cause d’une vieille aversion, par simple habitude…

Le spectateur s’intéresse, il écoute plus attentivement la musique, compare plus ou moins malgré lui avec ce qu’il connaît. A propos du "gesticuleur" de droite, il se dit qu’il danse, qu’il cherche à rentrer en transe, et à partir de ce moment-là le "gesticuleur" n’a plus rien de comique… Le spectateur commence à comprendre et à entrer en résonance. Il est prêt pour devenir connaisseur si l’envie lui prend, s’il a des raisons impérieuses de le faire (par exemple un exil solitaire).

Le regard connaisseur n’exige pas une connaissance préalable mais la volonté et le désir de rentrer en co-naissance. Le connaisseur va se mettre à balancer au rythme de la musique et de la danse du "gesticuleur". S’il possède la langue, il va chanter. A ce propos, le week-end dernier en concert je me suis rendu compte qu’il était possible de chanter dans sa tête en n’importe quelle langue, en même temps que les chanteurs, et même de chanter les instruments de musique (bien sûr j’exagère un peu en écrivant cela, il n’empêche qu’il y a une forme d’écoute qui ressemble à cela et qui aide à rentrer dans la musique et dans le rythme).
Des connaisseurs des traditions soufis disent que pour celles-ci l’étranger est plus intéressant que le voisin ou le cousin, parce qu’il apporte du nouveau. Qui cherche à entrer en co-naissance possède cet esprit soufi-là [1].

Sans doute peut-on avoir un tempérament plutôt voyeur, plutôt spectateur, ou plutôt connaisseur. Tout dépend comment et à quel point le monde des adultes est parvenu à étouffer la curiosité et la capacité d’émerveillement du petit enfant.

J’avoue avoir d’abord regardé cette vidéo en voyeur, un court moment. Puis un autre court moment en spectateur. Rien que dans le domaine musical, il y a un tas de choses qui me laissent généralement voyeur : la techno, le musette, le rap, le rock, Mozart… Il faut une forte motivation pour essayer la co-naissance. La plus puissante, je crois, est le besoin et la volonté de ne pas rester seul, mais elle n’agit évidemment que lorsqu’on est mêlé à d’autres auditeurs, elle est inopérante lorsqu’on se trouve isolé devant un écran.
Alors, se mettre un bon casque audio sur les oreilles et ramener à soi ses vieilles qualités de l’enfance (et l’utilisation d’un casque peut faciliter la fuite devant le générique final – à moins d’avoir envie ou des raisons de devenir connaisseur de générique)…

L’enracinement, le vrai, procède de la co-naissance.

P.-S.

Billet imaginé en marchant dans les bois de Bovel. Merci à Bovel (pays de Vilaine) et aux organisateurs de sa Fête du chant.

[1j’ignore si les personnes sur la vidéo sont des membres d’une confrérie soufie  ; peu importe ici.

Réagir à l'article :
LE DEVENIR
SPIP | squelette | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0