Rupture

Communisme primitif ?

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dimanche 25 mai 2014

« Pour capturer leurs proies, les Mbuti se servent de longs filets d’écorces de lianes tressées qu’ils étendent parfois sur une centaine de mètres. Une fois les filets posés, les femmes et les enfants se mettent à crier et à frapper le sol pour effrayer les animaux et les pousser vers les pièges.

Ce que l’anthropologue Colin Turnbull finit par comprendre, c’est que les parties de chasse des Mbuti étaient des efforts collectifs, où la réussite de chacun revenait à tous les autres. Mais un homme, un individualiste forcené du nom de Cephu, ne l’entendait pas de cette oreille. Quand tout le monde eut le dos tourné, Cephu posa en douce son propre filet devant ceux de la communauté.

"De la sorte, il attrapa les premiers animaux débusqués par les rabatteurs, expliquait Turnbull dans son livre Le peuple de la forêt, mais il n’arriva pas à se replier avant d’être découvert."

[…]

Lors d’un procès improvisé, Cephu se défendit avec des arguments prônant l’initiative individuelle et la responsabilité personnelle. "Il pensait mériter une meilleure place sur la ligne des filets, écrivait Turnbull. Après tout, n’était-il pas un homme important, un chef, en réalité, de la troupe qu’il formait avec lui-même ?"

Alors dans ce cas, répliqua un membre respecté du campement, Cephu devait partir et ne plus jamais revenir. Les Mbuti n’ont pas de chefs, ils vivent dans une société d’égaux où la redistribution permet la subsistance de chacun. Le reste du campement resta immobile, donnant son accord tacite à la sentence.

Face à l’ostracisme, une punition quasi équivalente à une peine de mort, Cephu capitula. "Il se confondit en excuses, écrivait Turnbull et dit qu’il acceptait dans tous les cas de rendre la viande qu’il avait prise."

Ce qui mit fin à la querelle, et les membres du groupe se levèrent pour aller s’emparer des morceaux de viande qui trônaient dans le panier de Cephu. Ce dernier se serra le ventre, gémit, et supplia qu’on lui laisse quelque-chose à manger.

Mais ses camarades se contentèrent de rire, et d’aller vaquer à leurs occupations une fois la livre de chair récupérée. […]

[…]

une fois les ripailles des Mbuti achevées après cette faste journée de chasse, quelqu’un alla voir Cephu, qui gémissait toujours dans son coin, pour lui offrir un morceau de viande et une part de la sauce aux champignons qui avait ravi les papilles de tout le campement.

Un peu plus tard dans la soirée, Cephu rejoignit le camp principal et vint s’asseoir par terre pour chanter avec le reste de sa tribu. »
(Slate.fr, L’évolution humaine a-t-elle favorisé les individualistes ou les altruistes ?, un article qui n’envisage qu’une évolution génétique, délaissant toute possible évolution culturelle ; ce qui est un peu fort, quand même, même si l’un n’exclut pas l’autre)

J’aurais bien aimé entendre ce chant d’après crime, procès, châtiment et pardon !

 

 

Je me demande si la prise de son n’a pas un peu privilégié la voix principale. Mystère. C’est bien différent sur ce chant mortuaire :

 

 

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