Peuples sans limites

Attaquer sans ennemis

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dimanche 1er juin 2014

Attaquer le judaïsme, non les juifs ; attaquer le catholicisme, non les catholiques ; attaquer les religions musulmanes, non les musulmans ; attaquer l’hindouisme, non les hindous ; attaquer la culture Rrom, non les Rroms ; attaquer la culture occidentale, non les occidentaux ; attaquer les pouvoirs occidentaux, non les grands détenteurs de capitaux, non les politiciens occidentaux, non les occidentaux ; attaquer le socialisme, non les socialistes ; attaquer le marxisme, non les marxistes ; attaquer le capitalisme, non les capitalistes, non les grands détenteurs de capitaux ; attaquer le nationalisme, non les nationalistes ; attaquer la psychanalyse, non les psychanalystes ; attaquer la psychiatrie, non les psychiatres ; attaquer le professionnalisme, non les professionnels ; attaquer l’industrialisme, non les industriels ou les cégétistes ; attaquer les moyens de la publicité – au sens premier du terme : action de rendre public tout événement concernant le public [1] – et non pour autant attaquer les producteurs, les journalistes et les propriétaires de médias ; attaquer les rôles politiques, sociaux et marchands tenus par les médias, non les médias ; attaquer le crime, non le criminel ; attaquer la pauvreté, non les pauvres ; mais aussi attaquer la richesse et non les riches, la puissance et non les puissants ; attaquer la faiblesse, non les faibles ; attaquer la manipulation, non le manipulateur ; attaquer le pouvoir, non le roi ; attaquer l’habit, non le moine ; attaquer l’idée et non la phrase qui l’exprime, le concept et non le mot qui le porte…

Tolérance et mépris s’accommodent bien ensemble mais l’amour exige l’intolérance. L’amour exige d’attaquer, non pour se débarrasser de quelque chose ou de quelqu’un mais pour apporter quelque chose ou grandir quelqu’un, non pour enlever mais pour ajouter, non pour abaisser mais pour élever, non pour noircir mais pour colorer, non pour assombrir mais pour éclairer.

La désignation/fabrication d’un ennemi est un processus identitaire : indique-moi ton ennemi et je te dirai qui tu veux paraître ; montre-moi ta haine et je te dirai qui tu veux être. Cette identité fabriquée absolument extérieure à soi compense illusoirement l’absence d’ipséité et d’enracinement, l’absence d’une vie intérieure autonome et libre trop lourde à porter hors d’une forte communauté (à cause de cette difficulté à porter seul la responsabilité de ses actes, la moderne "libération" de l’individu a entraîné l’augmentation de la servitude volontaire et d’une certaine "perte de soi"). L’ennemi est le négatif d’un soi imaginaire : pour être bon, il me suffit de n’être pas ce réputé mauvais-là.

Attaquer afin de pouvoir aimer demain plus qu’hier, parce qu’on ne peut aimer longtemps en subissant. Attaquer sans ennemis afin de ne jamais ressentir le besoin de s’inventer un ennemi.
Corollaire : ne s’identifier ni aux idées que l’on défend, ni aux pratiques et aux mœurs que l’on partage ou que l’on a en propre.

P.-S.

(ajouté le 13 juin) A l’adresse de tous ceux qui n’adhèrent pas à cette philosophie :

choisissez votre ennemi avec le plus grand soin, parce que c’est lui, désormais, qui va diriger vos pensées et votre vie.

 
 
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