Notes ouvertes

Question sur le développement de la perception de l’autre et notre environnement sonore, visuel et humain

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dimanche 15 juin 2014

Je suis de ceux qui se sont demandé s’il n’y avait pas de rapport entre l’apparition de troubles autistiques et l’envahissement de l’espace sonore humains par les machines, en premier lieu par la radio et la télévision. J’ai lu ici et là que non, ce n’était pas le cas. Rien ne m’a convaincu et je me pose toujours la question.

La psychiatre Monica Sylbovicius, de l’INSERM, explique longuement dans une vidéo comment on s’est aperçu que les adultes autistes et les enfants qui vont développer un autisme regardent leur environnement humain d’une autre manière que les autres. En entendant quelqu’un parler, ils vont regarder la bouche de la personne qui parle ou bien un objet du décor, mais pas les yeux de la personne, contrairement aux non autistes. Je ne peux m’empêcher de remarquer que les bébés d’aujourd’hui et des décennies précédentes baignent souvent dans un environnement où la personne qui parle est soit totalement invisible soit visible facticement sur un écran, tandis que la personne réellement présente, elle, souvent ne parle pas, et souvent regarde un écran, même lorsqu’elle se met enfin à parler.

J’aimerais qu’on m’explique comment cela peut être sans conséquence. Mais peut-être aussi que conséquences il y a et qu’il ne s’agit pas de l’autisme, ou pas seulement de l’autisme (ou des autismes) ; pourquoi pas !

 

 

Plus loin (vers la quinzième minute) le même professeur nous dit que la voix elle-même n’est pas traitée de la même façon par le cerveau des autistes que par le cerveau des autres personnes. Je ne peux m’empêcher de me demander si, fœtus, nourrissons, petits enfants devenus autistes n’ont pas dans leurs premières années entendu beaucoup plus de machines que d’êtres réellement humains.

On me dira peut-être que non, tout est la faute du sillon temporal supérieur. Oui, bon, j’attends les preuves.
On me dira aussi, avec raison, que les bébés ne sont pas idiots et font fort bien la différence entre la voix qui sort d’une machine et la voix qui sort directement d’une bouche. Oui mais cela n’est peut être pas également vrai dans tous les environnements familiaux et pour toutes les réalités (biologiques et psychiques) individuelles.

Ce n’est qu’une question, une question complexe, je n’ai pas de réponse.

 

P.-S.

(ajouté le 17) J’ai pourtant fort bonne connaissance d’une cause avérée au regard fuyant devant un interlocuteur : la peur de l’autre ou la peur du supposé regard inquisiteur de l’autre et de son jugement. Ce regard fuyant est trop souvent le mien (je l’explique ailleurs, rubrique "Une âmes parmi les autres"), et il ne m’empêche pas d’être par ailleurs extrêmement attiré par les visages, quelquefois même fasciné. Souvent je me suis dit que si j’étais dessinateur je ne dessinerais que des visages, que si j’étais photographe je photographierais des visages… Qu’y-a-t’il de plus riche qu’un visage ?
Il va de soi que je parle là de vrais visages, pas des visages que montrent les gens qui prennent la pose et sourient pour la photo. Je trouve ces derniers généralement moches, de même que les visages nettement maquillés (mais il y a des exceptions).

A ma connaissance, mon regard fuyant n’a rien à voir avec la radio et la télévision, respectivement peu et pas présente durant ma petite enfance. Il semble d’ailleurs très différent du regard fuyant autistique puisqu’il n’apparaît que devant un interlocuteur en chair et en os qui me regarde. Et qu’il n’apparaît pas tout le temps, et peut-être de moins en moins. Et pourtant je ne peux m’empêcher de penser que la forte présence actuelle de moyens mécaniques de transmission d’images et de sons ne peut être sans conséquences, sans conséquences fâcheuses. En plus de leur rôle de puissant prescripteur culturel.

 

(ajouté le 16 mai 2016) Selon le psychiatre Gilles Roland-Manuel, « l’autisme n’est pas une maladie, mais un syndrome lié à des causes extrêmement diversifiées. Or, le regard porté sur ce syndrome est très intimement lié aux causes qu’on lui attribue. Il en va de même des différents types de prise en charge qui sont eux aussi très dépendants de ce regard. »
source : http://www.lemonde.fr/scenes/article/2016/05/16/les-jeunes-gens-autistes-peuvent-faire-preuve-de-capacites-insoupconnables_4920344_1654999.html

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