Notes ouvertes

Le rêve de la poule

Accueil > Points de vue > Notes ouvertes > Le rêve de la poule

vendredi 11 juillet 2014

Voilà que l’on se met à exiger une éducation non genrée. Pourquoi pas ? Il est clair que les éducations genrées existant à travers le monde sont ou ont été pleines d’excès liberticides. Mais faut-il s’attaquer à l’éducation genrée en elle-même, ou aux excès des éducations genrées et des éducations en général ? Parce que si nous nous mettons à exiger une éducation non genrée, pourquoi ne pas aussi exiger une éducation non nationale et non ethnique ? De quel droit nous élève-t-on en breton plutôt qu’en basque, en français plutôt qu’en turc ? Pourquoi nous imposer le pain plutôt que le riz ? Nous avons le droit d’être élevé en neutre apatride parlant tout à la fois chinois, swahili et finnois, ou bien seulement l’espéranto, non ?

Mais cela ne ferait que construire une nouvelle identité. Le rêve non identitaire est plus inatteignable que n’importe quel rêve identitaire. Et ce n’est pas dans l’in-différrence, dans la non différence, que résident l’égalité et la liberté, mais bien à la fois dans l’indifférence du regard sur les altérités et dans l’altérité même. C’est le regard porté sur la chose qui doit être neutre, non la chose, si l’on entend par "regard neutre" un regard capable d’un égal émerveillement devant toute altérité – le mot français "indifférent" est ici, hélas, équivoque, car connoté négativement [1].

Il existe depuis longtemps des peuples pratiquant une éducation non genrée des enfants, ou plutôt une absence de guidage de l’éducation : l’enfant se forme librement. Ce sont ces sociétés-là qui imposent à leurs enfants, à la puberté, de lourds et traumatisants rituels de passage à l’état adulte, plus précisément à l’état d’homme ou de femme. Des rituels par nature excessifs, liberticides et devenus ici ou là attentatoires à l’intégrité des individus. Bien sûr, nous pouvons toujours expérimenter l’absence de l’un et de l’autre, de l’éducation guidée et plus ou moins genrée et des rites de passage, il sera alors intéressant d’observer scientifiquement comment réagit l’adolescent confronté à son corps lorsque celui-ci décide soudain tout seul, pour la première fois depuis sa naissance, d’un genre…
Evidemment, il y a la chirurgie et les traitements hormonaux… N’y aurait-il pas une parenté entre la "théorie du genre" et le transhumanisme ? Ou une convergence ? Je penche pour la parenté : ces deux courants sont frère et sœur, enfants d’une même idéologie refusant radicalement notre animalité. Au point de songer parfois à mettre les embryons humains dans des utérus artificiels, des machines couveuses.

L’idéal d’une éducation neutre ressemble beaucoup au rêve d’une poule élevée en plein air et en liberté dans la cour d’une petite ferme traditionnelle et regrettant de n’être pas une anonyme parmi dix milles autres anonymes dans un élevage industriel.

[1(ajouté le 21 octobre 2015) Il s’agit beaucoup moins d’une connotation que d’un fâcheux ensemble de sens trop différents. Ce mot a eu le sens d’impartial, mais cela date  !

Réagir à l'article :
LE DEVENIR
SPIP | squelette | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0