Rupture

Pour quoi l’Anthropocène

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samedi 9 août 2014

« Le récit classique de l’entrée dans l’Anthropocène occulte le caractère impérial des nations qui s’industrialisent, en premier lieu la Grande-Bretagne. […] lien étroit entre crise environnementale et entreprise de domination globale […]

Partout en France, par exemple, les cahiers de doléance de 1789 témoignent des plaintes innombrables contre les activités industrielles (les forges et les salines, notamment), accusées de causer la déforestation et d’accroître le prix du bois. […] Artisans urbains et ouvriers ruraux accusent les industriels de faire passer la quantité de produits devant leur qualité ou leur durabilité, afin de rentabiliser les machines. […]

A la fin de XIXe siècle, six millions d’éoliennes activant autant de puits ont participé à l’ouverture des plaines du Midwest américain à l’agriculture et à l’élevage. […] En Californie et en Floride, près de 80% des habitations étaient équipées de chauffe-eaux solaires en 1950, jusqu’à ce que les compagnies électriques exercent une forte pression en faveur du chauffage électrique. »

Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, dans un entretien avec Pour la Science : Comment nous sommes entrés dans l’Anthropocène, n°442 de Pour la Science, août 2014 (article accessible en ligne moyennant 0,99€, mais personnellement j’ai acheté la revue papier, ce numéro est intéressant).

Ce que Jean-Baptiste Fressoz raconte-là est d’autant plus important que nous ne sommes toujours pas sortis de la culture de l’activité industrielle comme moyen de pouvoir, de conquête, de domination, qui a causé l’Anthropocène, que cette culture est toujours celle de nos élites, élites qui préfèrent oublier, entre mille autres choses, comment c’est la guerre 14-18 qui a fait exploser nos activités pétrochimiques et comment les besoins militaires en plutonium ont décidé de la filière nucléaire dite "civile". La société industrielle est, comme le soulignait il y a déjà quelques décennies Lewis Mumford, placée sous le signe de la guerre, et elle récolte les fruits de la guerre. De plus en plus, elle récoltera les fruits de la guerre.

P.-S.

Continuant de lire le même numéro de Pour la Science, un article m’a rappelé que, en physique, on nomme temps de relaxation le temps que met un système pour retrouver un état d’équilibre après avoir été perturbé. Ce fameux "Anthropocène" ne sera que le temps de relaxation de l’écosystème terrestre face à la perturbation apportée par notre industrie, car cette perturbation doit être considérée comme ponctuelle à l’échelle des temps géologiques. Ce que nous qualifions d’ères géologiques sont des périodes correspondant à certains équilibres, tandis que ce fameux "Anthropocène" n’est qu’une perturbation d’équilibre. Le discours sur l’Anthropocène est vaniteux.

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