Ames perdues

L’art de bien vivre

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lundi 11 août 2014

J’ai lu tout récemment, avec plaisir, un roman qui m’a étonné, un roman avec des héros lumineux, exemplaires, je veux dire des héros qui ne cherchent pas la gloire et le pouvoir, ni même l’amour, mais l’harmonie. Des héros tout de même réalistes, non dénués de défauts, mais cherchant avec énergie à vivre en harmonie avec eux-mêmes et avec les autres. Evidemment, ce roman est ancien. Il s’agit du dernier [1] roman de Georges Sand, Les maîtres sonneurs. Une leçon d’art de bien vivre, que j’ai envie d’appeler leçon de morale. Mais ce dernier mot, "morale", n’est généralement pas perçu comme signifiant art de l’harmonie mais comme désignant des ensembles de lois arbitraires. Plutôt que de parler de morale, on parle parfois aujourd’hui de l’art du vivre ensemble. Je préfère parler de l’art de bien vivre avec soi-même et avec les autres.

L’art de bien vivre est entièrement recherche d’harmonie, c’est-à-dire qu’il est d’abord volonté de vivre en harmonie avec soi et le monde. C’est cette volonté qui s’exprime, les moments de fête, dans les danses collectives, en particulier dans les rondes, et plus encore dans les rondes chantées. C’est elle aussi qui s’exprime dans les musiques collectives, en particulier dans les polyphonies. Elle s’exprime ainsi quelquefois, quoi qu’on en dise, lors de rituels dis "religieux" tout aussi bien que lors des moments "laïcs" de fête.

Le roman Les maîtres sonneurs est un manuel d’art de bien vivre, pas un conte de fée. Le chemin que l’auteur nous montre est long et difficile – quoique pas autant que dans la réalité, pour ne pas décourager et pour ne pas faire un ouvrage interminable. L’un des héros demeurera pourtant éternellement dissonant – tout en devenant, paradoxalement, merveilleux musicien. C’est que nous ne naissons ni ne grandissons égaux devant l’exigence d’harmonie. A cet égard, la responsabilité de tous les adultes en rapport avec de jeunes enfants est immense. Mais je suis mal placé pour m’étendre sur ce sujet, étant un être dissonant et sans enfants.

Ayant lu ce roman dans l’édition Folio établie par Marie-Claire Bancquart, j’ai donc lu la préface de l’universitaire (après ma lecture du roman, comme il se doit). Cette préface donne un intéressant éclairage historique. Selon Marie-Claire Bancquart, qui est très convaincante, Georges Sand a voulu écrire un roman allégorique, c’est-à-dire que là où j’ai vu recherche d’harmonie en chaque individu et entre les individus il faut aussi voir une recherche du socialisme. C’est le même rêve et la même volonté, traduits soit en termes individuels, soit en termes politiques.

Les maîtres sonneurs est le roman de Georges Sand d’après 1848, d’après la déception. Son auteure serait assez désolée, je pense, de constater que du côté de Saint-Chartier (Berry), où se déroule une grande partie du roman, on n’a retenu de cette belle (et en partie tragique) histoire, que la musique des sonneurs, et fêté le centième anniversaire de sa mort en organisant un festival. Peut être pas trop parce qu’elle savait, elle aussi, que la volonté d’harmonie s’exprime dans la musique et la danse, mais quand même…

[1(ajouté le 21 août) J’ignore où je suis allé chercher que c’était son dernier roman. Peut-être est-ce son dernier roman "champêtre", je ne sais pas, mais ce n’est certainement pas son dernier roman vu qu’elle a écrit jusqu’à sa mort, semble-t-il (oui, j’ignore à peu près tout de Georges Sand).

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