Rupture

Un travail qui entraîne la destruction

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samedi 25 octobre 2014

Dans "The human condition" (titre malheureusement devenu en français "Condition de l’homme moderne"), Hannah Arendt distingue trois formes de ce qu’elle appelle "la vita activa" : le travail, l’œuvre, l’action. Rapidement dit, et sous réserve que je ne fasse pas une grave erreur d’interprétation [1], le travail consiste à pallier aux conditions biologiques de notre existence ; l’œuvre va plus loin en créant les conditions artificielles de notre existence, tout en permettant à l’individu d’exister et de s’exprimer en laissant sa marque dans le temps ; l’action est l’existence humaine sociale, non plus l’individualité mais la pluralité, la polis, l’action politique.

Il est possible de décrire en ces termes le problème du monde moderne : nous avons cessé de faire notre monde par l’action et l’œuvre pour ne plus le faire que par le travail, un travail détourné de sa fonction qui est l’entretien biologique. Le monde constituant nos conditions de vie, donc notre conditionnement, nous sommes dès lors conditionnés par les productions d’un travail qui n’a jamais été destiné à cela.

C’est ainsi que, en particulier, les habitants des cités de banlieues des grandes villes sont totalement étrangers à ce qui est pourtant leur monde et qu’ils en sont réduits à se l’approprier en le détruisant. Mais, dans le reste du monde, la situation n’est guère meilleure.

Dans le monde produit par les marchands, le travail maintient l’œuvre et l’action loin de la création de notre monde humain. Alors, ne pouvant disparaître, l’œuvre et l’action deviennent destruction du monde humain.

[1Ce serait d’autant plus vraisemblable que j’ai lu cet ouvrage il y a longtemps et entreprends tout juste sa relecture.

 
 
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