Rupture

Petit exemple anodin du cynisme marchand

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vendredi 5 décembre 2014

C’est avec une profonde justesse que Benoit Heilbrunn affirme « La souffrance crée le marché ». Il sait bien de quoi il parle, il est professeur au département marketing de ESCP Europe (business school) et au CELSA (Ecole des Hautes Etudes en Sciences de l’information et de la communication).

http://www.lemonde.fr/m-styles/video/2014/12/04/mode-la-femme-grosse-est-le-dernier-tabou-de-l-economie-capitaliste_4534598_4497319.html

(c’est dans la vidéo, à partir de 2:05 ; juste avant, le même explique que les gros et grosses sont incités à ne pas aller acheter en magasin mais à commander leurs vêtements !)

Et ils s’étonneront, le jour où ils se retrouveront pendus par les pieds, accrochés aux enseignes lumineuses éparpillés par eux dans les villes, comme ils s’étonneront aujourd’hui, si par hasard ils me lisent, de voir a quel point j’exècre toutes les entreprises de publicité et de communication (pléonasme ; on pourrait y ajouter le terme désuet de propagande, voire même celui à peine moins désuet d’information) !

La souffrance crée le marché, la « demande » ; l’« offre », avec pour l’appuyer les attaques marketing, les violentes agressions marketing que nous subissons quotidiennement, crée la souffrance. Cela me fait penser à ce que je publiais l’autre jour, mercredi : les marchands produisent comme on chie. Mais, non contents de cela, ils nous chient à la figure, les bougres, ils nous chient dessus en parfaite connaissance de cause, pleinement conscients de ce qu’ils font, de ce qu’ils font à nous tous, y compris à leurs frères et sœurs, à leurs parents, à leurs enfants, à eux-mêmes ! Mais pourquoi le font-ils, pourquoi continuent-ils de le faire ?

« D’une manière générale, entre êtres humains, les rapports de domination et de soumission, n’étant jamais pleinement acceptables, constituent toujours un déséquilibre sans remède et qui s’aggrave perpétuellement lui-même ; il en est ainsi même dans le domaine de la vie privé, où l’amour, par exemple, détruit tout équilibre dans l’âme dès qu’il cherche à s’asservir son objet ou à s’y asservir. Mais là du moins rien d’extérieur ne s’oppose à ce que la raison revienne tout mettre en ordre en établissant la liberté et l’égalité ; au lieu que les rapports sociaux, dans la mesure où les procédés mêmes du travail et du combat excluent l’égalité, semblent faire peser la folie sur les hommes comme une fatalité extérieure. Car du fait qu’il n’y a jamais pouvoir, mais seulement course au pouvoir, et que cette course est sans terme, sans limite, sans mesure, il n’y a pas non plus de limite ni de mesure aux efforts qu’elle exige ; ceux qui s’y livrent, contraints de faire toujours plus que leurs rivaux, qui s’efforcent de leur côté de faire plus qu’eux, doivent sacrifier non seulement l’existence des esclaves, mais la leur propre et celle des êtres les plus chers ; c’est ainsi qu’Agamemnon immolant sa fille revit dans les capitalistes qui, pour maintenir leurs privilèges, acceptent d’un cœur léger des guerres susceptibles de leur ravir leurs fils. »
Simone Weil, Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, 1934.

 
 
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