Pour qui l’on travaille

Marcher, oui, mais pour "raccommoder le monde", non pour le déchirer plus encore

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vendredi 9 janvier 2015

Les cadavres s’allongent par centaines, par milliers… tous les jours. Depuis très longtemps, et en particulier depuis quelques décennies, depuis quelques années. Mais il serait de bon ton, à ce qu’il paraît, d’aller processionner demain ou après-demain en France parce que les balles des tueurs, cette semaine, ne se sont pas contenté de la Syrie, de l’Irak, et de quelques autres pays exotiques, mais ont frappé dans Paris. Eh bien,encore une fois, je ne serai pas dans le ton. Demain j’irai danser. Tout au moins si l’on ne m’en empêche pas comme on m’en avait empêché en septembre 2001 (je n’étais, alors, pas plus "américain" que je ne suis "Charlie" aujourd’hui).

Il paraît que la nation est sous le choc, mais je ne suis pas la nation. Il parait que tous les français sont sous le choc, alors je ne suis pas français (il va falloir que je rende mon passeport et tous mes autres papiers – avec les droits associés –, c’est visiblement par erreur que j’en ai bénéficié jusqu’à présent).

Bien sûr qu’il s’est passé quelque chose de grave hier à Paris, mais à l’échelle du monde il s’agit malheureusement d’un événement très ordinaire. Et même à l’échelle du pourtour méditerranéen. D’autres journalistes ont été massacrés. D’autres gens ordinaires ont été massacrés. D’autres ont été massacrés encore aujourd’hui. Et je ne suis pas sûr que les balles soient tellement plus souvent "islamiques" qu’occidentales (ou apparentées). Et si toutefois elles le sont, n’oublions pas que les forces occidentales ne tuent pas que par balles, mais aussi par "l’économie".

Il est très vraisemblable que si j’aimais le journal Charlie Hebdo, ou même s’il m’avait seulement un jour intéressé un peu, ou fait sourire, je réagirais émotionnellement d’une façon fort différente. Mais intellectuellement, politiquement, je pense que je serais sur la même ligne, la même position, et qu’il ne serait pas plus question, pour moi, d’aller manifester unitairement avec une supposée "nation", ni même avec une supposée "presse libre". Demain j’irai danser. Et même pas en l’honneur des morts (la seule chose que je me sens capable de faire en l’honneur des morts, c’est un peu d’humour macabre : vu la moyenne d’âge des victimes, en particulier des dessinateurs victimes, il est clair que les tueurs ont vraiment gâché leurs munitions, ils auraient pu se contenter d’attendre un peu).

Plutôt que d’aller marcher dans les rues derrières nos "gouvernants" nous appelant à la guerre contre la barbarie, nous devrions nous y rendre pour marcher contre eux. Saisir cette occasion de nous mettre en marche contre eux. Pour les écraser, les éliminer en tant que "gouvernants", c’est-à-dire les remettre à leur juste place, qui est celle de gens très ordinaires, sans pouvoir sinon sur leur propre vie.

 

P.-S. : Aux dernières nouvelles, les assassins de Charlie Hebdo seraient morts. Nos "gouvernants" courent toujours. Le Nasdaq et le CAC40 sont en légère baisse, mais Veolia Environnement se porte comme un charme.

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