Une âme parmi les autres

L’ombre et les femmes

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samedi 17 mai 2008

Il n’y a pas loin d’un demi-siècle était un tout petit garçon qui fuyait les baisers, chaque adulte qui voulait l’embrasser était par lui ressenti comme un agresseur.
Aujourd’hui le même être – qui n’a jamais tiré beaucoup de plaisir des échanges rituels de bises et de poignées de mains – le même se demande s’il ne fuira pas jusqu’à la fin de ses jours… les baisers des femmes, les baisers que pourtant il meurt d’envie d’échanger.

A l’âge de quatorze ou quinze ans, quatorze je crois, j’étais un jour resté comme paralysé et quasi tremblant (à force d’immobilité ?) devant l’être aimé qui attendait impatiemment là, devant moi, en souriant.
Je n’ai pas beaucoup changé depuis, et l’étonnant est que je ne sois pas resté tout à fait puceaux. Mais il ne s’en faut pas de beaucoup…

Alors, encore aujourd’hui, lorsqu’une femme avance soudain son visage, ses lèvres, du mien, je suis ce garçon de quatorze ou quinze ans, et je suis aussi le petit garçon de trois ou quatre ans : j’ai une réaction automatique, comme un geste nerveux, pour "faire la bise". Ce n’est même pas moi qui fait la bise ainsi, c’est mon ombre. C’est mon ombre aussi qui parle, dit deux ou trois mots qui n’ont rien à faire là sinon me donner contenance.

Et après je reste avec la conviction que cette femme a voulu me faire la bise pour me rassurer, me consoler d’un fait survenu auparavant (oui, j’ai essentiellement a l’esprit un fait précis survenu récemment, mais je ne vais quand même pas tout vous raconter !), et je ne me demande même pas pourquoi elle s’en va tout-à-coup sans rien dire.

Et puis je reste là avec l’émerveillement, la douceur de son geste qui continue de caresser mes pensées.

 
…Et le lendemain je tombe des nues en lisant le mail où elle me dit qu’elle ne souhaite plus me voir pour le moment et qu’elle ne répondra sans doute pas à mon courrier.

 
C’est quasiment toujours ainsi que cela se passe, et en même temps c’est toujours différent, donc inattendu ; je ne peux pas prévoir, me préparer, et même si je le pouvais cela tuerait tout aussi sûrement la spontanéité…

Je n’ai jamais embrassé une femme en public, et je l’ai bien peu fait en privé, mais celles que je rencontre ne le devinent pas, ne peuvent pas le deviner.
D’ailleurs, si elles le devinaient elles partiraient en courant…

 
Il est pourtant arrivé que je fasse l’amour et même une fois cela s’est plutôt bien passé. C’est qu’il y a parfois des circonstances très exceptionnelles dans la vie.

 
Tout cela est d’autant plus grave que les simples amitiés sont gâchées par des événements pareils, et d’ailleurs ça me mène parfois à ne pas voir qu’une amitié est en train de se dépasser, ou au contraire à imaginer le désir amoureux là où il n’est pas…

Ben oui, je suis dans la merde, et plus les années s’accumulent, plus c’est difficile à supporter, parce que c’est autant d’années qui ne pourront pas être refaites, au cours desquelles je n’aurai pas tout-à-fait vécu…

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