Pour qui l’on travaille

Bonne nouvelle : les jeunes continuent d’être moins cons que les vieux !

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lundi 19 janvier 2015

Mais mauvaise nouvelle : les vieux continuent de prendre les jeunes pour des cons ! Pour preuve, ces témoignages d’une professeure de français en collège et d’une professeure de philosophie :

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1307212-charlie-hebdo-mes-eleves-supposes-musulmans-surveilles-c-est-deja-un-probleme.html

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1307216-je-suis-charlie-ou-pas-disent-mes-eleves-de-lycee-ils-ont-raison-de-s-interroger.html

Extraits :

"J’ai mis dans la salle d’à côté deux élèves qui sont habituellement perturbateurs" m’explique une collègue, de manière à être certaine que "la solennité de l’instant et du reste de la classe" ne soit pas "gâchée".

Deux élèves qui n’avaient pourtant pas pris la parole sur le sujet pendant la discussion précédant la minute de silence. Je ne pense pas que la contradiction propre à la situation ait échappé aux élèves : comment parler de la défense de la liberté d’expression en interdisant par anticipation et arbitrairement l’expression d’un désaccord ou d’un refus à l’intérieur d’une classe ?

Cette contradiction saute aux yeux des élèves plus âgé-es, comme mes anciennes élèves de 3e, maintenant en seconde. L’une d’entre elles m’a par exemple expliqué que pendant son cours d’histoire, elle a voulu dire que, en tant que musulmane, si elle condamnait totalement les meurtres commis, cela ne l’empêchait pas de s’être sentie blessée par des dessins et des propos tenus dans "Charlie Hebdo" et d’être en désaccord politique avec la ligne éditoriale de l’hebdomadaire.

Elle me dit que ses propos n’ont pas été acceptés par son enseignant qui, toujours au nom de la défense de la liberté d’expression, lui a fait comprendre que ses sentiments et ses idées n’étaient pas légitimes.
(extrait du premier témoignage)

On nous rapporte des témoignages d’enseignant-e-s désappointés parce que les élèves seraient solidaires des assassins de "Charlie Hebdo" car ils refuseraient de s’identifier au slogan "Je suis Charlie". Ou encore des témoignages d’enseignant-e-s, ayant montré des caricatures aux élèves, et désespéré-e-s, du fond de leur vertu républicaine de voir que ces élèves, malgré leurs explications, continuent de penser que ces caricatures sont racistes, ou tout simplement blessantes et pas vraiment drôles.

Certains éditorialistes parlent même de commencer une chasse aux "#JeNeSuisPasCharlie".

Ici, mes élèves n’ont eu aucune peine à voir le sophisme grave qu’il y a à associer la dénonciation de l’attentat à une adhésion à la ligne éditoriale du journal.

[…]

Mes élèves m’ont ensuite posé la question des causes profondes de ces événements.

A émergé, dans les échanges collectifs, l’idée que si l’on partait du principe que les terroristes avaient commis un acte qui n’avait rien à voir avec l’Islam mais qui ressortait d’une idéologie politique ultra violente, alors chercher à prévenir le terrorisme en voulant réformer l’Islam était absurde.

Les capacités d’analyse logique de mes élèves devraient être mises au service de la République… et des éditorialistes qui depuis la semaine dernière se demandent comment "guérir" l’Islam de l’intérieur.

Une élève a alors posé la question de savoir quelles étaient les vraies causes de cette violence, se demandant ce qui poussait certains individus à adhérer à des idéologies terroristes, ayant donc bien compris que le vrai problème n’était pas l’idéologie qui servait de support au passage à la violence, mais les causes sociales et profondes de cette adhésion à une idéologie prônant la violence.

Les élèves ont très bien identifié que l’absence d’interrogations politiques sur ces causes effectives sociales et la focalisation sur la cause occasionnelle "religion" était la réalisation du fameux "amalgame" que l’ensemble du spectre politique disait pourtant rejeter.

Une autre élève a d’ailleurs souligné avec pertinence que si le Front National disait lui-même refuser cet amalgame, cette profession de foi du "pas d’amalgame" n’avait plus grande valeur. Un autre a également demandé si la terminologie "islamiste", pour désigner une idéologie qui n’avait rien à voir avec l’Islam même si elle s’en réclamait, ne sous-entendait pas un lien de continuité entre l’Islam et l’islamisme, le premier n’étant que la version "modérée", édulcorée du second.

Un quatrième a ajouté que dans la même veine, l’idée que les musulman-e-s devraient se désolidariser des actes terroristes sous-entendait que par défaut les musulman-e-s seraient potentiellement solidaires, ce qui participait du même fameux amalgame que tout le monde dit rejeter, tout en le reconduisant sans cesse.
(extraits du second témoignage)

Bon, tous les vieux ne sont pas à mettre dans le même sac, quand même ! Déjà, les deux profs auteurs des articles ci-dessus valent bien leurs élèves. Eh puis il y a les auteurs et signataires du texte "Non à l’union sacrée !", qui mériteraient d’être sauvés rien que pour ce passage :

En France, la liberté d’expression serait sacrée, on y aurait le droit de blasphémer : blasphème à géométrie variable, puisque l’« offense au drapeau et à l’hymne national » est punie de lourdes amendes et de peines de prison. Que le PS et l’UMP nous expliquent la compatibilité entre leur condamnation officielle du fondamentalisme et la vente d’armes à l’Arabie saoudite, où les femmes n’ont aucun droit, où l’apostasie est punie de mort et où les immigrés subissent un sort proche de l’esclavage.

Nous ne participerons pas à l’union sacrée. On a déjà vu à quelle boucherie elle peut mener. En attendant, le chantage à l’unité nationale sert à désamorcer les colères sociales et la révolte contre les politiques conduites depuis des années.

Quant à moi, je suis en quelque sorte mal placé pour pouvoir décider de mon niveau de "connerie" ou de folie. Je n’essaierai donc pas.

 

N. B. : En général, je réserve à l’usage privé le mot "con", mais bon, une fois n’est pas coutume. Mais je me demande si le mot "fou" ne conviendrait pas mieux… Quoi qu’il en soit, si parmi ces "cons" ou ces "fous" il se trouve des manipulateurs conscients, ils sont encore plus cons ou fous que les autres !

 
 
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