Rupture

Le double escamotage de l’idée démocratique

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samedi 31 janvier 2015

Je disais l’autre jour, ici, comment il y a deux siècles et plus les révolutionnaires républicains escamotèrent l’idée et la volonté démocratique en la remplaçant par l’idée et la volonté nationale, en un mot par le nationalisme. Mais cet escamotage s’avéra insuffisant. En effet, le nationalisme, même républicain, ne dit rien des inégalités et des injustices ; La république s’est débarrassée de l’ancienne répartition sociale entre nobles et plébéiens, mais une nouvelle répartition des inégalités, un nouveau partage était déjà en train de se mettre en place, que la république nationale ne remet nullement en cause. Le mouvement socialiste européen du XIXe siècle ne pouvait évidemment pas se satisfaire de cette situation. On avait perdu la liberté, on avait perdu la démocratie, il fallait les retrouver.

On se mit donc à chercher. Et tandis que, d’un côté, l’on retrouvait le mot démocratie en lui accolant un nouvel usage [1], d’un autre côté l’on inventait le matérialisme dit scientifique ou dialectique, matérialisme qui, il faut bien le dire, s’avère être surtout un matérialisme mécaniste : il décrit le monde et l’histoire de l’humanité (et l’« économie ») comme une mécanique céleste, avec ses propre lois de pesanteur et de magnétisme. Le prolétariat va succéder à la bourgeoisie, et le communisme au capitalisme, parce que c’est le sens de l’histoire et que les planètes ne rebroussent jamais chemin ni ne zigzaguent. Oui, bon, d’accord ! Mais qu’est devenue la démocratie ? Où est la liberté ?

Que cet escamotage-là fut involontaire ne change rien à ses conséquences, il n’est pas pour rien dans le fait qu’aujourd’hui beaucoup de perdus implorent une nation tant qu’ils peuvent y croire, ou un dieu tant qu’ils peuvent y croire, vu que la science comme croyance a beaucoup perdu de son crédit. Dame ! A force de la confondre avec la mécanique… Peut-être retrouverons-nous un jour la science comme étude, en même temps que la liberté démocratique, mais pour l’heure nous sommes assez mal barrés (ah non, ça c’est une analogie un tantinet mécaniste, elle aussi !)…

[1

Conférence à l’UQTR de Francis Dupuis-Deri, le 19/03/14 : Démocratie : l’origine politique d’un mot
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