Peuples sans limites

Un État moderne lève en Irak et au Levant

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dimanche 26 avril 2015

Ici même, en février dernier, j’écrivais ceci (orné d’un curieux lapsus orthographique) :

L’extermination des chrétiens d’Anatolie a été au moins autant pensée, calculée, planifiée, que l’extermination des juifs d’Europe, contrairement aux massacres actuellement perpétués dans la même région, ainsi qu’en Afrique, au non d’Allah. Ces massacres qui ont marqué le XXe siècle avaient quelque chose de révolutionnaires, en ceci qu’ils participaient du mouvement historique de la bourgeoisie vers toujours plus de technicité, de "raison", de rationalité, tandis que les massacres d’aujourd’hui semblent totalement réactionnaires. Comme si, tout en préparant sa métamorphose terminale, son propre "dépassement", le monde capitaliste hésitait entre la terreur scientifique et la terreur de Dieu, entre le systémisme comme volonté et l’individualisme moutonnier des monothéismes du salut individuel.

A ce qu’il paraît, l’EI (Daech) n’hésite pas vraiment. Il serait totalement du côté du systémisme comme volonté. Quant à l’individualisme moutonnier dont je parlais, il s’agit d’une caractéristique d’individus, non d’États, caractéristique exploitée par l’EI. Cet État Islamique serait en effet un État policier moderne, peut-être même laïc, bouture de l’État de feu Saddam Hussein. Ce que révèle Der Spiegel dans un article largement repris par Le Monde : Haji Bakr, le cerveau de l’Etat islamique

Si les documents d’Haji Bakr ne contiennent aucun message sur la tradition des prophètes ou les promesses d’un « Etat islamique » prétendûment voulu par Dieu, la raison en est simple : son auteur était convaincu que l’on ne peut remporter aucune victoire avec des convictions religieuses, aussi fanatiques soient-elles. En revanche, on pouvait très bien mettre à profit la croyance des autres. C’est ainsi qu’Haji Bakr et un petit groupe d’anciens officiers des services secrets irakiens élurent en 2010 comme chef officiel de l’EI Abou Bakr Al-Baghdadi, émir et futur « calife ». Baghdadi, religieux et érudit, devait, selon leurs calculs, donner à ce groupe une apparence de religion.

L’EI ne serait une théocratie qu’en façade. Mais, au fond, n’est-ce pas le cas de toutes les théocraties ? Dieu n’ayant jamais réellement son mot à dire, le pouvoir territorial se dispute entre les forces armées et les forces idéologiques, entre la force et l’autorité. Le régime qui dure est celui ou règne l’alliance de la force et de l’autorité, comme dans nos "démocraties" (où l’autorité se tient au-dessus des territoires, on la nomme curieusement "économie politique").

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