Ames perdues

De Charybde en Scylla

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samedi 13 juin 2015

Chez les mammifères et quelques autres familles d’animaux, la "fonction de reproduction" nécessite que deux êtres de "sexes opposés" s’attirent de temps à autre, et qu’ils soient amenés instinctivement à rapprocher leurs gamètes respectifs. C’est à peu près comme la faim et la soif, sauf qu’au lieu d’un besoin individuel est ici en jeu un besoin de l’espèce, et sauf que cela perturbe nécessairement, à chaque fois, deux personnes et tout ce qui les relie ou pas, sans que ces personnes s’en sortent individuellement renforcés comme après un repas. La longue évolution des mammifères, puis du genre humain, enfin des sociétés humaines, a donné à ce phénomène une complexité inouïe qui n’a pas fini de nous étonner.

l’Occident médiéval s’était assez bien débrouillé pour donner à ces attirances mystérieuses et momentanées l’aspect d’amours éternels, jusqu’à même parvenir parfois, paraît-il, à créer quelques réelles histoires d’amours "éternels". Mais au Moyen-Age déjà, seul importait vraiment l’éternité des héritages garanties par les mariages, non l’éternité des amours justifiant moralement ceux-ci. La tension entre les réalités de la vie et l’idéal chevaleresque était si grande, si inouïe elles-même, que le monde occidental a fini par changer radicalement de point de vue. Aujourd’hui, pour lui ne compte que le coït, et même plus précisément le moment d’achèvement du coït ; et encore même pas, c’est-à-dire le moment où le rapprochement des gamètes devient en principe effectif. Mais comme ce monde occidental est aussi celui des marchands, spéculateurs-usuriers qui s’ingénient à tout séparer afin, non seulement de régner, mais d’abord de s’échanger les isolats obtenus dans un processus "économique" sans limites, il se trouve qu’à la place de l’amour nous sommes confrontés de nos jours à la masturbation assistée (godemichets, pornographie…), l’insémination artificielle, la gestation pour autrui (GPA), le mariage homosexuel, l’orgasme identifié à la jouissance et celle-ci élevée au rang de but suprême de la vie individuelle.

Il ne s’agit là, en fait, que d’une nouvelle chimère, d’un nouvel idéal cachant les réalités de l’humble condition humaine, sa condition animale ; un idéal au moins aussi fou que son homologue médiéval. Et la tension entre les réalités de la vie et ce nouvel idéal n’est pas moins grande que celle régnant au Moyen-Age. Beaucoup se plaisent encore à dénoncer l’obscurantisme des temps anciens et à encenser les lumières de la modernité, mais notre époque n’est pas plus lumineuse que le Moyen-Age, elle a seulement d’autres couleurs. Et d’autres noirceurs.

 
 
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