Rupture

Le cœur à l’ouvrage

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samedi 22 septembre 2007

Le cœur à l’ouvrage, en l’absence de pression ou en étant capable de s’opposer à celle-ci…

Jeudi, j’ai rejoins une équipe de joyeux vendangeurs. Son responsable, un jeune retraité, nous fait travailler sans grande difficulté à son propre rythme, qui est fort raisonnable. Nous discutons dans les rangs, plaisantons, jouons aux devinettes. L’un des vendangeurs chante en travaillant, et très bien. A l’une des pauses – une demi-heure chaque pause de milieu de demi-journée, non payée évidemment – un étudiant faisait jeudi, à une autre collègue étudiante, un cours sur Jean-Jacques Rousseau…

En une demi-journée de ce régime, les gens se connaissent déjà. Et le boulot est un vrai plaisir.

Mais vendredi le jeune chanteur était absent, malade, et du coup il manquait quelque chose dans les rangs de vigne, quelque chose qu’une petite bataille de raisins a tenté de compenser en fin de journée. Oui, il existe des êtres plus vivants que les autres, ou qui extériorisent plus leur vie que les autres, et qui nous sont nécessaires, bigrement nécessaires.

 
Mais j’ai là à faire à une anomalie dans le paysage économique actuelle. D’ailleurs, si je la connais, c’est qu’il m’a fallu quitter une autre équipe, nettement moins joyeuse, encore occupée jusqu’en novembre par la cueillette des pommes. Malgré mes efforts, je ne suis pas parvenu à attraper la cadence minimale imposée. Une cadence très élevée pour un travail pourtant plus délicat, plus difficile que la cueillette du raisin. Et des matinées de quatre heures et demi sans pause, des journées de huit heures avec juste une heure le midi pour manger, une heure y compris le temps de trajet à pied entre le lieu de travail et le hangar où l’on mange (contre une heure et demi et un trajet court à pied, ou long en véhicules, dans les vignes)…

Toutes ces heures à haute cadence sont autant d’arrêts temporaires de la vie, arrêts qui devraient être pris en compte dans le calcul de l’espérance de vie.

Au contraire, pendant ces deux journées de vendanges j’ai acquis de l’énergie [1], tout en effectuant pourtant correctement un travail pour lequel je serai rémunéré.
Et l’on trouve encore des gens qui rêvent de tout automatiser !

[1j’ai acquis de l’énergie – ou plutôt de la bonne humeur – et aussi un mal de dos, mais ce dernier fut vite disparu car maintenu léger par le rythme raisonnable et la longueur des pauses réparatrices… réparatrices, et si enrichissantes humainement, si enrichissantes socialement, qu’elles pourraient même contribuer à réparer les âmes, et le monde, si nos maîtres ne préféraient nous faire travailler dur et puis former des spécialistes pour calmer ensuite nos douleurs acquises…

Réparer les âmes et le monde, ou bien faire grimper le PIB, il faut choisir

 
 
LE DEVENIR
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