Rupture

Le côté sombre de l’Occident capitaliste

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dimanche 20 décembre 2015

Denis Cuspert, alias Deso Dogg, alias Abou Talha Al-Almani, né le 18 octobre 1975 en Allemagne et vraisemblablement mort le 16 octobre 2015 près de Raqqa (Syrie) :

 
 

Deso Dogg - Bienvenue dans mon monde

 
 

Que faut-il craindre ? Les musulmans ? L’Islam ? Les rappeurs des quartiers ? Les immigrés ? Les réfugiés ? Ou bien cette image d’un monde plein de haine et de sang qu’envoient continuellement, dans presque tous les foyers, la télévision et tous les objets culturels à grand tirage, et que l’on retrouve, à peine retournée, dans les formes écrites, musicales et cinématographiques du rap ?

 
 

Duval MC - On désobéit

 

« Bienvenue dans mon monde plein de haine et de sang
Pour mes enfants j’écris ces lignes avec du sang… »

Cette image d’un monde de la guerre permanente, faut-il s’étonner qu’elle finisse par cristalliser sous nos yeux et sous nos pas ? Le monde capitaliste est odieux, mortifère et générateur de guerres, mais le monde capitaliste n’est pas l’humanité. Et cette image, on ne nous la présente pas comme étant celle du capitalisme mais comme celle de son ennemi fantasmatique : le barbare. Elle ne serait d’ailleurs pas du tout une image correcte du capitalisme, parce qu’elle est pleine de passion alors que c’est la froide raison du capitalisme qui tue (et c’est pourquoi cette image d’un monde plein de haine et de sang masque si bien les massacres et les destructions capitalistes toujours effectués pour quelque raison technique ou économique – la permanente diffusion de cette image étant d’ailleurs elle-même un agent puissant de la destruction des esprits individuels et communautaires et des volontés individuelles et communautaires).

Le monde occidental fait tout pour basculer dans la terreur et le sang, il fait tout pour s’autodétruire. Daech n’est pas le côté sombre de l’Islam mais le côté sombre de l’Occident capitaliste ; le côté sombre et le feu qu’il laisse derrière lui. Il a revêtu la parure de son très vieil ennemi, dont il achève aussi la destruction.

En se débattant pour survivre, le capitalisme met réellement à feu et à sang son propre monde. Et ce monde n’étant, depuis longtemps déjà, qu’un pseudo-monde constitué de deux entités séparées : la société des producteurs-consommateurs publivores et l’« environnement », rien de solide ne s’opposerait à sa marche aveugle vers le néant si un nouveau monde n’était déjà en train de pousser sur les cendres (par ceux qui ont su jeter leur télé à temps et n’user de la radio et des journaux qu’avec parcimonie et grande circonspection).

 
 

Sans haine, sans armes, sans violence (HK et les Saltimbanks)

 

 

P.-S.

Les foules vont voir Les guerres de l’étoile au cinéma, mais qu’est-ce que cette histoire, aussi fabuleuse soit-elle, face à notre folle réalité d’aujourd’hui ? « En Europe, nous vivons en paix sur notre sol depuis 70 ans. Il y a une sorte de fatigue de la paix qui peut conduire à une fascination de la guerre, décrite notamment par l’écrivain allemand Ernst Jünger », avance Farhad Khosrokhavar. « Elle devient alors une fête morbide qui permet de rompre la monotonie tout en incarnant le côté “légitime” dans le combat du Bien contre le Mal. » (source Mediapart, Comment la propagande de l’Etat islamique se joue de l’Occident)

(le 22 août 2016) Cette vision d’un monde plein de haine et de sang, c’est le syndrome du grand méchant monde décrit sur hacking-social.com. Dans ce syndrome, le monde est méchant mais je n’en suis que spectateur et victime, c’est-à-dire que je n’en suis pas, du monde. Le mal, c’est le barbare, l’étranger, le voisin, celui qui a une structure mentale pas comme la mienne, une idéologie (forcément je n’en ai pas), une religion fausse (pas comme moi), ou encore celui qui a du pouvoir (je n’en ai pas), du savoir quand je suis ignorant, les puissants, etc. Moi, je suis irresponsable, moins parce que je suis impuissant que parce que je suis intrinsèquement bon, ou tout au moins intrinsèquement clairvoyant, parce qu’engagé sur la bonne voie. Quant on est atteint de ce syndrome, on ne se remet jamais en cause puisque le mal est toujours extérieur, puisqu’on s’est séparé du monde. Exemple : le chômage, c’est-à-cause de méchants financiers, de méchants patrons, de politiciens vendus, il ne vient pas à l’esprit que l’existence de ce problème pourrait provenir aussi, ou seulement, de croyances et de pratiques partagées par l’ensemble du monde occidental, du balayeur aux dirigeants de "multinationales" (en réalité "a-nationales").

Tout le monde occidental est atteint du syndrome du grand méchant monde, ses élites tout autant que la plèbe. Et il n’y a pas beaucoup de personnes qui cherchent à traiter ce syndrome. Dans les hautes sphères, il n’y a à peu près personne. Au contraire, beaucoup le nourrissent, sans comprendre, ou en comprenant partiellement mais en trouvant intérêt à le nourrir (par exemple un intérêt politique personnel).

Parfois, dans quelques têtes le syndrome se retourne. Il est toujours là, sauf que le monde méchant est devenu le monde occidental méchant, qu’il faut alors détruire (et non changer). Parce que, dans cette vision, le mal est toujours dans l’essence du monde, ce n’est pas quelque chose que l’on peut extirper ou amoindrir. Le grand méchant monde l’est par essence, comme moi je suis sain(t) par essence.

 
 
LE DEVENIR
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