Rupture

Le règne de la peur

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dimanche 25 mai 2008

Le monde industriel a deux versants, le côté fabrication et le côté consommation. Enfin, je parle de consommation parce que c’est le terme en usage, mais on ferait mieux de parler de gavage !

Le problème, avec les marchands, c’est qu’ils se nourrissent de l’exploitation des besoins ; pour eux les besoins ne doivent donc jamais s’éteindre, c’est-à-dire qu’ils ne doivent pas vraiment être satisfaits.
Ils ne se gênent d’ailleurs pas pour l’avouer ; un publicitaire disait un jour, en substance, qu’au cœur de son activité était la volonté de multiplier le désir.

Multiplier le désir ? Si c’est afin de multiplier le désespoir, alors l’idée est assurément bonne.

 
Et dire que lorsque le peuple se révolte il s’en prend surtout à l’Etat – ou plutôt, plus modestement, au gouvernement – comme si c’était les Etats qui menaient le monde !

Mais non, l’Etat est là pour rendre "durable" les relations entre les entreprises et les salariés, ainsi qu’entre entreprises concurentielles, et il est là aussi pour assurer divers besognes subalternes – comme de maintenir le bon état et l’efficacité des réseaux de transports et de communications.

Dans l’organigramme, le gouvernement n’est pas bien haut placé, il tient plus du bureau des ressources humaines que de la direction générale. Il sert de tampon, et même de fusible, dans les rapports entre le peuple et le Capital.
Par exemple, il est chargé de la formation, mais il doit choisir les programmes d’enseignement en fonction des desiderata du "marché du travail", "marché" sur lequel il n’a qu’assez peu prise…

 
Oui, l’on continue de s’en prendre essentiellement au gouvernement en laissant tranquille (si j’ose dire) la marche impitoyable des entreprises industrielles…
Cela me fait penser à ces gens qui s’indignaient que des établissements scolaires n’interdisent pas certaines tenues vestimentaires jugées par eux indécentes mais pourtant à la mode, sans penser – ou sans oser – s’en prendre à l’industrie du prêt à porté, pourtant l’unique responsable.

 
L’étonnant est que ce fonctionnement bien rodé est petit à petit remis en cause par un Capitalisme si triomphant qu’il se surprend parfois à rêver de privatiser tous ces petits travaux : les routes, la formation, la police, la guerre…
S’il allait jusque là, ce serait sa fin.

Mais ce ne serait pas forcément la fin du monde industriel. D’ailleurs, est-elle vraiment à souhaiter ? Je réponds oui si l’on pense au monde industriel tel qu’il est, mais non si l’on pense à l’industrie humaine, à l’art technique humain, et tout bonnement : à la civilisation.

 
En attendant cet avenir hypothétique, l’autre versant de ce monde n’est pas reluisant non plus, et il laisse particulièrement à désirer du point de vue de la démocratie. Lorsqu’une grande entreprise comme Total est responsable d’une grave pollution – et la chose n’est pas si rare – on n’entend guère les salariés de l’entreprise concerné (et quand je dis "salariés", je pense aux cadres autant qu’aux ouvriers).

Les salariés n’ont rien à dire, rien à penser, sur ce qu’ils produisent, pourquoi ils le produisent, comment ils le produisent.

En rentrant chez eux ils s’arrêtent au supermarché où ils n’ont rien à dire, rien à penser non plus (sur ce qu’ils achètent, pourquoi ils l’achètent, comment ils l’achètent).

Instaurer la démocratie dans l’usine et dans la ville (dans la vie) ? mais ce serait dommage ! Nous trouvons tellement d’avantages à cette déresponsabilisation dans laquelle nous sommes maintenus.
Tant que l’on peut innocemment se défouler, de temps en temps, à faire tomber les gouvernements…

 
 
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