Rupture

Sur le gaspillage éhonté de la main d’œuvre (2)

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samedi 14 juin 2008

Il est un autre gaspillage de la main d’œuvre plus évident encore que celui dont je parlais ici le 1er mai et dont je n’avais pourtant pas réalisé l’existence jusqu’à il y a un peu plus d’un mois (oui, j’ai tardé à écrire ceci, j’avais la tête ailleurs). Qui, en effet, n’a jamais eu l’occasion d’observer que, lors d’une augmentation de la cadence du travail ou d’un autre niveau d’exigence, la fatigue, le stress, le vieillissement du personnel croissaient plus vite, bien plus vite, que la quantité ou que la qualité de la production ? C’est donc que l’on utilise une puissance humaine de travail sans en retirer tous les bénéfices que l’on pourrait en tirer si l’on prenait un peu plus son temps.

Mais c’est pourtant pas le tout de produire, ce n’est pas la fin justifiant les moyens, il faut encore qu’il y ait suffisamment de gogos en état de marche [1] pour acheter les produits finis, afin que l’argent circule un maximum ; sinon, comment les profiteurs profiteraient ? Et pour acheter, pour consommer, il ne faut pas seulement du pouvoir d’achat, il faut être en bonne forme. Ou alors on n’achète que des produits et services de santé, mais pas bien longtemps !

Ce que je dis ici des cadences se vérifie également pour ce qui est de la durée quotidienne et hebdomadaire du travail : on peut l’augmenter beaucoup, mais pour quels résultats ?
Voilà du vieillissement accéléré transformé, certes, en marchandise, mais avec quel rendement ? Les travailleurs frais et dispos livrent un vieillissement autrement mieux transformable !

 
On a très longtemps fait une erreur équivalente en agriculture en se souciant uniquement des rendements à l’hectare et jamais des rendements énergétiques, pour s’étonner au bout de quelques décennies de la pollution des rivières, des nappes, de l’épuisement des sols, de la raréfaction des ressources…

C’est pareil pour les "ressources humaines" de l’entreprise industrielle : on se soucie du rendement horaire, or ce n’est pas avec le temps que l’on produit des marchandises, c’est avec une force physique et une capacité d’attention et d’analyse que l’on use un certain temps, oui, mais aussi avec une certaine intensité.

 
Je pourrais donc être tenté de parler ici des rendements énergétiques de la main d’œuvre ; mais non, je m’en abstiendrai, parce qu’à mon avis il n’est pas bon d’appliquer le concept d’énergie à tout et à son contraire, aux hommes comme aux chose et au vide interstellaire comme au soleil ; bon, si encore on l’avait cantonné aux domaines de la physique et de la chimie, les dégâts seraient limités, mais non, il a fallu l’étendre à toute chose. Et maintenant… On entend souvent dire d’une personne qu’elle est pleine d’énergie, on dira bien moins souvent qu’elle est pleine de vitalité, et jamais qu’elle déborde de joie de vivre…
Qu’est-ce que c’est, pourtant, qui nous fait vivre, nous autres, êtres vivants, au-delà de la simple survie assurée par les aliments et l’oxygène ? qu’est-ce que c’est sinon tout ce qui relève de l’émotion, et en particulier de la joie ?

Mais pourtant notre époque ne se soucie jamais de la joie, elle n’a qu’un mot à la bouche : énergie, énergie, énergie ! [2]

Bon, ce concept d’énergie et toutes ses déclinaisons mériterait un blog à lui tout seul. Peut-être, si je parviens à acquérir un peu plus de force joie de vivre, peut-être dans un avenir prochain m’y lancerai-je.

[1J’en fait partie, bien sûr, trop souvent.

[2Ah, non, j’oubliais : elle dit aussi le temps, le temps  ! et puis argent, argent  !

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