Une âme parmi les autres

Que cherches-tu ?

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dimanche 6 mars 2016

(N.B. Ne pas perdre de vue que je parle ici de mon imaginaire profond et que, en particulier, des guillemets auraient été utiles dans beaucoup plus de passages que là où j’en ai mis)

 

Je viens de m’apercevoir que la réponse à la question "qui cherches-tu", trouvée l’année passée, donnait accès à la réponse à la question "que cherches-tu". Je ne cherche pas seulement un visage, celui de l’innocence (de la sainte, de l’ange), je cherche aussi le visage de l’innocence prise en faute. Pas seulement dans la pornographie mais aussi dans les "faits divers" : il est rare que je ne lise pas un article où il est question d’une femme criminelle ou même simplement alcoolique [1]. Même sans image, mais c’est mieux avec. A défaut d’image, je me contente d’une description.

Ce qui est épatant, c’est que je parviens à trouver ainsi l’innocence fautive. C’est fantasmagorique, bien sûr, mais je trouve. Tandis que si je la découvre aussi parfois dans le contact humain, la relation réelle, ce n’est que l’espace d’un instant. Je croise un jour une fée, un ange, une madone, et je ne la revois jamais, ou bien elle m’apparaît vite autrement, le rêve se dissipe. Dans certains cas il ne se dissipe pas complètement, mais alors il n’est pas question pour moi d’entraîner ou de me laisser entraîner à "la faute", l’innocence est sacrée !

Je ne cherche donc pas seulement Irène (voir "Qui cherches-tu ?"), je cherche à prendre en faute Irène, tout en cherchant à éviter de partager cette faute.

Dans le même temps, je me tiens éloigné de celles qui semblent étrangères à l’innocence, sans que je comprenne bien pourquoi elles en sont étrangères. Ce n’est parfois dû qu’à leur maquillage. Il y a des maquillages "vulgaires", pour ne pas dire "sales", à mes yeux. "Vulgaire" n’est pas synonyme de "coupable" mais s’oppose pourtant, lui aussi, à l’innocence. Les saintes de l’iconographie chrétienne ne sont pas maquillées ainsi…

Les femmes sans "innocence" me font peur. Même lorsqu’elles m’attirent, même lorsque je les attire, même lorsqu’elles m’attirent et que je les attire (tout cela est arrivé).

Je ne saurais dire pourquoi tel maquillage est vulgaire et tel autre pas. J’ai bien une hypothèse à ce sujet, mais je n’ai pas réussi à en vérifier l’éventuelle justesse : le maquillage que j’aime serait celui qui renforce une expression naturelle chaleureuse au lieu de s’y opposer.

La faute n’est pas évidente à caractériser. Elle semble être quelque chose qu’il ne faut pas faire mais qu’il est très tentant de faire. En particulier les actes sexuels et la nudité. D’où l’emprise de la pornographie (y compris celle émise hors de l’industrie spécialisée : affiches, catalogues…) sur des personnes comme moi.

La faute est peut-être également à chercher dans notre côté "animal". Il me semble bien, d’ailleurs, qu’en cherchant l’innocence fautive dans la pornographie, je cherche "l’animal" dans la femme en même temps que l’ange. Mais attention ! Ici, le "côté animal" de la femme n’est pas à chercher du côté de la maternité ; la maternité est, au contraire, le côté humain des animaux, bien évidemment ! (rire désemparé)

Le concept métaphysique d’innocence, quant à lui, est figuré dans la réalité par la chaleur et la spontanéité des visages et des attitudes, lorsqu’ils sont semblables à ceux de l’iconographie chrétienne. Je précise à nouveau que, à "mes yeux" – à mon âme, plutôt –, seule la femme peut être douée d’innocence. La femme et les petits enfants (mais je ne recherche jamais le petit enfant fautif, sans doute pas par vertu mais simplement parce que je ne suis sexuellement attiré que par les femmes).

L’innocence n’est pas fréquente en pornographie, d’où des recherches très longues. Ce qui ne serait pas un sérieux problème si c’était l’innocence qui m’excitait sexuellement, mais il s’avère que c’est bien "le sexe", porté surtout par les non innocentes, qui m’excite (du moins dans la solitude sexuellement assistée par divers médias), alors que seule l’innocence parviendra à me faire retrouver ma sérénité (pour plus de détails, veuillez me consulter en privé). Mais l’innocence n’est pas plus fréquente dans la production publicitaire ou dans les productions dites "artistiques" ou "culturelles".

Tout cela signifie que l’idée de la faute est toujours présente en moi, et toujours forte. Et que j’ai toujours comme idéal de femme ce qui à première vu peut sembler être l’opposé de la faute : l’innocence (c’est à peu près ce que j’avais rapidement nommé "angitude" l’autre fois – certains mots existants mais tombés en désuétude me viennent apparemment moins facilement à l’esprit que des mots inexistants mais dans l’air du temps). Mais comment l’opposé de la faute pourrait-il être pris en faute tout en restant ce qu’il est ? Le paradoxe, c’est que seule l’innocence peut commettre la faute. Les Femens, par exemple, ne commettent pas la faute, elles sont la faute !

Les Femens, la faute ? Les raisons que j’invoquais en 2012 pour tenter d’expliquer pourquoi j’aimais les Pussy Riot et détestais les Femens, et pourquoi je jugeais positives les actions des Pussy Riot et mortifères celles des Femens, ne sont peut-être que la rationalisation d’un sentiment préexistant en moi. Les Pussy Riot sont d’adorables innocentes fautives, il y a même une madone quasi idéale parmi elles (jusque par son prénom, ce que je ne tiens pas pour un hasard) !
Bon, je parle des images de 2012. Deux années plus tard, Maria et Nadejda paraissent assez différentes d’apparence (du moins par écrans interposés), comme ici, et comme sur cette photo (en provenance du Huffingtonpost américain) :

Nadezhda "Nadya" Tolokonnikova et Maria Alyokhina

L’une a ici un peu perdu, peut-être volontairement, son charme de madone, mais l’autre ne parvient pas, avec son rouge à lèvre, à annihiler la bienfaisante énergie qui émane d’elle [2] !

Au contraire, les Femens d’alors sont dans la faute de la tête aux pieds et sans doute le sont-elles encore aujourd’hui. Mais on ne les a vus que dans leurs actions spectaculaires, et même souvent que dans des instantanés de leurs actions spectaculaires. Et dans quelques brèves interviews ou conférences de presse. On n’a vu que les Femens, pas les femmes.

Les hommes aussi sont du côté de la faute, et je suis du côté de la faute dans la mesure où je suis devenu adulte (ce que je n’ai jamais souhaité). Car les enfants sont en ceci plus proche de la femme, surtout leurs premières années. Sur les images pornographiques comme dans les "faits divers", les hommes ne sont jamais en faute puisqu’ils ne sont jamais l’innocence, et je n’y prête aucune attention. C’est peut-être parce qu’ils sont la faute que les hommes de la réalité me font généralement peur. Ou bien le contraire.

Le seul avantage des hommes sur les femmes, c’est qu’ils paraissent beaucoup plus rarement vulgaires que les femmes. Parce qu’ils ne se maquillent pas. Ils ont donc moins de mal à s’imposer.

Il est impératif de se débarrasser de ce concept-là d’innocence (l’innocence absolue). Chaleur humaine spontanée, chaleur et spontanéité, sont associées à la joie et à la peine, sentiments réels, l’innocence n’est qu’un concept métaphysique encombrant, mortifère et mortifiant. Mais comment s’en débarrasser ? Que je sois enfin capable de comprendre à peu près mon imaginaire profond me permet-il d’en changer ? A près de soixante ans, j’ai depuis longtemps terminé ma croissance, je suis même déjà dans la phase descendante de ma vie ou peu s’en faut. Je ne changerai pas d’imaginaire profond, mais celui-ci peut être désamorcé, ou tout au moins affaibli, perturbé par la connaissance et, surtout, par la praxis, par une vie libre, par des rencontres chargées d’émotions, des actes en commun chargés d’émotions. Le monde tel qu’il est n’aide absolument pas à cela, ni ceux qui, en son sein, se prétendent thérapeutes de l’esprit, de la personnalité, du tempérament, de la sexualité (ils ont rejeté le beau concept d’âme).

 
Je n’ai pas du tout l’impression de chercher "l’innocence" et "la faute" par ailleurs, par exemple dans la musique, la danse, le chant. Même si…

 

Emoni ennen (Ainsi ma mère chantait), par Värttinä (et un chœur féminin anonyme)

 

Mais je n’y ai jamais vraiment réfléchi.

 

P.-S.

le 20 mars)

1 - Cet imaginaire au plus profond de moi, de mes pensées et sentiments, n’était-il pas l’imaginaire normal des européennes d’il y a cent ou cent cinquante ans, malencontreusement développé dans la cervelle d’un mâle ?

2- Quels peuvent être les imaginaires profonds des hommes frappeurs de femmes, des hommes violeurs de femmes, ou encore des adultes frappeurs d’enfants ou des pédophiles violeurs d’enfants – la pédophilie ne suffisant pas à faire d’un être un violeur d’enfant – ?

Existe-t-il des moyens de combattre les imaginaires profonds mortifères ou, s’il est impossible ou non souhaitable de les combattre, des moyens d’empêcher certaines conséquences de ces imaginaires ?
Existe-t-il des moyens de favoriser l’installation d’imaginaires plus "sains" au sein des prochaines générations ?

Mon imaginaire s’oppose exactement aux comportements violents et aux viols de femmes et d’enfants, mais je ne peux exclure la possibilité, sous certaines conditions, de l’apparition de comportements de prise à contre-pied de son propre imaginaire. Je ne sais pas. En tout cas, une telle chose n’a même pas fait mine d’apparaître chez moi – heureusement, d’ailleurs !

3 - Il faut mettre à part les actions collectives. Dans les actions collectives, tout ce que j’ai dis plus haut concerne essentiellement les meneurs. Dans de telles actions, on peut être amené par la force du groupe et celle d’un ou deux meneurs, à aller contre son imaginaire, à faire quelque chose de gênant pour soi même sur le moment.

Les civilisations sont de telles actions collectives, mais de si longue durée qu’à la fin il peut ne plus y avoir de meneurs, seuls demeurant la force du groupe en mouvement [3], d’une part, et d’autre part la multitude des suiveurs constituant à eux seuls le groupe en question, avec en particulier des suiveurs d’une autre espèce que celle dont j’ai parlé jusque là ici : l’espèce inconsciente.

4 - (ajouté le24 mars) Les civilisations ont-elles, chacune, leur "imaginaire profond" ? Il y a environ cinq années, je remarquais que la civilisation occidentale semblait une tentative de l’humanité d’échapper à son "animalité". En cela, je m’en suis aperçu beaucoup plus tard, j’étais influencé par Hannah Arendt qui, dans son prologue à Condition de l’homme moderne, affirme et interroge :

« L’émancipation, la laïcisation de l’époque moderne qui commença par le refus non pas de Dieu nécessairement, mais d’un dieu Père dans les cieux, doit-elle s’achever sur la répudiation plus fatale encore d’une Terre Mère de toute créature vivante ?

La Terre est la quintessence même de la condition humaine, et la nature terrestre, pour autant que l’on sache, pourrait bien être la seule de l’univers à procurer aux humains un habitat où ils puissent se mouvoir et respirer sans effort et sans artifice. L’artifice humain du monde sépare l’existence humaine de tout milieu purement animal, mais la vie elle-même est en dehors de ce monde artificiel, et par la vie l’homme demeure lié à tous les autres organismes vivants. Depuis quelques temps, un grand nombre de recherches scientifiques s’efforcent de rendre la vie "artificielle" elle aussi, et de couper le dernier lien qui maintient encore l’homme parmi les enfants de la nature. C’est le même désir d’échapper à l’emprisonnement terrestre qui se manifeste dans les essais de création en éprouvette, […] "[…]afin de produire des êtres supérieurs" […] et je soupçonne que l’envie d’échapper à la condition humaine expliquerait aussi l’espoir de prolonger la durée de l’existence fort au-delà de cent ans, limite jusqu’ici admise.

Cet homme futur, que les savants produiront, nous disent-ils, en un siècle pas davantage, paraît en proie à la révolte contre l’existence humaine telle qu’elle est donnée, cadeau venu de nulle part (laïquement parlant) et qu’il veut pour ainsi dire échanger contre un ouvrage de ses propres mains. Il n’y a pas de raison de douter que nous soyons capable de faire cet échange, de même qu’il n’y a pas de raison de douter que nous soyons capable à présent de détruire toute vie organique sur terre. »

Je ne doute pas que c’est de ce côté-là qu’il faut chercher à caractériser l’imaginaire profond de l’occidental et de sa civilisation. Je penserais même qu’il est là tout entier si je ne me demandais pas pourquoi nous fuyons ainsi la terre et la vie. Quelque chose à voir avec le christianisme, la pensée chrétienne, certainement.

[1De femmes criminelles en général, mis à part je crois, les infanticides*. Si je lis aussi très souvent les articles traitant d’infanticides, c’est parce que je cherche à comprendre ces actes et leurs raisons. Cela dit, je ne connais sûrement pas toutes mes motivations profondes.

(ajouté le 18 mars) Mais, j’’y pense en voyant une publicité pour une formation en management, cette différence de traitement entre femmes et hommes ne concerne pas que les images (pornos ou pas, d’ailleurs) et les criminelles, loin de là  ! Un exemple : la fameuse PDG de Yahoo, par exemple, est pour moi une superbe "innocente fautive".
Plus fautive qu’innocente, évidemment, mais ses homologues masculins ne sont pas fautifs (puisqu’ils ne représentent pas l’innocence).

* (ajouté le 13 janvier 2017) Comme il arrive souvent, en parlant d’infanticides je songeais uniquement à ce que les spécialistes nomment, peu élégamment mais plus justement, "néonaticides". Le néonaticide est un crime qui doit avoir, il me semble, un statut spécial. J’irai même jusqu’à soutenir qu’il est intermédiaire entre l’infanticide non néonaticide et l’avortement volontaire. Il y a d’ailleurs des avortements qu’on assimile à des néonaticides.
Si j’en crois la revue Le cercle psy, qui est certainement un journal sérieux, le terme infanticide lui-même désignerait uniquement les meurtres de son enfant durant leur première année (après les premières 24 heures), mais je me demande bien pourquoi les psychologues se limiteraient à la première année. Peut-être font-ils cela justement pour rapprocher ces "infanticides" des néonaticides, en les distinguant des meurtres (par leur mère) d’enfants d’un an, deux ans ou plus.

L’article du Cercle psy auquel mon lien renvoie affirme, lui, carrément, que les néonaticides sont souvent, sinon toujours, une pratique liée à une planification familiale, comme l’est l’avortement volontaire. C’est à dire que ce serait le plus souvent, sinon toujours, raisonné, que ces actes ne sont pas des actes de folie, qu’ils sont même raisonnables, en un sens – dans la mesure où il peut être raisonnable de préférer cela aux diverses techniques de contraceptions, et je ne suis pas certains que cela ne peut pas, dans certaines situations sociales, être raisonnable.

C’est à cause de considérations de ce genre que je m’intéresse à ce que nous avons l’habitude de nommer "infanticides" : c’est parce que cela concerne la femme, les conditions de vie de la femme, et en particulier les conditions imposées, non par l’homme (le mâle), mais par ce que nous nommons aujourd’hui "nature"  ; c’est parce que cela concerne «  l’innocence  ».

[2Je résiste à la furieuse envie que j’éprouve d’étaler ici les photos que j’ai trouvé des deux "Pussy Riot" qui ont décidé d’exploiter leur vedettariat. Ce ne serait pas inintéressant à cause des changements de look, mais les effets produits viennent en grande partie de l’instantanéité de la photo ainsi que de la distance, et leurs photos sont bien assez étalées comme ça (même si elles en valent la peine)  !

A propos du maquillage, je pense que c’est surtout, et de loin, le maquillage autour des yeux qui est dangereux, c’est-à-dire qui peut modifier l’expression. On ne modifie pas la forme du sourire en colorant les lèvres.

Mais… Est-ce que je n’aurais pas là l’explication que je cherchais  ? La coloration des lèvres rend plus visible ce qu’elles expriment. Ainsi, ce n’est pas le maquillage lui-même qui serait vulgaire, mais ce qu’il rend plus apparent  !
(ce n’est pour le moment qu’une seconde hypothèse  ; l’une et l’autre ne s’excluent d’ailleurs pas totalement)

(ajouté le 4 janvier 2017) Les femmes ne seraient donc pas défaites uniquement par l’habit  ?

[3En physique, on parlerait de quantité de mouvement, produit de la masse par la vitesse.

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