Peuples sans limites

Le parc d’attraction

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dimanche 27 mars 2016

Selon Marine Le Pen, « une société multiculturelle est une société de conflits ». Elle a raison, pour une fois, mais une société de conflits est une société beaucoup plus saine et vivante qu’une société sans conflits. Beaucoup plus libre, aussi.

En faisant remarquer cela, croyant à tort qu’une société de conflits doit être crainte par tous, elle dit ce qu’elle est, ce qu’elle pense profondément, elle proclame haut et fort la nature liberticide de sa pensée.

Bien entendu, qui dit conflit ne dit pas nécessairement guerre, ni logique amie/ennemie. Le conflit, c’est la recherche de l’entente, de l’accord, d’une bonne solution quand plusieurs sont proposées. Ou mieux encore, ce peut être la recherche de la meilleure coordination constructive entre plusieurs solutions différentes, plusieurs mondes différents, plusieurs communautés différentes. Etc.

D’ailleurs, une telle société de conflits n’est pas une société, c’est un monde, un monde fait d’une multitude de mondes. C’est la vie même. C’est la démocratie véritable, si elle existe : une permanence de conflits. Parce que la liberté se conjugue au pluriel, parce que la liberté conjugue. Je ne peux être libre si mon voisin ne l’est pas, et je ne suis certainement pas libre si mon voisin est mon clone.

Je disais ailleurs qu’il importe en premier lieu d’éviter la formation de camps irréductibles, mais cela ne signifie aucunement absence de conflits, loin de là ! Cela nécessite au contraire une grande habitude des conflits, un quotidien de conflits, un quotidien de résolutions de conflits en coopérations. Nous n’avons pas besoin d’empêcheurs de conflits mais au contraire de facilitateurs de conflits [1].

La Le Pen parlait du Canada, pays qui vient d’accueillir quelques dizaines de milliers de réfugiés triés sur le volet. Le ministre local de l’« immigration, des réfugiés et de la citoyenneté », John McCallum, affirme que, « sur cette affaire, nous pouvons aider l’Union européenne, qui est au bord de l’apoplexie ». Oui, bon, peut-être que l’Union européenne est au bord de l’apoplexie mais (une fois n’est pas coutume), comparons quelques chiffres… Il y a un an, on comptabilisait déjà près de quatre millions de réfugiés syriens, et près de cinq aujourd’hui : environ 2 700 000 en Turquie, soit 35‰ habitants, 1 070 000 au Liban (258‰), 640 000 en Jordanie (80‰), 240 000 en Irak (7‰), 500 000 dans le reste du monde [2]. Sans compter huit millions et demi de déplacés à l’intérieur de la Syrie même, et les morts (depuis cinq années, il y a chaque jour des "attentats" en Syrie, même si ailleurs dans le monde personne ne proclame haut et fort « nous sommes tous syriens » [3]). Ces chiffres sont donnés par geotheque.org, mais les autres sources donnent des chiffres similaires et ne prennent pas, non plus, la peine de faire remarquer qu’il y a là mentionné la Syrie et tous ses pays frontaliers, sauf un. Et que Syrie, Liban et Jordanie accueillent depuis longtemps de très nombreux réfugiés palestiniens. Israël n’existe pas, Israël n’a jamais existé.
On sait par ailleurs que les pays les plus riches, les pays les plus puissants au monde, ne font pas partie des cinq pays mentionnés ici. Qu’ils construisent des armes qu’ils vendent lorsqu’ils ne s’en servent pas eux-mêmes. Qu’ils consomment beaucoup de gaz et de pétrole…

Je propose à Marine Le Pen une reconversion : qu’elle se fasse figurante pour parc à thèmes. Elle serait bien en Jeanne d’Arc allant récupérer son anneau perdu, au Puy du Fou. La seigneure de l’anneau. Je verrais bien ses électeurs d’hier payer pour l’admirer à cheval sur son blanc destrier, au printemps 2017. Avec Valls et Retailleau en palefreniers, et le groupe VINCI comme sponsor (figurant sur l’étendard [4]).

 

Source : http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/03/26/l-exception-canadienne_4890452_3232.html
 

P.-S.

Concernant Jeanne-Marine, j’oubliais que les héroïnes, saintes comprises, se doivent d’être jeunes et jolies. Alors on pourra préférer dans le rôle la dernière née de la dynastie.

Éventuellement, pour la scène du bûcher… Quoi, elle n’est pas prévue au Puy du Fou ?

 

(ajouté le 8 mai) Mais voilà que Ségolène Royal fait une crise de jalousie ! -> http://www.ouest-france.fr/politique/segolene-royal/royal-defend-la-commemoration-de-jeanne-darc-raptee-par-le-fn-4215177

« C’est une histoire de femme extrêmement courageuse, incroyable. Jeanne d’Arc, ce ne sont que des références positives : le courage, la volonté, la jeunesse, l’engagement, la vision, le sacrifice, il y a beaucoup de choses », nous dit-elle. Si la jeunesse est une référence positive, qu’est-donc la vieillesse ? Madame vieillirait-elle mal ?
Comme exemple de référence positive, « l’engagement » est également discutable. Les Le Pen sont aussi engagés que Royal, et Mussolini aussi défendait un idéal – en fait, il n’est pas bon de défendre un idéal dès lors qu’il se fait système, utopie, et c’est le cas de l’idéal national.

A propos de jeunesse… Emmanuel Macron est allé à la rencontre de Jeanne, à Orléans : http://www.ouest-france.fr/politique/emmanuel-macron/emmanuel-macron-il-ny-jamais-eu-de-malaise-avec-hollande-4215166

Parlant de la grande héroïne, il nous dit que « alors même que la France n’y croyait pas, se divisait contre elle-même, elle a eu l’intuition de son unité, de son rassemblement ». Puis il ajoute que « les Français ont besoin de Jeanne d’Arc car elle nous dit que le destin n’est pas écrit ». Il se trompe, c’est la France qui a besoin de cette héroïne, afin de travailler à son unité, et cette unité est nuisible aux habitants du territoire de l’État français, puisque l’unité , en réalité toujours artificielle, empêche les développements naturels des unions (nécessairement unions de différences, d’altérités).
Eh puis il n’y a pas que Jeanne d’Arc qui nous dit que le destin n’est pas écrit. Charles De Gaulle aussi nous le dit, Adolphe Hitler aussi nous le dit. Tout ceux qui, d’une façon ou d’une autre, sont parvenu à imposer leur point de vue, nous le disent.

Tous ces gens ont l’air vraiment profondément nationalistes ; moi, ça me sidère ! Et cela m’effraie, parce que la croyance nationaliste peut très facilement devenir aussi délirante que n’importe quelle croyance religieuse, que n’importe quelle croyance (l’énergie d’orgone…) mais avec la même faculté d’entraînement collectif que les croyances religieuses.
Tous ces croyants deviennent extrêmement dangereux lorsqu’ils sont mis en avant et qu’on les laisse prendre et manipuler les commandes.

Mais peut-être que Royal et Macron ne sont pas si croyants que cela, peut-être qu’ils cherchent simplement à retenir des voix en train de rejoindre l’extrême-droite. Mais, ce faisant, elle et il se font les hérauts de la dite extrême-droite, et propagent ses croyances. Ce n’est guère plus rassurant !

 

[1C’est aussi pour cela que nous avons besoin de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

[2Il y aurait un million – en tout cas plus de 800 000 – réfugiés en Allemagne, mais combien viennent de Syrie ? Les demandeurs d’asile viennent aussi d’Afghanistan, du Pakistan, d’Irak, de Russie (Tchétchénie en particulier), du Kosovo… En 2014 en Europe, un sur cinq venait de Syrie (source).

Ce n’est pas Allah qui domine aujourd’hui tous les territoires de l’Islam, c’est la panique. Il y a en Europe des gens qui semblent avoir peur de la panique des autres. Il est vrai qu’il faut craindre les bêtes blessées capables encore de charger ou de mordre… Nous avons le choix, aujourd’hui, entre aider ces communautés à se soigner, peut-être simplement en les laissant vivre, ou aggraver (continuer d’aggraver) leurs maux. Demandons-nous qui a tiré sur la bête.

Le "document exclusif" publié par Harper’s Magzine puis par Courrier International (hors-série de février) intitulé La fabrique de terroristes est très intéressant. On peut y lire ces propos tenus par Djamel Beghal à l’auteur de l’article : « Reconstruire ce pays [l’Afghanistan] en partant de zéro était une opportunité historique. C’était mon rêve le plus cher. Vous imaginez la chance d’avoir tout un pays vierge, qui ne demande qu’à être dessiné, façonné, embelli, instruit, construit, repeint aux couleurs d’un islam éclairé et d’une modernité intelligente ? Vous imaginez ? »
J’imagine, oui, ou plutôt je vois : la volonté utopique venue de l’Occident capitaliste cherche à se marier avec la religion. C’est un mariage contre-nature, l’union d’une raison désincarnée avec une foi désincarnée au mieux n’est pas féconde, au pire…

[3Faut dire qu’il n’est pas facile de distinguer, là-bas, un camp qui pourrait être considéré "ami" et un autre qui serait "ennemi" – c’est une entité nouvelle, n’émanant pas de Syrie mais du monde entier, qui a aimablement endossé le rôle de l’« ennemi ».

[4Tout compte fait non, pas sur l’étendard. Faut pas qu’elle le sache, ou en tout cas faut pas qu’elle le montre.

 
 
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