Peuples sans limites

Concrètement, immédiatement…

Accueil > Points de vue > Peuples sans limites > Concrètement, immédiatement…

dimanche 10 avril 2016

(billet modifié le 16 avril)

Au fait… Qui souhaite vraiment des présidentielles en 2017 ? Qui souhaite y participer – ne serait-ce qu’en votant – si elles ont lieu ? Qui souhaite tenir compte de leur résultat ? Et qui, même, souhaite encore tenir compte des anciennes, des résultats électoraux de 2012 ?

De tout ce que fait le gouvernement, nous ne parvenons pas à distinguer quelque chose qui serait à la fois souhaitable et ne pourrait pas être mieux fait sans gouvernement national. Des lois ? Il y a un énorme travail d’élimination de lois à faire, il vaut même mieux, sans doute, tout reprendre à zéro ; dans cette optique, un travail de mise en évidence des nécessités humaines qu’il nous faut respecter, et qui doivent donc servir de base à nos libres organisations, à nos "lois", a déjà été entrepris, en particulier par Simone Weil. Nous avons les bases intellectuelles, les concepts (trop peut-être), les connaissances, nous manque-t-il des bases concrètes, nous manque-t-il le désir ?

Qu’est-ce qui légitime les maîtres de nos territoires, sinon les élections et l’association imaginaire de celles-ci avec l’idée de liberté ? Qu’est-ce qui légitime les maîtres de nos vies [1], sinon la croyance en la puissance divine de l’économie politique ? Dès lors, quels solutions s’offrent à nous pour délégitimer ?

Nous voulons la disparition de la domination marchande. Nous voulons la disparition de la classe politique car la classe politique permet la domination marchande, rend possible et durable la domination marchande, parce que la classe politique constitue, avec son idéologie économiste dont elle n’est pas séparable, le moyen de cette domination, sa gouvernance.

Voulons-nous pour autant la disparition de l’Éducation Nationale ? Cela se pourrait, c’est à voir. Qui a besoin de diplômes nationaux, ces certificats de conformité, sinon les pouvoirs nationaux et les marchands ? Les outils nationaux sont des outils de centralisation, c’est-à-dire de pouvoir.

Et la police nationale ? Et l’armée ? A quoi servent-elles ? Qu’allons-nous faire des dépôts d’armes et de munitions ? Allons-nous leur faire subir le même sort qu’aux centrales nucléaires ? C’est-à-dire ? Il est grand temps de nous poser des questions concrètes, et les questions concrètes, c’est ça.

Si, après avoir dissous le pouvoir territorial présent en pouvoir pour soi et les autres, et l’empire intemporel des marchands en réalités communautaires vivantes ici et maintenant, si après que nous ayons refait notre monde, un pouvoir venu de l’extérieur tentait de reprendre le contrôle sur nos terres, nos cités et nos vies, il ne s’agira pas de le rejeter "chez lui" – il n’est nulle part "chez lui" –, mais au contraire d’en profiter pour dissoudre aussi ce nouveau pouvoir, le défaire, et pour cela les missiles ne sont pas d’une grande utilité. Les armes permettent de se battre contre d’autres armes, lorsque c’est le ver dans la tête du général qu’il faut combattre.

Il faut savoir se protéger, apprendre à se protéger. Nous ne savons pas encore comment démanteler tous ces outils du pouvoir qui nous ronge et nous menace, mais d’autres savent très bien quoi en faire. Hélas, nous ne pouvons pas faire disparaître d’un coup de baguette magique le monde des marchands [2]. Cela signifie-t-il qu’il faut, transitoirement, le gérer ? Il paraît beaucoup plus difficile de détruire le pouvoir que de le prendre, mais peut-être faut-il envisager les choses autrement et se dire que nous voulons, non détruire le pouvoir, mais le transformer en un pouvoir pour soi et les autres, un commun…

Il reste que la liberté – la vraie, l’ipséitaire, celle qui conjugue, pas « la liberté des peuples à l’autodétermination » et à la conservation de leur « identité culturelle », ni la liberté individuelle d’entreprendre sans tenir compte d’une communauté de vie autrement qu’en se fiant à des "lois du marché" – la liberté n’a pas l’usage des outils du pouvoir. A-t-elle l’usage des outils de la puissance ? Que ferons-nous des missiles atomiques et des sous-marins nucléaires ? Nous n’avons pas à défendre un territoire contre un autre territoire, un peuple contre un autre peuple, mais la liberté contre l’asservissement, le libre cours de nos ipséités contre les canaux artificiels (et les barrages) des identités. Dans les années 1930, il fallait combattre le nazisme à la racine, pas « les boches ». En écrasant « le troisième Reich », les États qui s’opposaient à lui n’ont pas vaincu le nazisme, ils ne l’ont pas vaincu parce qu’ils ne l’ont jamais combattu. Du nazisme, il en reste encore dans toutes les têtes ou presque [3]. On a fait comme si cette idéologie était toute entière contenue dans le racisme, et on a inventé l’antiracisme en oubliant que le racisme n’est rien d’autre que la croyance en une identité génétique des peuples et en l’essentialité de leur inégalité, de leur non-équivalence (jugement de valeur) [4]. On a pu alors remplacer ce thème de propagande, cette proposition d’une foi qui rassure l’individu (privé d’une appartenance à une communauté solidaire), par la croyance en une identité culturelle des peuples et en l’essentialité de leur inégalité, de leur non-équivalence. Nous avons jeté le mot "race", mais nous sommes pourtant à nouveau au bord du gouffre [5].

On accuse le monde "musulman" de ne pas être « progressiste », mais il ne l’est pas dans la mesure où il est tombé dans le même travers que l’Occident : la défense d’« identités culturelles ». Seuls les pouvoirs peuvent trouver intérêt à canaliser ainsi les ipséités des peuples et des personnes, car ces ipséités tendent à former des communautés libres. L’Occident est « progressiste » parce que le « progrès » (social comme technologique) constitue précisément le canal, le cours artificiel où l’on force nos ipséités, ce qui serait autrement nos devenirs libres. Et lorsque ce canal du progrès entre en contradiction avec les discours officiels identitaires, on fait comme si l’on avait rien vu parce que les marchands ont besoin de cette canalisation de nos pensées, de nos corps, de nos âmes, de notre monde, tout entiers voués au « progrès ».

Nous avons à redonner libre cours à nos ipséités, nous avons à relégitimer les vies communautaires et conviviales, nous avons à relégitimer la vie.

[1Les maîtres de nos territoires : les politiciens  ; les maîtres de nos vies : les marchands (voir Le pseudo-monde du travail aliéné).

[2Et c’est sans doute heureux, car les marchands n’ont pas fait que de mauvaises choses.

[3Mais sans doute pas plus de nazisme ou de fascisme chez les "intégristes musulmans", même assassins, que chez les autres.

[4Corrigé le 16 avril. J’avais écrit simplement «  en l’essentialité de leurs inégalités  ». Je pense ne pas être encore assez clair mais, non, Rome ne s’est pas défait en un jour  !

[5Je ne suis pas en train de dire qu’il importe peu que les différences entre bouledogues et chihuahuas soient génétiques ou culturelles. Ou plutôt si, en un sens, c’est bien ce que je dis : il importe peu que ce soit la génétique ou la culture que l’on instrumentalise à nos fins politiques, en nous en servant pour déguiser un jugement de valeur en jugement de fait (le fait – artificiel, inventé, construit et même, en un sens, imaginaire –, étant l’identité). En revanche, je ne veux pas dire que cette instrumentalisation serait une opération réalisée volontairement de façon "machiavélique". Non, nos élites sont constituées d’êtres humains ayant les mêmes besoins que les autres (sentiments d’appartenance…), des êtres ayant les mêmes tendances que les autres à s’accrocher, lorsqu’ils se sentent perdre pied, à la première branche venue sans en contrôler la solidité.

Réagir à l'article :
LE DEVENIR
SPIP | squelette | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0