Notes ouvertes

Du dialogue, de l’idéal et de l’action

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dimanche 1er mai 2016

Vincent Feroldi, prêtre et récemment nommé responsable du SNRM (Service National pour les Relations avec Les Musulmans, anciennement nommé SRI), dit du dialogue entre croyants musulmans et croyants chrétiens qu’il consiste pour chacun à partager "ce qui l’habite", ses questions, à témoigner de sa foi et à inviter l’autre à faire de même. J’imagine que c’est un peu vrai, à condition de ne pas vouloir que ce dialogue porte sur les religions elles-mêmes. Car on ne fait pas dialoguer raisonnablement deux non-raisons. Collectivement cela n’a aucun intérêt, et à peu près aucun sens, de vouloir dialoguer sur nos religions respectives. Il faut chercher à dialoguer sur tout, à propos de tout, sauf sur nos religions. Comme des êtres et des communautés qui, tout simplement, vivent ensemble sur la même planète. C’est uniquement lorsqu’elles sont vivantes que les religions sont capables de dialogue en tant que religions, lorsqu’elles ne sont pas encore figées comme la pierre qui seulement roule et s’use – mais les religions sont capables de renaître de leurs cendres, leurs cadavres sont encore longtemps capables d’engendrer.

* * *

Il existe, particulièrement en France, un idéal révolutionnaire de la rédemption par le dressage et la tenue de barricades, et aussi un idéal révolutionnaire de la rédemption par le coupage de tête. Bref, il existe un idéal révolutionnaire. Cet idéal n’est autre que la croyance en la possibilité de bâtir en quelques nuits une pure utopie sur la cendre, le sang et les larmes, et au caractère souhaitable d’une telle construction. On parle beaucoup de la nécessité de changer nos imaginaires, mais ce sont nos idéaux que nous ferions bien de transformer. Cela tombe bien, car c’est moins difficile que changer nos imaginaires à proprement parler (il faudrait commencer par en prendre conscience) !

* * *

En jetant un coup d’œil au dossier Islam et Occident : apports mutuels paru dans un récent numéro de la revue Les réseaux des parvis, je tombe sur ceci :

Il y a eu dans l’Islam trois types de voies.
La première fut celle de la tradition littéraliste […]
La deuxième voie fut celle des rationalistes […]
Vers l’année 1100, une troisième voie va être proposée par le philosophe et mystique El Ghazali, sur la base du principe « tu connais Dieu avec ton cœur », ce qui par la suite sera appelé l’intuition. Le soufisme va impliquer un dépassement des dogmes et de la raison. Al-Ghazali va établir une passerelle entre les tenants de l’intuition et ceux de la mémoire. A partir de là, le soufisme va commencer à devenir de plus en plus important dans l’enseignement et dans la société et, sous la forme confrérie, prendre son envol jusqu’à la fin du XIIe siècle. On verra alors l’État central traditionnel islamique s’effondrer, l’apparition d’une anarchie, et l’État va être remplacé par les confréries, les Zaouïas.
Jean-Pierre Schmitz, Soufisme, religion du cœur ; [1] (Souligné par moi)

Il n’y a vraisemblablement à peu près aucun points communs entre les sixième et septième siècles de l’hégire et le sixième siècle du capitalisme, mais si je peux trouver les moyens de voir ça de plus près…

[1Les réseaux des parvis, N°73, mars-avril 2016.
C’est dans ce même dossier que se trouve un entretien avec Vincent Feroldi.

 
 
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