Rupture

Pour un suicide des élites (et, plus généralement, de tous les travailleurs)

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lundi 30 mai 2016

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LES FORCES EN PRÉSENCE

Au sein de la civilisation capitaliste, l’école marxiste a imposé une analyse du monde à travers un filtre (un philtre ?) nommé lutte des classes, et une pratique toute entière soumise à une sorte de dialectique de la lutte des classes, version complètement dégénérée de dialectique hégélienne. Il est possible de régénérer ce concept abâtardi, afin de faire réapparaître la possibilité d’un dépassement au conflit social tristement et bêtement affublé d’une apparence d’éternité et de fatalité. Ce dépassement, c’est la dissolution des classes. Mais, pour y parvenir, il va falloir commencer par jeter le filtre.

Il existe des riches, des pauvres, et des « classes intermédiaires ». Les riches sont riches parce qu’ils abusent des pauvres, qu’ils s’en servent, qu’ils les exploitent. Mais c’était vrai, déjà, il y a trois mille ans, soit quelques temps avant l’avènement du capitalisme. C’est pourquoi l’on peut douter de la pertinence de ces concepts dans l’analyse du capitalisme – de la civilisation capitaliste –, et dans la recherche d’un chemin praticable pour en sortir autrement que tous misérables.

A ne considérer que des exploiteurs et des exploités (dans une déclinaison du couple ami-ennemi), on laisse de côté la civilisation qui les produit et qu’ils entretiennent, on n’en remet pas en cause les fondements et les pratiques, on ne cherche même pas à la comprendre, on l’ignore, on ignore le rôle qu’on y joue soi-même. Et, au mieux, on hausse les épaules si par hasard on tombe un jour sur ces lignes :

C’est une société de travailleurs que [par le développement de l’automatisation] on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté. Dans cette société qui est égalitaire, car c’est ainsi que le travail fait vivre ensemble les hommes, il ne reste plus de classe, plus d’aristocratie politique ou spirituelle, qui puisse provoquer une restauration des autres facultés de l’homme. Même les présidents, les rois, les premiers ministres voient dans leurs fonctions des emplois nécessaires à la vie de la société, et parmi les intellectuels il ne reste que quelques solitaires pour considérer ce qu’ils font comme des oeuvres et non comme des moyens de gagner leur vie. Ce que nous avons devant nous, c’est la perspective d’une société de travailleurs sans travail, c’est-à-dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire. [1]

Selon la pensée de gauche marxisée, la principale spécificité de la civilisation contemporaine est l’existence d’une classe de travailleurs et d’une classe de patrons en lutte l’une contre l’autre, et cette lutte serait une condition éternelle de la société, pour ainsi dire la raison de la société ; hors la « lutte des classes », point de salut.

Il y a du vrai et du faux, là-dedans. Le travail est le socle de la société, et même plus que le socle, puisque c’est l’ensemble des relations de travail qui forme la société. C’est en cela qu’elle est égalitaire : nous sommes tous des travailleurs, il n’existe aucune élite située au-dessus du travail. Même les grands patrons et autres grands dirigeants portent cons­tam­ment ces symboles et instruments d’esclavage que sont les montres et les smartphones, ils ne se distinguent du commun que par la marque et la puissance de leurs chaînes.

D’autre part, comme le dit Bernard Friot, c’est parce qu’il existe des employeurs qu’il n’y a pas de travail pour tout le monde et, d’une certaine façon, c’est parce qu’il existe des employeurs que l’accession à un travail – ou plutôt à un emploi [2] – est la condition sine qua non de l’obtention du droit à une vie normale dans cette société. S’il existe des « chômeurs », c’est parce que le travail producteur est organisé par les marchands, le capital, et non par la communauté ou la cité, non par l’ensemble des habitants. Le marchand [3] s’est fait employeur et employeur d’employeurs, hiérarchisant à ou­trance ce qui était une communauté humaine. Mais lui aussi effectue un travail – peut-être le travail le plus essentiel à la société –, lui aussi possède un métier, lui aussi est forgé par son métier. Ce n’est pas lui qui est devenu maître de toute chose en ce pseudo-monde, ce n’est pas lui qui est devenu maître absolu d’une société mondiale, c’est une réalité intangible que l’on peut nommer Capital, qui se développe pour elle-même en se nourrissant de travail (pas uniquement de travail humain), dans le mépris absolu de tout autre réalité.

Au fond, la pensée de gauche respecte le Capital, ou tout au moins la position qui est la sienne, car il est maître d’œuvre du développement. Elle ne s’en prend qu’à ses hauts serviteurs et à la hiérarchie intermédiaire, se laissant parfois aller à imaginer qu’il serait bon d’éliminer les patrons afin de libérer les travailleurs. Ce serait une excellente idée, en effet, s’il s’agissait par là de promouvoir une « démo­cratisation » de la sphère du travail, ce qui est bien autre chose que la poursuite d’une « lutte des classes » ou d’un « dialogue social » (ou que l’instauration de la primauté de l’accord d’entreprise) – c’est même le contraire. Si nous éliminons réellement les patrons (sans les remplacer par les cadres du parti ou par une nouvelle classe technocratique), les travailleurs sont mieux que « libérés » : ils sont éliminés eux-aussi en tant que travailleurs, ils disparaissent, et voilà une excellente chose !

Mais, dans la pensée de gauche, il s’agit d’une lutte entre personnes, entre représentants de deux classes, et donc l’on s’en prend, parfois physiquement, à des représentants de l’une ou l’autre des classes en question, mais jamais aux classes elles-mêmes. La gauche n’a jamais éliminé les patrons (ni les travailleurs). En revanche, elle a parfois, audacieusement, remplacé plus ou moins le Capital par le plan quinquennal ; elle l’a, en somme, étatisé, partiellement ou totalement. C’est dire à quel point la pensée de gauche marche d’un même pas avec le Capital, « lutte des classes » ou pas. Lorsqu’elle songe à soumettre la haute finance, ce n’est pas dans le but d’arrêter la marche aveugle du « progrès », c’est au contraire afin qu’elle puisse perdurer sous contrôle technique, comme le condamné que l’on soigne entre deux séries de coups de fouets [4].

Dans son ouvrage sur « les intellectuels » [5], Manuel Cervera-Marzal met en avant la nécessité, pour les dits « intellectuels », de « s’engager », il souligne qu’ils n’ont pas à rester enfermés dans une tour d’ivoire pour préserver une distanciation scientifique, parce que la méthode scientifique ne permet pas, à elle seule, de comprendre le monde, encore moins d’y intervenir avec pertinence et justesse, parce qu’il y a besoin d’un aller-retour entre théorie et pratique, entre pratique et théorie. Oui, mais il y a une distanciation fort utile qui, en ces temps de spécialisation à outrance, semble avoir été ignorée par à peu près tout le monde, c’est celle qui consiste à essayer de regarder la civilisation de l’extérieur, comme s’il s’agissait d’une civilisation depuis longtemps disparue, avec l’énorme avantage de pouvoir l’observer en temps réel, et même d’y faire des expériences. Cela suppose de l’envisager comme un tout, un tout au sein duquel il se trouve que nous vivons, dont nos propres vies sont autant d’expériences par lesquelles nous pouvons appréhender cette étrange civilisation. Et cela suppose d’essayer de se regarder soi-même de l’extérieur ; soi-même, la civilisation, soi-même dans la civilisation. Le travail intellectuel n’a pas à se séparer de la vie. D’ailleurs, cette distanciation-là, paradoxale, qui peut aussi relever de la démarche scientifique, le sociologue ou le politologue ne peut pas l’avoir en tant que sociologue ou que politologue (en tant que travailleur), puisque son métier n’existe pas hors de la civilisation capitaliste.

Regarder la civilisation de l’extérieur, c’est d’abord en tracer les contours et apprendre à reconnaître ses mythes, tout ce qui, en elle, a valeur de mythe. Et, spécialement, de mythe fondateur. Si les intellectuels sont armés pour cela, pour ce b-a ba de la critique du capitalisme en tant que civilisation, ils ne sont pas du tout positionnés pour l’effectuer.

Bien que les intellectuels ne soient généralement pas patrons, nous pouvons les considérer comme membres d’une élite privilégiée, située socialement au-dessus du « monde des travailleurs » (celui des travailleurs directement producteurs de biens de consom­mations, services compris). Cervera-Marzal défend l’idée d’une dissolution de cette élite par une opération de partage du travail intellectuel entre tout le monde. Mais, semble-t-il, il ne voit pas tout ce que cela pourrait nous apporter, car dans sa tête le travail intellectuel reste encore séparé de la vie. Il parle d’allers-retours entre l’action et la réflexion, non de vie commune. Il parle de travail.

Ce concept de suicide des intellectuels est si intéressant qu’il gagne à être généralisé. Il nous faut envisager le suicide des élites au lieu d’envisager celles-ci comme des ennemis potentiels ou actuels. J’inclus, bien entendu, les élites financières, les grands technocrates et tutti quanti. Et, bien sûr, la pauvre élite politique.

Le concept marxiste de lutte des classes a une telle prégnance sur la pensée de gauche – la seule ayant vraiment droit de cité car la seule absolument progressiste –, qu’en général le lecteur contemporain de l’ouvrage de La Boétie intitulé De la servitude volontaire, ne remarque pas que son auteur parle de la servitude des élites, uniquement des élites, et ne se soucie nullement du sort du charretier et de la femme de chambre. La Boétie songeait, non pas à la libération d’un prolétariat, mais à celle de l’élite de son temps : les nobles. Et particulièrement à celle des plus riches, des mieux établis d’entre les nobles.
Il avait raison, car de cette libération le reste pouvait suivre, tandis qu’en coupant les têtes des mêmes (et sachant que ce n’est jamais qu’une partie de l’élite qui coupe ou laisse couper les têtes d’une autre)…

Oui, les nobles ne faisaient pas que jouir de privilèges, ils avaient aussi à se plier devant plus nobles qu’eux et à satisfaire leurs exigences, voire à les devancer s’ils voulaient briller dans le monde. Mais, souvent, ils avaient l’impression de se plier aux usages plutôt qu’aux volontés d’un tyran, ce qui aidait beaucoup à faire passer la pilule.

Il en va de même aujourd’hui : nos élites se plient aux usages, bien que ceux-ci aient beaucoup changé de nature. Ce sont ces usages qui constituent, à eux seuls, la civilisation. Changer de civilisation consiste d’abord à éclairer l’élite aveugle, et c’est bien de cette manière que, jadis, est advenue le capitalisme – par le biais d’une lutte des classes bien différente de celle dont il est question plus haut, une « lutte » par laquelle se développa une nouvelle élite – des marchands capables de prêter à des rois, et bien évidemment capables aussi de dominer les artisans –, la pensée de cette élite – l’économisme et le progressisme –, l’outil intellectuel et pratique de cette élite – la science, la technologie –. Une élite aveugle s’éclaire par le développement en son sein d’une élite particulière ou par celui, extérieur, d’une contre-élite (lutte des classes proprement dite), par la propagation des idées de cette nouvelle frange de l’élite parmi l’ensemble de l’élite, par le développement de ces idées et la propagation des pratiques associées. C’est dans un tel mouvement qu’est apparue l’ouvrage de La Boétie (et aussi l’imprimerie).

S’il en est bien ainsi, il s’agit alors pour nous, aujourd’hui, de choisir entre contribuer au développement victorieux d’une élite à faire survenir ou bien déjà présente (les technocrates semblent de "bons" candidats car l’envie de se débarrasser de la classe politique les démange souvent, mais ce sont aussi les plus inquiétants "bons" candidats, à cause de leur tropisme totalitaire – c’est en réalité l’envie de se débarrasser du politique qui les démange) ; ou bien dissoudre tout de suite toutes les élites, mais une telle dissolution n’a encore jamais été faite, du moins à cette échelle.

Dans ce choix, si une pensée écologiste pourrait choisir la première solution, une pensée de gauche typique et pure, si elle existait et bien qu’elle serait alors, sans en avoir bien conscience, pensée de l’élite – de l’élite dominante –, ne pourrait que pencher pour la dissolution, car elle verrait avec raison l’ensemble des élites comme nécessairement du côté du patronat, lui même élément le plus actif de la société, sa base, tandis qu’elle s’imagine être la pensée de l’exploité. Mais, à cause de cette ambivalence de sa situation, la pensée de gauche ne peut pas se poser ce choix, n’est pas capable de se hisser jusque là. Aussi, il va falloir se débarrasser de la pensée de gauche ; ce sera à la fois un préalable et le début de la dissolution de l’élite.

Beaucoup trouveront choquant et absurde de qualifier ainsi la pensée de gauche de pensée de l’élite, donc des « chefs », donc aussi du patronat, et de la désigner comme "ennemi" à abattre. C’est pourtant bien elle qui défend le mieux le progrès, y compris le progrès technique, progrès si nécessaire, si indispensable à la croissance du portefeuille des « patrons ». C’est pourtant bien elle qui, pour le meilleur comme pour le pire, attaque sans cesse l’ancien ordre des choses, laissant des ruines admirablement propices au développement du capitalisme le plus effréné. En fait, il est juste de dire qu’ensemble la pensée de gauche et les activités capitalistes ont démoli le monde ancien. Tous les patrons ne le savent pas mais certains en ont très bien conscience, il y a deux forces progressistes : le capital, et la gauche. Pour le pire mais aussi, bien entendu, pour le meilleur. Toutes deux partagent cependant la même tendance à penser que tout ce qui est nouveau est bon, et c’est à cause de cette tendance qu’il nous faut parler péjorativement de progressisme : la recherche du progrès comme but en soi (la volonté de progrès), la foi dans Le Progrès (la croyance que le progrès ne peut être que bon). Du moment que cela peut rapporter quelque chose, calcule le capital ; du moment que cela nous éloigne un peu plus du vieux monde, rêve la gauche. La volonté la plus destructrice est de gauche, Mao et les Khmers rouges ne sont pas des anomalies.

La pensée de gauche et le capitalisme démolissent ensemble les vieilles réalités-certitudes. C’est là, du moins, le travail réalisé en Europe de l’Ouest – qui est l’Occident proprement dit – (ailleurs, les conditions sont différentes : le capitalisme étasunien prospère sur une terre nouvelle…).

La pensée de gauche se croit pensée des exploités parce qu’à la fin du XVIIIe siècle, la pensée bourgeoise, auréolée par « les lumières », a fait La Révolution « avec le peuple » (malgré quelques aléas par-ci, par-là). Mais en réalité l’ensemble des professions qui crée et fait vivre l’élite intellectuelle est un dispositif indispensable au capitalisme – à la civilisation capitaliste – ; la santé du capitalisme – de la civilisation capitaliste –, dépend de la santé de ce dispositif. Si aujourd’hui la pensée de gauche s’oppose (timidement) au libéralisme financier, tandis que le capitalisme continue sur sa lancée, c’est que, pour le moment, les patrons, les patrons et les gouvernements – même de gauche –, sont plus suicidaires que les intellectuels, au point de mettre la civilisation (et les civilisés concernés) en danger.

Il ne s’agit évidemment pas de défendre une pensée de droite, d’ailleurs il n’y en a pas. Il y a des émotions qui sont de droite, et une mémoire de ce qui fut qui est de droite. Bien qu’elles ne peuvent constituer à elles seules une pensée, et malgré les défaillances propres à ces réa­lités, ces émotions et cette mémoire sont à prendre en considérations. Sans pour autant nous mettre à encenser Jeanne d’Arc ; ceux qui le font sont des manipulateurs qui reconstruisent l’Histoire pour leur propre compte ou celui de leur parti (mais ce faisant, ils se font bâtisseurs de mythes, et les mythes orientent la civilisation).

C’est qu’à droite comme à gauche, on trouve un autre produit de l’intellect que la pensée proprement dite : le calcul. Il y a le calcul de gauche et le calcul de droite. Celui de droite est très attaché à l’addition et à la multiplication marchande, ainsi qu’à des méthodes anciennes d’accumulation de pouvoir, tandis que le calcul de gauche est plus cybernéticien : c’est le calcul du programmateur et du totalitarisme.
En ce domaine aussi, la simplicité reste à droite – bien que celle-ci se soit laissé aller à accepter l’usage d’algorithmes informatiques à la Bourse (pour leur vertu multiplicatrice).

Le fascisme et le nazisme, c’est beaucoup de calcul de gauche, avec les émotions et la mémoire de droite. La pensée ne s’y trouve que sous forme de traces.
Oui, le nazisme est moins un mouvement réactionnaire qu’un progressisme, un progressisme en mode automatique (où la pensée s’est figée). Le nazi souhaite une société (moderne) − basée sur le travail, constituée par le travail −, mais avec des élites qui seraient comparables à celles de l’ancien régime et une culture d’empire [6]. Il s’agit d’une absurdité totale.
L’eugénisme aussi est un progressisme, qui fut un moment porté par une pensée de gauche et justifié par le calcul de gauche, comme en général les dérives idéologiques de la raison scientifique [7].

Dans ce contexte (que beaucoup ne veulent pas voir), il ne faut pas s’étonner si le candidat Juppé utilise le même logiciel – bien nommé Nation Builder – que le candidat Mélenchon, pour essayer de, soi-disant, « rassembler la nation ». Incapables de regarder leur civilisation de l’extérieur, ils la défendent tous deux, ils sont tous deux défenseurs d’un ordre qui est aujourd’hui devenu l’ordre ancien.
Mais qu’ils utilisent un logiciel provenant des États-Unis est étrange à plus d’un titre ; sans doute vont-ils tous les deux perdre.

LA PAROLE EN ABSENCE

L’intellectuel est celui qui dit La Vérité, c’est-à-dire ce qu’il faut penser. Plus exactement, la « communauté intellectuelle », l’élite intellectuelle, constitue le dispositif qui proclame La Vérité, et donc les chemins à suivre ou à ne pas suivre. Le caractère antidémocratique de ce dispositif embarrasse certainement Manuel Cervera-Marzal, mais son livre porte plutôt sur l’engagement individuel de l’intellectuel dans la société.

Si l’intellectuel peut malgré tout avoir un impact sur son groupe d’appartenance, c’est principalement en altérant la vision que le groupe se donne de lui-même. Car l’intellectuel, bien qu’il ne crée jamais de toute pièce le système de représentation de son groupe, ne se contente pas non plus de refléter une entité déjà là. En somme, à travers la mise en forme et en cohérence de la représentation d’une société, l’intellectuel peut agir à la marge sur la vision que la société se donne d’elle-même. Là réside son rôle politique spécifique : sa « faculté de représenter, d’incarner, d’exprimer un message, une vision, une position, une philosophie ou une opinion devant – et pour – un public » [8]. Quand il mène à bien ce travail, quand il honore son sens de l’engagement et du risque, l’intellectuel produit du sens commun. […] Prenant appui sur son autorité professionnelle, l’intellectuel lutte pour imposer une certaine vision du monde. Il appartient à son temps. Cette capacité à produire des évidences partagées et à susciter la vigilance de ses concitoyens n’est pas sans importance, puisqu’une société agit en fonction de l’image qu’elle a d’elle-même. […] En altérant les représentations sociales, l’intellectuel contribue indirectement à réorienter le sens que prend sa société.
Pour un suicide des intellectuels, p.110-111

Mais ce qu’il décrit là, c’est le processus même par lequel l’ensemble de l’élite intellectuelle, prise comme un tout, « altère les représentations sociales » et « produit du sens commun » ! C’est l’engagement individuel des membres de l’élite qui fait pénétrer dans la société sa pensée, non ses livres professionnels à usage interne. Il faut ajouter, cependant, que la production de rapports, commandités ou non par des pouvoirs, est aussi un engagement. On s’engage toujours lorsqu’on produit quelque chose, même lorsqu’on n’est qu’un rouage dans le système de production, et le travailleur intellectuel n’est pas un rouage mineur (et « il appartient à son temps » d’abord parce qu’il est un rouage). Mais les éclairages nouveaux parfois apportés par les intellectuels n’induisent pas nécessairement une augmentation de vigilance de la part de ses concitoyens. Ils modifient éventuellement l’objet, la nature de la vigilance, avec pertinence ou non, mais peuvent aussi bien l’étouffer que l’activer.

Dire que l’intellectuel produit du sens commun est une autre façon de dire qu’il dit La Vérité. Ou plutôt cela signifie que l’intellectuel ne dit pas seulement la vérité aux pouvoirs mais aussi au commun des mortels. La Bible du capitalisme est un dispositif vivant basé sur les principes de la recherche scientifique, on ne consulte pas un prêtre qui citera tel passage du livre mais un expert chargé de donner l’état de la science actuelle (même si la tendance individuelle à en rester à de vieux livres ou à l’état de la science de ses années de formation et de jeunesse, reste très présente et active dans tous les milieux, toutes tendances politiques confondues).
Si l’intellectuel peut s’imaginer qu’il ne dit pas la vérité du pouvoir, c’est parce qu’avant de la dire, il la produit [9] .

Comme le souligne justement Cervera-Marzal un peu plus loin, cela ne veut pas dire que la vérité n’est qu’une simple production sociale et rien de plus, qu’il n’y aurait donc pas de vérité objective, cela signifie que cette dernière n’est pas connaissable absolument, que l’on ne fait, au mieux, que tendre vers (d’où, en matière de science et de connaissance, l’importance de la volonté de progrès associée à de la clairvoyance en ce qui concerne la direction prise – sur les chemins de la vérité objective, on peut très bien s’égarer).

Mais ce qui nous occupe tous actuellement est moins la recherche de la vérité que celle de la vie bonne et du bien vivre, de la vie libre dans la justice et la convivialité, de la vie heureuse dans des activités capables d’assurer à la fois la cohésion des communautés et leur subsistance matérielle. La connaissance n’est pas un but, elle est juste un moyen nécessaire mais insuffisant. Un autre moyen nécessaire est un partage que nous avons pris l’habitude de nommer – sous l’influence de la Grèce antique – démocratie.

La démocratie n’est pas un espace d’affrontement entre des conceptions concurrentes de la vérité mais entre des opinions. La démocratie n’est pas le lieu des épistémé mais celui des doxa. En définitive, la démocratie repose sur l’idée que nul ne détient ni ne détiendra une vérité politique. C’est précisément parce qu’il n’existe aucune parole de vérité que personne ne peut condamner au silence le reste de l’assemblée. La vie démocratique commence par reconnaître que toutes les opinions ont le droit de s’exprimer. Cela ne signifie pas que tous les avis se valent. Au contraire. C’est justement parce que toute parole est audible et peut être confrontée aux autres que la démocratie permet de hiérarchiser les avis et de se fier à celui qui paraît le plus raisonnable, le plus en adéquation avec les expériences pratiques, le mieux argumenté et/ou le plus soucieux du bien commun.
Pour un suicide des intellectuels, p.127-128

Oui, sans doute, « la démocratie n’est pas le lieu des épistémé mais celui des doxa » [10]. N’oublions pas, cependant, que l’intellectuel produit aussi du sens commun…

N’opposons pas la vérité scientifique au sens commun, aux opinions communes ou moins communes. Du reste, la méthode scientifique n’est pas le seul mode de connaissance qui soit, et elle-même requiert, pour donner de bons résultats, autre chose, l’apport de la vie même du chercheur, de sa chair et de son sang, de ses joies et de ses souffrances.

Un historien s’interdit par profession les hypothèses qui ne reposent sur rien. En apparence c’est très raisonnable ; mais en réalité il s’en faut de beaucoup. Car, comme il y a des trous dans les documents, l’équilibre de la pensée exige que des hypothèses sans fondement soient présentes à l’esprit, à condition que ce soit à ce titre et qu’autour de chaque point il y en ait plusieurs.

À plus forte raison faut-il dans les documents lire entre les lignes, se transporter tout entier, avec un oubli total de soi, dans les événements évoqués, attarder très longtemps l’attention sur les petites choses significatives et en discerner toute la signification.

Mais le respect du document et l’esprit professionnel de l’historien ne disposent pas la pensée à ce genre d’exercice. L’esprit dit historique ne perce pas le papier pour trouver de la chair et du sang ; il consiste en une subordination de la pensée au document.

Or par la nature des choses, les documents émanent des puissants, des vainqueurs. Ainsi l’histoire n’est pas autre chose qu’une compilation des dépositions faites par les assassins relativement à leurs victimes et à eux-mêmes.
Simone Weil, L’enracinement, prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain. Londres, 1943.

Le bon historien n’est pas seulement scientifique, ne peut et ne doit pas être seulement scientifique. Mais il n’y a pas que l’historien, parce que dans les autres spécialités aussi le recueil de données est, non seulement plein de trous, mais aussi plein de leurres. Parce qu’on ne peut pas toujours bien mesurer tout ce que l’on perçoit, encore moins ce que l’on ne perçoit ni ne conçoit et qui, pourtant, existe peut-être. Tandis que notre chair ressent des choses que nous n’avons pas encore pu formuler, ce qui peut amener des idées nouvelles si nous savons écouter notre chair. Les intellectuels ne savent pas ce qu’ils perdent en se privant de l’expérience des travaux dit « manuels ». La vie personnelle aussi peut nourrir la base de donnée, parfois beaucoup plus sûrement que des sondages. Elle donne aussi, quelquefois, l’occasion d’intéressantes analogies (et, comme disait Maurois (André), « il y a un vif plaisir d’intelligence à entrevoir, dans une analogie, l’amorce d’une loi » [11]).

La division des tâches de réflexion et d’exécution n’est pas seulement « un phénomène aussi injuste qu’aberrant » (M. C.-M., p.129), c’est aussi une illusion partielle ; car si les intellectuels n’exécutent guère, les manuels sont bien obligé de penser de temps en temps, l’instinct et les automatismes acquis ne suffisant pas toujours ; de sorte que les manuels sont des êtres un peu moins incomplets (mais les fruits de leurs pensées se transmettent mal, et c’est dommage).

De toute manière, les activités à dominante intellectuelle et celles à dominante manuelle requièrent des qualités analogues. Il existe une intelligence manuelle comme il existe une bêtise intellectuelle, et les "manuels" gagnent à pratiquer « avec intelligence » comme les "intellectuels" gagnent à avoir de la dextérité dans leurs gestes (car eux aussi se servent de leurs mains, et pas seulement les violonistes et les chirurgiens). De plus, les uns comme les autres gagnent à bien comprendre le fonctionnement des outils électromécaniques dont on les affuble.

Mais avec ces deux catégories, manuels et intellectuels, nous n’avons de toute façon pas fait le tour de la question. Nous n’avons encore rien dit des métiers à dominante relationnelle, pourtant très nombreux. Ceux-là aussi demandent adresse et intelligence et, comme les autres, des qualités d’observation. Cependant, plus que les autres, ils demandent une forme de sensibilité maîtrisée qu’on appelle intelligence émotionnelle – qui prendra des formes variées, selon que l’on est infirmier, commerçant, téléconseiller ou travailleur du sexe.

Revenons-en à cette forme d’élite qui n’est ni vraiment intellectuelle, ni très manuelle : les employeurs. Il ne sera pas question ici d’une élite patronale – élite parmi les patrons –, mais des patrons en tant que formant une élite relativement à leurs employés. Cette élite est de première importance. Elle est formée de très curieux personnages, capables de se rendre haïssables en "donnant". Ils ont appris à se comporter de telle façon que, lorsqu’ils « accordent » quelque chose à leur employé, ils le font d’une manière telle qu’on leur en veut un peu plus après, car ils humilient. Ils humilient sans chercher à humilier, seulement en essayant de s’imposer, à imposer leur autorité, alors que rien dans leur personne n’en impose vraiment.

Ce comportement si désagréable, si malfaisant, ils ont travaillé dur pour l’acquérir. Il n’a rien de naturel, c’est le fruit de leur préparation à une fonction et de cette fonction elle-même. Lorsqu’on a affaire à l’un d’eux, on ne rencontre pas une personne, on rencontre la fonction. Et cette fonction se montre immonde.

Comme l’élite intellectuelle produit la pensée du pseudo-monde dans lequel nous vivons, l’élite formée par l’ensemble des employeurs produit le corps de ce pseudo-monde. Elle organise la masse des producteurs-consommateurs en bataillons de production, elle organise aussi les lieux de la consommation, leur logistique, et même la consommation en général (il faut ici inclure l’État employeur, ses fonctionnaires dirigeants). Cette élite-là est moins la tête de la société que son ventre et son cul ; elle est l’arrière-train, la base dynamique de la société. Mais le pseudo-monde est l’analogue d’un monde à l’envers : il est cul par dessus tête, la tête intellectuelle est écrasée sous son corps. Contrairement à ce qu’affirme Manuel Cervera-Marzal dans sa conclusion, la faible qualité de pensée des intellectuels contemporains n’est dû, ni à leur supposée médiocrité personnelle, ni à leur faiblesse numérique, mais à des AVC en cascade. Ici, il faut encore une fois rappeler ce que disait Hannah Arendt à propos de cette « faible qualité de pensée » :

L’excellence que les Grecs eussent appelée aretè, les Romains virtus, a toujours été assignée au domaine public où l’on pouvait exceller, se distinguer des autres. Toute activité exécutée en public peut atteindre à une excellence que l’on ne saurait égaler dans le privé ; car l’excellence par définition exige toujours la présence d’autrui ; et cette présence doit être officielle : pour public l’homme veut ses pairs et non l’assistance familière et banale de ses égaux ou de ses inférieurs. Le règne du social lui-même – qui, cependant, a rendu anonyme la virtus, qui a exalté les progrès de l’humanité plutôt que les exploits des hommes et complètement changé le contenu du domaine public – n’a pu effacer tout à fait le lien qui existe entre l’excellence et l’acte public. Nous sommes devenus excellents dans les travaux que nous exécutons en public, mais notre aptitude à l’action et à la parole a beaucoup perdu de ses qualités depuis que l’avènement du social les a exilées dans la sphère de l’intime et du privé. On a généralement remarqué cette curieuse disparité ; on en accuse d’ordinaire un prétendu décalage entre nos capacités techniques et notre évolution humaniste en général, ou entre les sciences physiques qui modifient et dominent la nature, et les sciences sociales qui ne savent pas encore changer ni régir la société. Indépendamment des sophismes d’un tel raisonnement […] on notera que cette critique concerne seulement un changement possible de la psychologie des humains […] et non pas du monde dans lequel ils vivent. Et cette interprétation psychologique, pour laquelle l’absence ou la présence d’un domaine public ne compte pas plus que toute autre réalité tangible du monde, paraît bien douteuse étant donné qu’aucune activité ne peut prétendre à l’excellence si le monde ne lui procure un terrain convenable à son exercice.
Condition de l’homme moderne, Calmann-Lévy pocket p.88-89.

L’activité des intellectuels est d’abord un travail. En tant que travail elle excelle dans la fonction (publique) qui est la sienne : produire et faire progresser la vérité du pouvoir. Mais, dès qu’elle cherche à sortir de ce rôle, elle rencontre le vide, l’absence ; en guise d’agora, elle ne trouve comme lieu public de débat que les institutions médiatiques − qui la retransforment en travail, la réduisent à nouveau à un travail, le même à peu près, par différents moyens dont le filtrage −.

LA VIE EN DEVENIR

Heureusement, le bon démocrate n’est pas seulement une personne de parole et de raison, c’est aussi, comme tout le monde ou presque, une personne de sentiment, d’émotion et d’action. C’est pourquoi les lieux et les moments de la démocratie ne doivent pas être coupés des lieux et des moments de vie, de travail et de fête. La démocratie conviviale n’est pas qu’une histoire de mots, n’est pas qu’échange de paroles (vérités, erreurs ou mensonges) en vue d’une décision, c’est une manière de vivre [12].

La société est comme une machine. Il nous faut la démonter, rendre autonomes ses composants fonctionnels en les détachant des fonctions [13] qui leur ont été assignées. Il s’agit pour nous de stopper et détruire la machine en en faisant disparaître les fonctions, ne serait-ce que pour faire apparaître les personnes qu’elles cachent et qui, le plus souvent, valent mieux qu’elles, ne serait-ce que pour nous faire apparaître nous-même, vivants.

P.-S.

(le 31 mai) En me relisant, j’ai l’impression que je devrais réécrire le troisième paragraphe (au moins le troisième paragraphe, le reste n’est évidemment pas parfait non plus). Pas le temps aujourd’hui ni demain, hélas (c’est même à cause de cela que j’ai voulu clore un peu vite hier soir) !

(les 4 et 5 juin) Texte (enfin !) largement remanié et complété.

Merci aux auteurs de l’affiche "La lutte des classes décolle", sa rencontre avec ma toute fraîche lecture de l’ouvrage de Cervera-Marzal a fait tilt !

(7 juin) « Même les grands patrons et autres grands dirigeants portent cons­tam­ment ces symboles et instruments d’esclavage que sont les montres et les smartphones… », écrivais-je. J’ai reçu tout récemment (avec le dernier numéro de L’Histoire), une offre d’abonnement à la revue Sciences et Avenir. L’offre comprend deux "cadeaux" : une montre et un smartphone.
Il y a un troisième "cadeau" : un porte-clé multifonctions ; mais réservé à ceux qui répondent dans les dix jours.
(Et un quatrième si l’on "choisit" – si l’on accepte – le prélèvement automatique : un pointeur laser "3 en 1", laser, lampe, surligneur)
Le tout forme une intéressante image du "monde" dans lequel nous vivons, je trouve ! N’est-ce pas à ce niveau, ou aussi à ce niveau, que se situe l’asservissement volontaire ?

(13 juin) Correction d’une regrettable erreur ("économie" au lieu de "écologie", dans la note 4) ! PDF corrigés.

(30 août 2017) Sciences & Avenir a peu modifié son offre, depuis l’année dernière : une montre-boussole et un smartphone, plus un réveil radio-piloté pour qui réagit dans les dix jours, et un mètre ruban doté d’un niveau à bulle, d’un stylo et d’un bloc-notes pour qui accepte le prélèvement automatique. Bien sûr, le réveil donne la température ambiante, le jour de la semaine, la date et les secondes.
L’image du pseudo-monde est toujours là, évidemment.
(Des lecteurs de L’Histoire s’abonneraient à Sciences & Avenir ?!! Ce ne sont pourtant pas des revues de même niveau !)

 

[1Hannah Arendt dans le prologue de Condition de l’homme moderne (The human condition). Il est cependant douteux que le capitalisme puisse faire disparaître le travail humain, même s’il résolve ses problèmes de ressources en énergie et en matières premières et de traitement de ses déchets ; parce qu’il invente sans cesse de nouveaux travaux et qu’il sait même transformer ce qui n’était jusqu’alors pas du travail en travail ; parce que c’est le travail qui tient la société capitaliste.

[2Dans ce texte, la distinction entre emploi et travail n’est généralement pas faite, à cause du choix de l’expression usuelle travailleur pour désigner en fait l’employable.

[3Sur la manière dont il faut ici entendre le mot marchand, lire Le pseudo-monde du travail aliéné. Il s’agit d’une acception du mot étroitement liée à une vision du capitalisme en tant que civilisation. Le « facilitateur de dialogue » présenté dans Le Nouvel Économiste n°1819 (3-9 juin 2016), Loïc Dosseur, codirecteur général de Paris&Co, l’agence de développement économique et d’innovation de la ville de Paris, est une bonne figure du marchand début XXIe siècle, faisant le pont entre le versant travail et le versant finance du marchand (la finance est, associée au travail, la forme capitaliste d’accumulation de pouvoir).

[4Dans quelle mesure pouvons-nous dire exactement la même chose de l’écologie politique ?

[5Pour un suicide des intellectuels, Textuel, 2015.

[6En ce début de XXIe siècle, ce qu’il est convenu d’appeler les extrêmes droites européennes sont, plus ou moins sur chacun de ces points et sur des modes divers, en train de se détacher progressivement du nazisme (et du fascisme).

[7Il est récemment paru au Seuil un volume intitulé Destins de l’eugénisme qui raconte, documents à l’appui, l’histoire d’une « Fondation des jardins Ungemach » et de sa cité idéale.
(source : L’Histoire n°423, mai 2016)

[8Saïd, Edward, Des intellectuels et du pouvoir, Alger, Marinoor, 2001, p.23 – note de Cervera-Marzal.

[9Il va de soi qu’une bible vivante s’utilise comme n’importe quelle bible : chacun, parmi le commun comme parmi ceux qui, collectivement, constituent des pouvoirs, y prend ce qu’il peut, et surtout ce qu’il veut.

[10« Le terme doxa en grec ancien présente deux sens : celui d’apparence − ce qui m’apparaît objectivement –, et celui d’opinion − ce qui subjectivement me semble être le cas. Dans les dialogues, Platon oppose la doxa, l’opinion, dont les sources sont diverses – culture populaire et enseignement sophistique notamment – au logos, la raison ; cette première opposition contient en germe une opposition philosophique, déterminante chez Platon, entre la doxa et la science, episteme, […] » (début de la présentation du livre de Yvon Lafrance intitulé La théorie platonicienne de la doxa, aux éditions Les belles lettres)

[11En guise d’illustration, voir le billet intitulé En toute trans­parence.

[12Lire à ce sujet le billet intitulé Pour un maraîchage heureux.

[13L’attitude professionnelle – l’ensemble des simagrées relationnelles protocolaires qui, jadis, était l’apanage et la souffrance seulement de la haute société –, cette attitude constitue non pas un "savoir être", mais un"savoir ne pas être", l’être (vivant) s’effaçant derrière la fonction (mécanique). Elle s’est beaucoup répandue dans une notable partie des classes moyennes, en particulier chez les gestionnaires managers – mais ces derniers ne constituent-ils pas la véritable élite dirigeante ?
Je parle de souffrance… Si certains, peut-être, se régalent d’être toujours dans un rôle, dans le faux et la comédie, sans doute parce qu’ils s’imaginent que cela les valorise, en tout cas parce que cela les dissimule et qu’ils se plaisent à manipuler, alors la souffrance est d’abord autour d’eux, avant de leur revenir.

 
 
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