Une âme parmi les autres

Déshabillage (incomplet) d’une âme à la sexualité égarée

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dimanche 26 février 2017

Il y a maintenant deux mois et demi que j’ai tenté l’élaboration d’une suite à ma première réflexion sur mon accident, je ne suis pas allé loin. Ce jour-là, j’avais bien sûr une idée en tête en prenant la plume en mettant en route la super machine à écrire et à "communiquer", mais elle m’a échappée en cours de route. Un effet d’un accident encore trop récent.

Une demi-heure plus tôt, je songeais au projet de "surhumanité" transhumanité et à ma sous-humanité soudaine. Parce que, oui, se retrouver brutalement avec des capacités mentales diminuées, semblant souvent très inférieures à la moyenne, c’est se retrouver un petit peu sous-humain. Il se peut que cet état soit transitoire, il est probablement au moins en grande partie transitoire, mais il m’a fait voir, un moment, les bricoleurs de transhumanité d’un œil moins malveillant.

Ce genre d’oubli d’une idée m’arrivait quelques fois également avant mon traumatisme crânien, mais parce qu’alors ma vie, plus dense et plus rapide, m’amenait à penser à plusieurs choses à la fois – à ce que je fais, à ce que je vais faire, à ce que je pourrai faire, à ce que d’autres font…

Il y a deux mois et demi, je ne songeais pas à mon addiction sexuelle, elle s’était évanouie pendant mon hospitalisation et la courte période sans ordinateur qui suivie, et elle me semblait encore très fragile. Deux semaines plus tôt, dans Une cassure inopinée…, j’y faisais tout de même allusion. Et encore, même pas : en disant que j’avais depuis fort longtemps commencé à me perdre, je songeais essentiellement à mon déséquilibre émotionnel et relationnel, au malaise que je ressens généralement face aux autres, non à mon addiction actuelle qui n’en est qu’une lointaine conséquence. Mon addiction sexuelle fut bien sûr endormie par l’accident et par mon séjour en hôpital, et je n’ai eu, ensuite, aucune envie de la réveiller. Malheureusement, ma vigilance et ma conscience de mon état antérieur étaient également endormies, et j’ai commis des imprudences parce que je n’avais plus à l’esprit l’accoutumance sexuelle de ma personne vis-à-vis de mon environnement informatique et de l’affichage public. J’avais perdu mes méfiances, oublié les dangers, de sorte que je suis retombé radicalement dans le piège porno.

J’ai réveillé le diable, c’est-à-dire provoqué une secousse primaire, en ouvrant des fichiers que j’aurais dû effacer depuis longtemps J’en avais beaucoup effacé (souvent, pas pour la première fois). Pour satisfaire une curiosité, vraisemblablement qualifiable de "malsaine". Le premier fichier ouvert a éveillé l’envie d’en ouvrir d’autres, un désir sexuel perverti.

Ce ne serait pas trop grave si les choses en restaient là, car je suis capable de résister pas mal de temps à l’envie de la secousse primaire – un temps qui varie, toutefois, avec les circonstances. Malheureusement, aux secousses primaires succèdent des répliques, répliques évidemment totalement inattendues et non cherchées. Le corps sexuel de l’addict, sous accoutumance, est à l’âme humaine ce qu’est le sous-sol tellurique au paysage. Et il semble que l’affaiblissement de mon cerveau dû à l’accident crânien a aussi affaibli ce qui, dans ma tête, est capable de s’opposer à l’apparition des répliques. Aujourd’hui [1] eut lieu la énième des répliques succédant à une secousse primaire (volontaire, celle-là) datant d’un certain nombre de semaines. Ce matin sur la route, en réalisant que je ne prenais pas le chemin qui me permet d’éviter l’affiche responsable de deux des dernières répliques, j’ai fait demi-tour ; mais, ce faisant, j’ai songé un bref instant à l’affiche, cela a suffi.

(j’ai à mener un grand jihad : la lutte intérieure de mon âme contre les blessures de mon corps – car les répliques viennent de mon corps, non de mon âme, tandis que mes façons de les éteindre et de les empêcher viennent de mon âme)

Quand je parle d’une affiche responsable, il faut comprendre qu’elle n’est pas seule responsable : mon regard est aussi responsable, mais la présence de l’affiche et de ses pareilles modifie mon regard. La pornographie ne se contente pas de capter mon regard, elle le modifie en me faisant voir du sexe partout.

Je parle bien ici de sexe, non de nudité. L’affiche dont je parle est une publicité représentant une femme complètement habillée (mais sans voile, je dois bien l’admettre ! (rire)). Nos maîtres en communication de tout poil savent bien suggérer le sexe sans nudité.

Bon, sans doute aussi que je suis le jouet de ressemblances entre certaines mises en scènes publicitaires et d’autres pornographiques. Mais, pour cela, il faut qu’existent ces ressemblances.

Que les femmes réelles, en chair et en os, se rassurent : n’étant pas des images, elles ne provoquent pas de répliques en moi. Même pas lorsqu’elles suivent la mode qui, elle, parfois… Enfin, je dois dire qu’à la date d’aujourd’hui il y a quand même eu dans ma vie trois exceptions à cela, à chaque fois en voyant une parfaite inconnue dans la foule, dans des circonstances qui rendaient le réel analogue, pour moi, à un spectacle aussi lointain que s’il avait été sur papier glacé (mais sans pour autant me faire chercher "le sexe", encore moins une réplique de mes secousses – qui, pourtant, arriva ces trois fois-là) [2].

A propos de spectacle et de nudité… En parlant de mon Irène dans Qui cherches-tu ?, je n’y songeais pas. J’énumérais alors "ce qui m’a fait et défait" : la virginité et le sexe, le chant, la paix, les livres et le mépris des pouvoirs. Dans son martyr, Irène apparaît nue un moment, mais cette nudité n’est pas associée au sexe, elle y est au contraire opposée. La nudité n’est pas du côté du sexe, elle est symbole de pureté. La pornographie que nous connaissons, qui fait l’amalgame entre le sexe et la nudité, ne respecte ni la sexualité, ni la nudité : elle crache dessus, sur les deux – les deux réduits en marchandises. Solange parlait joliment de la nudité il n’y a pas bien longtemps :

 

Ina Mihalache (Solange) de passage au Québec en 2016

 

(Tiens, c’est drôle ! En voyant cette vidéo je me dis qu’à mes yeux malades (au moins), le format télévisuel d’émission avec public est proche cousin des formats vidéos pornographiques. Dans les deux cas il s’agit de montrer pour cacher ; le public de l’émission sert à quoi, on nous le montre pour quoi ? Ce public est un décor qui sert à cacher un vide, une absence ; il dissimule la séparation entre la scène que constitue le studio d’enregistrement et les téléspectateurs, comme la mise en scène pornographique cherche à nous faire oublier qu’il s’agit d’images de scènes de vie artificielles éloignées dans l’espace et le temps, sans rapport vrai avec le lointain spectateur.)

En parlant de mon syndrome Irène (dans Qui cherches-tu ?), j’indique aussi l’importance des visages (nus), mais j’ai le tort de ne pas parler des tenues. La tenue vestimentaire a également son importance, et il n’y a qu’à observer mes choix de vidéos musicales pour le comprendre (sans que je le veuille, je ne suis pas guidé que par la musique et les voix – et pas, non plus, que par le grand Alphabet-YouTube (seul maître après dieu avant les dieux sur la terre numérique). C’est très remarquable en particulier dans Interrogations sur mon traitement…, mais on peut s’en apercevoir ailleurs (par exemple avec Que cherches-tu ?, ou Dans l’orient de l’Occident,…, avec Poursuivons… (3), ou même encore, dans une certaine mesure, à travers Au nord du Rio Grande – là, les tenues ne rappellent ni l’antiquité ni le Moyen-Âge et ne sont pas tout à fait à mon goût, mais ne me paraissent pas pour autant de mauvais goût.).
Bon, je ne suis pas seul à faire ce choix : bon nombre d’artistes font le même. Faut-il y voir une ressemblance culturelle entre elles et moi, ou autre chose ?

Je cherche Irène n’importe où. Même lorsque je sors le samedi soir pour aller danser. Sans même y penser, je la cherche. Ou je la trouve sans même avoir à chercher. Ma récente découverte de la confusion qui s’est opérée en moi à mon insu entre mon désir amoureux (je m’entête à y voir un désir d’amour) et un autre désir que je ne soupçonnais même pas : celui de la présence d’une petite sœur fantôme, cette découverte m’épouvante. Parce que ma découverte de la confusion ne semble pas faire disparaître mon erreur comportementale.

Je cherche Irène n’importe où. Et j’en trouve n’importe où. Même à la laverie, tout à l’heure, il y en avait une. Décidément de nos jours, les saintes Irène courent les rues plus que les bûchers ! (rire)
C’était tout à l’heure, mais je ne sais cependant pas exactement comment elle était habillée. Normal, c’est évidemment son visage qui m’a frappé, d’emblée !
Bon, elle était évidemment habillée "normal", une tenue normale de tous les jours, mais sans faute de goût (et le sexy est très souvent une faute de goût). Une tenue normale qui laisse toute la place à l’expression du charme naturel.
Le "sexy"… Pas facile à définir, le "sexy". J’avais, un jour de printemps déjà lointain, été littéralement émerveillé par une jeune cycliste portant une tenue légère d’été presque trop courte pour une cycliste qui, forcément, pédale. Mais dans un tissu léger qui, loin de mouler, au contraire semble flotter et virevolter autour de la personne (à cause aussi du déplacement). Un charme absolu mais peut-être, en un (bon) sens, également un tantinet "sexy".
Je n’ai vu cela qu’une seule fois dans ma vie, je n’ai vu ce vêtement – que je suis incapable de décrire bien, encore moins de nommer – que cette fois-là. L’industrie de la mode s’ingénie à tuer le charme des jeunes femmes, et des moins jeunes également.
Bon, mais peut-être est-ce là aussi d’abord le visage qui m’avait frappé : elle semblait représenter bien mieux que l’innocence, bien plus fort, elle incarnait la joie. La joie qui se déplaçait à vélo, une vision plus belle que celle de tous les paysages du monde !

Évidemment, il faut bien remarquer qu’il s’agissait d’une joie féminine. A mes yeux, tout au moins, il y avait là quelque chose de féminin qui passait avec la joie, bien sûr ! Et quelque chose de la jeunesse des saintes martyres. Généralement, mes Irènes sont bien jeunes, quand même, mais quelle importance puisqu’en réalité ce n’est pas du "sexe" dont j’ai besoin ? Elles sont jeunes et très sympas, cela se voit sur leurs visages. En revanche, elles n’ont pas toujours une conversation intéressante (ou bien c’est qu’elles ne m’en jugent pas toujours digne (rire)), mais c’est généralement moi qui suis le moins doué à l’oral (il ne suffit pas d’avoir d’intéressantes choses à dire, il faut être à l’aise pour parler – à l’aise avec les autres et à l’aise avec la parole).

Elles sont jeunes et quelle importance puisque je n’ai pas besoin de sexe, disais-je… Oui, bon… N’empêche qu’il est légitime de se demander pourquoi, alors, elles ont très généralement l’âge de la reproduction… Et lorsqu’on sait à quel point nos personnalités et nos comportements sont loin de ne dépendre que de notre esprit conscient, qu’ils sont également à la merci, non seulement de notre inconscient et de celui de la société, et de la conscience de la société, mais aussi à la merci de nos viscères et de notre biotope – paraît même qu’un protozoaire parasite comme Toxoplasma gondii est capable de modifier la personnalité humaine et ne s’en prive pas forcément.

J’ai pourtant eu, il y a vingt ans et quelques, une expérience sexuelle positive, concrète et positive. J’ai, bien sûr, envie de dire « une expérience amoureuse positive » mais, justement, c’est à ce niveau que les choses ont foiré : nos relations n’ont pas correspondu à l’image que j’ai de « l’amour », c’est-à-dire à mon attente. Et très vite quelque chose m’a totalement et définitivement refroidi pour cette relation-là. La partie purement sexuelle de cette relation ne pouvait m’enthousiasmer au point de contrebalancer les (petits ?) défauts d’union dans les (autres ?) dimensions affectives : le sexe n’a jamais été honoré de beaucoup de vertu dans mon esprit. Un héritage essentiellement en provenance de ma lignée maternelle – eh oui, ma pauvre mère ne m’a pas légué que l’image sanctifiée de sa défunte petite fille (mais, au moins, je partageais le reste de l’héritage avec mes frères et sœurs).

L’auteure de mes jours aurait aimé que je devienne curé, mais les curés aussi doivent avoir un relationnel sain. C’est moins la sexualité qui pose problème que le relationnel. Elle disait, ma mère, que j’avais « tout pour être heureux ». Elle ne voyait pas qu’elle même m’avait apporté ce qui m’empêchait de jouir, pour mon bonheur, de ce « tout » : Irène, une sexualité honteuse, et au moins une partie de mon malaise en présence des autres, en présence de l’autre – que je ressentais en particulier dans les grandes réunions de famille (même pas besoin d’aller plus loin, et inutile de se demander pourquoi je n’aime pas beaucoup les festins !).

Mon syndrome Irène s’apparente sans doute un peu, sinon beaucoup, à ce que des psys ont parfois nommé « syndrome de la vierge », mais ma pathologie iréniste [3] me paraît plus riche que leur syndrome : elle enveloppe la totalité de ma vie !

Mon idéal féminin – Irène – ne se contente pas de s’opposer au sexe, il perturbe l’ensemble de ma sexualité, qui le gêne. Mon "Irène" n’est pas seulement anti-guerre, elle est anti-sexualité et, en cela, elle n’est pas semblable à la sainte Irène de Thessalonique. Les pornographes et leurs acteurs ont généralement une sexualité et un relationnel plus sains que les miens, mais pourtant leurs œuvres ne m’ont pas aidé : elles m’ont fait combattre Irène tandis que je ne cessais de la chercher (ou de l’attendre). Il ne faut évidemment pas s’étonner de cela : s’il leur arrive de prétendre produire leurs marchandises pour satisfaire des besoins réels, autrement dit pour guérir quelque chose, un manque ou bien une blessure, c’est totalement dans le plus pur esprit marchand capitaliste. Les capitalistes aussi ont besoin d’avoir une raison, une justification, une morale pour se soutenir, se donner de l’énergie, et s’épanouir.

P.-S.

J’espère que les Irènes véritables, en chair et en os et actuellement vivantes, ne m’en voudront pas trop d’avoir, ici, parlé d’un "syndrome Irène". J’en ai pris le risque en me disant que, de toute façon, elles sont peu nombreuses. Oui, mais aujourd’hui je me dis que ce qui compte, c’est qu’elles existent et qu’en plus elles n’ont pas toutes 75 ans et plus. Mais comment pourrais-je nommer mon syndrome autrement [4] ?
Au moins, je ne vais pas chercher à en faire un best-seller ! (rire)

[1Jour où je commence cet article, quelques jours avant son achèvement.

[2A ces trois fois-là, il faut ajouter un ou deux effets rétroviseur (j’ai déjà dit, ailleurs, qu’il est dangereux pour moi de regarder les femmes dans mon rétroviseur, parce que leur reflet dans le rétro est une image semblable à celles des écrans électroniques).

[3Il est probable que la partie la plus politisée des quelques lecteurs me connaissant au moins un petit peu, aura été fort amusée par cette histoire d’Irène. Il le seront plus encore en apprenant que jamais, avant ma "révélation", je n’ai fait le rapprochement entre le mot "iréniste" et les prénoms Irène et Iréné. Parce que ce mot ne m’intéressait pas, je n’y prêtais pas la moindre attention. C’était, pour moi, un mot qui ne pouvait servir à rien. En tout cas, à moi il ne pouvait servir et ne peut toujours pas servir. Et ce n’est que ces semaines-ci que j’ai compris pourquoi : parce que je suis ce que d’autres nomment "iréniste" et que je le resterai toujours ; alors que ce mot est employé par ces gens-là quasiment comme une injure.

(ajouté le 11 mars) « Parce que ce mot ne m’intéressait pas, je n’y prêtais pas la moindre attention »… Ou bien, au contraire, ce mot ne m’intéressait pas parce que je n’y prêtais pas la moindre attention, et je n’y prêtais pas la moindre attention afin d’éviter de rappeler à ma mémoire quelque chose dont je ne veux pas me rappeler. Hypothèse qui suppose l’existence active d’une "volonté" inconsciente, ou d’une volonté de l’inconscience.

[4(ajouté le 6 mai) Je peux et je dois le nommer autrement : c’est le syndrome de la sainte. Il s’agit précisément, dans mon cas, à la fois d’une Sainte Irène et d’une Vierge Marie, en résumé c’est le syndrome de la sainte.
Mon rapport avec les femmes est entièrement religieux. Avec, côté affectif, amical et sentimental, mon adoration de la sainte, et côté sensuel et sexuel ma peur du démon. En somme, je ne suis athée qu’intellectuellement – quoiqu’on puisse probablement ne pas croire aux dieux mais cependant croire aux saints, aux anges et aux démons, ne serait-ce qu’inconsciemment.
(Donc, des "saintes", j’en ai adoré quelques-unes pendant mon "week-end", dont une qui pouvait avoir 70 balais ; cela m’a fait plaisir : les rides n’altèrent pas l’essence des visages, elles conservent la sainteté)
(J’ai aussi vu un jeune christ, cela se fait encore, un peu moins que dans les années 70, me semble-t-il ; mais je m’en moque, je n’adore pas les christs)

 
 
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