Ames perdues

Quand sa propre identité se défile…

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samedi 6 mai 2017

Le pseudo-monde que nous subissons (et entretenons) est vraiment peuplé d’inconscients ! Voilà qu’un médecin me prescrit de l’Olanzapine parce que, suite à un traumatisme crânien datant de l’été dernier, la vitalité de mon corps et mon comportement ont changé ! Oui, depuis au moins deux mois je suis un peu plus irritable, ou plutôt plus impulsif [1], nettement plus. Mais cela a commencé par une accélération de mon rythme cardiaque, plusieurs mois auparavant (peut-être même dès l’accident, je ne sais pas). Et maintenant ma tension est également supérieure à ce qu’elle a toujours été, elle s’écarte de la "normale". Je suis tellement habitué à ne pas me soucier de cela que je n’ai pas retenu les chiffres, ni les miens ni les "normaux", mais apparemment le médecin ne les a pas trouvé bien inquiétant. Il a semblé un peu plus préoccupé, ou inspiré, par les scènes que je lui racontais et dont l’accumulation soudaine motivait ma visite [2]. Mais de là à ce que je me drogue avec un "antipsychotique"… il rêve !!!

Faut dire qu’il n’a guère eu l’occasion de me connaître, le toubib : depuis mon adolescence, je n’ai pratiquement jamais été malade, à part quelques rhumes pour lesquels je ne dérange généralement pas les professionnels. Donc il ne sait pas que les trois dernières décennies de la vie de ma mère ont été profondément transformées par la médecine psychiatrique – en l’occurrence, la médecine des états dépressifs –, et que cette transformation ne m’a jamais semblé positive, loin de là !

Alors mon médecin s’imagine que ce soir je vais prendre un comprimé d’Olanzapine ! Plutôt crever ! Les psys s’en étant pris à ma mère quelques années avant ma conception [3], il m’arrive parfois de me demander dans quelle soupe j’ai passé mes neuf premiers mois ; je ne veux pas finir mes jours comme je les ai peut-être commencé.

Il ne sait pas, non plus, le professionnel, comme je me reproche de n’avoir pas été capable d’empêcher que mon frère subisse le même sort. J’ai laissé des empoisonneurs l’empoisonner ! Je vivais loin de lui, et même un peu loin de tous à cause de mon propre état psy pathologique – dans une de leurs nomenclatures, c’est peut-être quelque chose entre l’anxiété sociale et la phobie sociale, ou apparenté –, et il est bien difficile de veiller sur quelqu’un qui est loin, avec qui on ne s’entend que modérément, et dont les proches au quotidien s’en remettent avec confiance à la médecine.

J’ai donc laissé faire. Mon frère, plus jeune que moi, a maintenant l’air plus vieux. Cela lui donne une sorte de retraite anticipée dont il rêvait, je crois, mais il ne peut guère en profiter, dans ses tremblements – une maladie de Parkinson que les médecins eux-mêmes disent avoir pour origine ses traitements médicamenteux.

Il est vrai, cependant, que le sort de mon frère est également dû à son comportement souvent suicidaire, d’où problèmes d’alcool et accumulation d’accidents corporels. Sur ce plan également, je n’ai rien fait – mais là je ne me le reproche pas, parce que cela s’est surtout produit alors que j’étais moi-même adolescent ou très jeune adulte, ne sachant pas moi-même bien vivre, manquant d’assurance et mal à l’aise dans la vie, surtout devant autrui.

(Beaucoup plus tard, j’ai assisté au tout début de l’installation d’un alcoolisme chez un jeune type très sympathique ; j’ai compris vers où il se dirigeait et n’ai pas su, là non plus, intervenir radicalement – dans certains cas, seules des interventions radicales peuvent avoir des chances de succès – ; j’ai su, des années plus tard, par quelqu’un n’ayant pas su ou pas pu, ou pas voulu, intervenir, que quelques temps après une cure de désintoxication sans effet appréciable, le jeune gars père de famille s’est tiré une balle dans la tête)

Bon, revenons à cet Olanzapine. Le bougre m’en a prescrit que le plus faible dosage, mais même, je ne le prendrai pas ! Eh puis, après tout, mon nouvel état a du bon. Grâce à lui, je me manifeste un peu plus, je parle même un peu plus. Pas forcément quand et comme il faudrait, il va falloir que j’apprenne cela…

C’est une expérience un peu difficile mais bigrement intéressante : je suis un autre, je suis devenu un autre ! Heureusement que je ne me souciais pas de mon "identité", voilà qu’elle s’est défilée ! (rires)

J’ignore si cela va durer, s’installer… J’ai peut-être intérêt à me trouver moi-même ma propre médecine. D’autres changements dans ma façon de vivre seraient probablement bienvenus, mais je ne sais comment faire pour l’instant. Peut-être devrais-je me mettre au yoga. Le yoga ne m’a jamais semblé fait pour moi, mais puisque j’ai changé…

[1Juste après un nouvel incident, m’était venu à l’esprit un terme rendant mieux compte de ma réalité actuelle que le mot "impulsif", me semble-t-il, mais ce soir je n’arrive pas à le retrouver.

[2L’une de ces scènes, la première, et ses premières conséquences, furent à l’origine d’un petit compte-rendu, puis d’une première inquiétude et du sursaut associé.

[3(25 mai) Non, pas quelques années, seize mois (voir ici)  !

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