Rupture

Sur les dangers d’un accouchement (note de lecture)

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dimanche 7 mai 2017

Sur le plan conceptuel, comité invisible destitue la démocratie mais pas la révolution. Au contraire (?), je destitue la révolution mais pas encore la démocratie. Pourtant, il soutient que le geste propre d’une "puissance destituante" est « la sortie, tout autant que le geste constituant est la prise d’assaut ». Dans mon imaginaire, la prise d’assaut peut être aussi bien révolutionnaire que contre-révolutionnaire, la révolution n’est pas destituante.

Des êtres se retrouvent sur un même chemin, cheminant dans la même direction, mais ne voient pas de la même façon le paysage qui les environne, ni le terrain qui les porte ou les enlise. C’est normal et c’est bien, c’est la différence qui permet l’aventure consolidante. Mais la consolidation prend un temps qui est un temps de fragilité. Il en résulte parfois qu’à partir d’un simple différent conceptuel – confrontation d’imaginaires et de sensibilités –, deux camps se forment et se solidifient, mettant ainsi à mort l’équipe momentanément affaiblie où, tous deux, ils ont pris leur source. L’histoire de l’humanité est peut-être moins faite de la succession de telles tragédies que des multiples vies quotidiennes ordinaires, mais n’allons pas les chercher. Je crois que nous ferions mieux de jeter toutes nos vieilles références, malgré le fait que ce qui actuellement vient au monde n’a pas été baptisé. Il n’a pas à l’être, les ethnologues, les sociologues, et les historiens du futur, s’en chargeront sans doute.

(en cours de lecture : Maintenant)

P.-S.

(le lendemain) La description, par le comité invisible, de l’acte de destitution, me paraît être la description de ce qu’est réellement une évolution historique, non une révolution. Je continue de penser que les révolutions ne sont que de foireux moments provoqués par les multiples résistances à l’évolution historique, surgissant à chaque fois que "ça coince". Les révolutions parviennent à "décoincer", dans la douleur ; elles ne sont donc pas forcément à éviter, puisque elles ne sont pas forcément évitables, mais l’essentiel est bien l’évolution historique dont elles ne sont que les accidents visibles.

L’oxygène parvient à ses fins de mille manières ; si beaucoup de combustibles s’oxydent avec éclat, par le feu, le fer s’oxyde en toute discrétion : il rouille. Rouiller dégage également de la chaleur, libère de l’énergie dans la destruction d’un état stable ; le flamboiement n’accompagne pas tout dégagement d’énergie, toute libération.

Mais qu’est-ce qu’une institution ? N’est-ce pas, simplement, les restes pétrifiés d’une lointaine libération, pétrifiés donc devenus stables, stables comme la mort ?

Dans ma poubelle conceptuelle on peut trouver autre chose : le communisme. Mais lorsque je lis « ce qui importe, c’est le communisme qui se vit dans la lutte elle-même », et que spontanément je traduis par : "ce qui importe, c’est la démocratie qui se vit dans la lutte elle-même", n’est-ce pas très exactement la même pensée et la même volonté que j’exprime ? Ceux qui me connaissent un peu savent que mon côté asocial pathologique ne me met pas dans une position très confortable pour parler de communisme et encore moins, à mon sens, pour parler de démocratie, mais dois-je pour autant me taire ? Au moins, ma situation m’a donné un recul qui n’est pas facile à avoir, profitons de ce peu que j’ai actuellement, des fois que j’arriverais à m’en débarrasser (seul, c’est extrêmement douteux mais, on ne sait jamais, peut-être qu’avec une… révolution… (rire))

(le 10 mai) Je me trompais sans doute, l’autre jour, penser "communisme" et penser "démocratie" diffèrent notablement. Le démocrate a pour idéal l’égalité d’expression et d’action adossée à une absence de pouvoir : pas de hiérarchie instituée. Le communisme n’a pas besoin d’idéal, il crée le commun, un fait au delà du partage. Ces deux pensées ne sont pas sur le même terrain. Le communiste peut ne pas être démocrate, et le démocrate ne peut savoir d’avance comment son monde se fera, s’organisera, encore moins le vouloir d’avance (donc il ne peut se dire communiste).
A moins de décider que le terme "communisme" englobe l’idée démocratique, un peu comme s’il avait la double racine : commun et Commune. C’est raisonnable s’il s’avère que la démocratie ne peut se faire sans le commun, ne peut s’épanouir et fleurir que sur le commun. Mais dans ce cas, démocratie et communisme sont parfaitement synonymes, en réalité.

(le 13 mai) Je viens d’achever ma première lecture de l’ouvrage, qui m’a beaucoup épaté, très positivement épaté, en particulier par sa description du communisme. Cela va-t-il suffire à me réconcilier avec le mot ? Je me le demande.

Ces mots en "isme" – communisme, convivialisme… – ne trahissent-ils pas la pensée d’un systémisme, voire une volonté systémique ? Le suffixe de ces mots est peut être plus chargé de sens que leurs racines.
Saturnisme, pointillisme, nombrilisme… Cette manière de nommer les choses révèle une certaine façon de les voir, de les envisager, donc aussi de les faire et de les défaire ou, le cas échéant, de les soigner – et l’acte de soin peut aussi transformer la maladie et pas seulement la guérir (ou pas) –. C’est un vocabulaire des temps modernes.

Je ne suis donc pas convaincu de la pertinence de l’usage du mot "communisme", d’autant moins convaincu que pour cesser de l’associer à toute espèce de socialisme autoritaire, nazisme compris, il me faudrait passer par un lourd travail thérapeutique. Mais j’ai peut-être tort.

Quoi qu’il en soit, je trouve ce livre exceptionnel et exceptionnellement pertinent. Celui qui dit cela est un incorrigible "iréniste" n’ayant (presque) aucun goût pour l’émeute ni, bien sûr, pour les manifestations-défilés-processions (sauf s’il y a des musiciens qui m’enchantent (rire)). Mais bon, je n’en suis qu’à ma première lecture… (sourire)

 
 
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