Ames perdues

Devons-nous danser sans monde ?

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mardi 6 juin 2017

N.B. Ce texte est instinctif, intuitif ; il y a fort à parier qu’il a besoin de quelques correctifs et peut-être, surtout, de développement(s) – travaux existants probablement déjà quelque part, mais là n’est pas le centre de mes préoccupations.

Le monde industriel marchand a fait se déployer de nouvelles manières de se réunir pour danser, et de nouvelles façons de danser. Avec en première ligne, bien entendu, la Grande-Bretagne, où se déployèrent quadrettes ou quadrilles divers. Le continent prit le relais pour les danses de couples, au XIXe siècle. Puis vint le vingtième "américain" avec les danses en solos simultanés – dans les pratiques de terroir, les solos, danses démonstratives, existent aussi, mais il n’y en a, en principe, qu’un seul à la fois, ce sont vraiment des solos que les autres regardent, puisqu’il est démonstratif ; où alors les autres dansent en une chaîne menée par un démonstrateur-meneur.

Aujourd’hui, dans certains bals folks détachés de tout terroir, mais parfois encore ancrés dans l’une ou l’autre des phases d’expansion de l’individualisation, ces danses de l’époque industrielle capitaliste peuvent tranquillement épanouir leur être profond : l’aspiration à une liberté individuelle déliée de tout monde, l’être sans monde, l’être immonde [1].

Dans la plupart des anciens terroirs d’Europe et du Proche Orient, et dans un certain nombre d’autres endroits de par le monde, la danse-monde prenait la forme de la ronde en chaîne. La chaîne s’est ouverte avant de se briser. Mais il existe ou a existé, semble-t-il, des terroirs où la danse-monde n’était pas une chaîne et n’a jamais été une chaîne. En particulier en Afrique subsaharienne. Sans doute aussi en Amérique. Mais ce n’en était pas moins des danses-monde dans la mesure où ces danses ne pouvaient exister sans ces mondes, et vice-versa. Dans la mesure où s’y exprimaient des membres d’un monde en tant que membres de ce monde-là et pas d’un autre, dans la mesure où s’y exprimait une appartenance, elles étaient tout autant l’expression vivante d’un monde que les chaînes dansées d’Occident, du Kurdistan ou du Sichuan. La présence ou l’absence de chaîne-monde est nécessairement liée aux réalités sociales et communautaires correspondantes, il reste à comprendre comment.

[1Jeu de mots étymologiquement tout à fait légitime, il est vrai un petit peu sarcastique, fait par un arriéré qui en est resté à la valse type "musette" et à l’hanter dro (un pied à la ville et l’autre à la campagne, un pied dans le bourg et l’autre à la ferme, et tous deux attachés au XIXe).

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