Une âme parmi les autres

Quand sa propre identité se défile… (suite)

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dimanche 2 juillet 2017

N. B. Je parle ici d’un cas dont j’ignore à quel point il est particulier (ou pas). Se méfier, donc, de toute généralisation hâtive.

 
J’avais lu et entendu, ici et là, que les traumatisés crâniens pouvaient espérer s’être bien remis au bout de neuf mois. "Neuf mois" était, du moins, l’ordre de grandeur que j’avais dégagé des informations très succinctes obtenues.

Il se trouve qu’en effet – hasard ou pas ? – j’ai éprouvé un net changement en moi, en mon corps, au bout de neuf mois exactement (à un ou deux jours près). Je ne pouvais pas ne pas le remarquer, vu que mon temps de sommeil, très supérieur à la moyenne depuis l’accident, est redevenu d’un seul coup, du jour au lendemain, normal.

[pour le passage rayé, voir l’important post-scriptum]

Mon médecin ne m’a pas dit s’il croyait deviner ce qui s’était produit [1]. Et, comme à mon habitude, je n’ai rien demandé, posé aucune question. C’est bien bête ! Mais il y a une autre chose importante dont il ne m’a jamais parlé, peut-être parce qu’il ne la connaît pas. C’est que si, au bout de neuf mois, j’ai commencé à me sentir à peu près remis de corps et d’esprit, en revanche ma vie n’était pas, mais alors pas du tout, bien remise en route. Au contraire, elle semblait s’arrêter.

Oui, mon ancienne vie s’est éteinte en neuf mois, c’est une nouvelle vie que j’essaie de commencer. Bien sûr, pas avec un corps neuf, heureusement (il n’aurait pas la mémoire de la vie d’avant [2]).

Les neuf mois précédents ont été l’extinction de la locomotive, son arrêt par épuisement de son élan (l’énergie acquise durant la vie précédente). En même temps, la locomotive s’est réparée, mais elle ne retrouvera pas toute seule une énergie semblable à celle qu’elle vient de perdre en neuf mois.

Le deuxième mois après l’accident, je me sentais relativement bien en forme, plein d’énergie, je pouvais faire des choses chez moi, bricoler… Avec moins d’adresse et plus de lenteur qu’auparavant, comme un convalescent, mais un convalescent assez remuant. A ce moment-là, l’histoire des neuf mois nécessaires me paraissait saugrenue, ou tout au moins bien pessimiste. Mais j’ai vite déchanté, parce qu’au lieu de me sentir de plus en plus en forme, c’est l’inverse qui s’est produit. La machine s’essoufflait, perdait doucement son élan.

Bon, elle est aujourd’hui en bon état, la machine, elle peut repartir. Mais cela va probablement prendre un peu de temps. Je ne suis pas certain de pouvoir redémarrer à plein en neuf mois. Il ne faut pourtant pas que je traîne, parce qu’un peu plus loin la vieillesse me guette avidement, en se frottant les mains.

P.-S.

La date de parution de "Quand sa propre identité se défile…" m’informe que je me suis partiellement trompé, que ma mémoire a simplifié en ramenant tout à "neuf mois" alors qu’il s’était passé des choses importantes deux mois plus tôt.

Il est vrai qu’au bout de neuf mois j’ai ressenti une bonne et nette évolution de mon état, mais le coup de la brutale variation de mon temps de sommeil, c’était au bout de sept mois.

A sept mois survenait également un important événement (voir la note 2 de l’article que je viens de citer). Mais tout de même, ma mémorisation et mon repérage temporel ont du mal à bien se réveiller.

[1Toujours est-il que cela se passait quelques minutes avant sa tentative d’empoisonnement.

[2Mon corps et son esprit ont conservé leur mémoire, mais celle-ci s’est également assoupie, avec ma vie. Je dois réveiller, ensemble, les deux.

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