Ames perdues

Fard à "on"

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lundi 31 juillet 2017

J’ai déjà parlé ici, il y a un an, une élection et un traumatisme de cela – c’était dans Que cherches-tu –, du "maquillage" des femmes du pseudo-monde occidental. Je m’y interrogeais sans comprendre et sans avoir de piste de recherche. Il en existe pourtant une évidente, de piste, mais sans doute trouvais-je alors cette évidence suspecte. Probablement à tort. Cette piste, c’est bien sûr l’antiquité égyptienne pharaonique.

Je ne l’ai pas encore suivi et ne sais si je le ferai, sinon à l’occasion. Je sais très peu de choses. Il paraît qu’en Égypte, le maquillage a d’abord été religieux : c’était alors les prêtres seulement qui se maquillaient, et cela était bien sûr lié à des rites, des rituels.

Par la suite, les fards et les onguents furent utilisés par tous, hommes et enfants compris. Ils pouvaient avoir aussi bien des avantages sanitaires qu’esthétiques (par exemple, pour protéger les yeux de certaines infections).

Pour ma part, je ne peux m’empêcher d’associer tout cela aux rituels mortuaires égyptiens, à l’embaumement. Il doit bien y avoir une continuité là-dedans, mais j’ignore laquelle (mis à part, probablement, un même savoir-faire technique et les mêmes sciences des herbes et de la vie biologique). L’enjeu est alors de se présenter bien face à l’immortalité. Des rituels religieux aux rites funéraires, il est toujours question de représentation, en plus du règlement de problèmes sanitaires. Il faut être beau et fort, ou tout au moins paraître ainsi. Beau, fort, et rempli d’assurance, par conséquent impressionnant.

Pour les personnes cherchant un pouvoir ou le détenant déjà, il s’agit d’un impératif. Pour celles cherchant à se protéger du pouvoir d’une autre jusqu’à le combattre, c’est également un impératif. A la limite, il ne s’agit pas de séduire mais d’agenouiller. La sainte icône femelle de l’Occident capitaliste est évidemment une reine conquérante bafouée [1] : Cléopâtre. Et son icône mâle un dominant victorieux : Jules César.

Nos "féministes" ont encore du pain sur la planche ; mais le capitalisme, en détruisant toutes les communautés, a tout de même et bien involontairement, mis le patriarcat en difficulté.

Et ce n’est qu’un vieux mâle blessé et dominé qui parle, ici. Il n’y connaît rien et ne fait que des suppositions. Devant le mystère, au lieu de s’agenouiller, il s’interroge et se dit que, peut-être, le rôle esthétique du fard, c’est pour la communauté s’il en existe encore une (sinon c’est pour son fantôme), c’est-à-dire qu’il n’est pas pour l’autre simplement, pas plus que pour le fardé lui-même, il est pour ce "nous" abstraitisé qu’est le "on" [2].

Il y a bien longtemps, le genre humain se rêvait immortel. Aujourd’hui, il s’abstraitise [3]. C’est la forme intellectuelle contemporaine du même songe, mais il y a également une forme matérielle contemporaine, passant accessoirement par la cryogénisation et essentiellement par la bio-électronique ou la biochimie de synthèse (reformatage de l’ADN, etc.) : le post-humain (où le corps entier, esprit compris, en s’annihilant devient fard – on peut dire aussi, à l’occasion, "hologramme") [4].

[1Non, "bafouée" n’est certainement pas le bon mot !

[2(le 1er août) Ce "nous" n’est pas abstrait (verbe abstraire). Il n’est pas, non plus, tout à fait idéalisé. Ou plutôt… Si, effectivement, il est abstrait et idéalisé. Le "on" ressemble à une évaporation du "nous".

[3(le 6 août) Je m’interroge encore… Le "on" n’a-t-il pas pour fonction de remplacer par une supposée transcendance l’immanence et l’immédiateté du "nous" ? "on" ne cherche-t-il pas à occuper la place du Dieu, comme s’il n’était pas naturellement supportable que, dans le discours dominant comme dans les actions dominantes, elle soit vacante (ou laissée à l’« infini » Progrès des échanges capitalistes) ?

[4(le 13) Le vieux songe ne s’est pas seulement intellectualisé et matérialisé, il s’est socialisé : avec Internet, chacun peut désormais avoir une seconde vie sociale, voire plusieurs, via Facebook en particulier. Plus besoin de préparer une vie future, nous pouvons immédiatement converser avec des anges en devenant ange soi-même. C’est le Paradis, nous ne pouvons plus craindre la mort car la mort a disparu avec la vie.
(mais je suis peut-être encore une fois en train de délirer, je ne connais pas Facebook ni Twitter ; comme "réseau social", je n’ai un peu expérimenté que feu blog.fr – qui a été capable de calfeutrer un peu le trou béant creusé par mon auto-enfermement de "timide" – et le Club Mediapart – qui, pour le moment, a moins bien réussi avec moi, sans doute parce que trop exclusivement "politique")*

*) (le 15) Non, ce n’est pas tellement que le forum Mediapart serait trop "politique", c’est sa forme pratique qui me met beaucoup moins à l’aise, vraiment beaucoup moins. Nulle part je n’ai pu converser comme il m’est arrivé de le faire sur blog.fr, et c’est au moins autant, sinon plus, à cause de la forme qu’à cause de la fréquentation et de la plus ou moins grande richesse des thèmes abordés et de l’« ouverture ».
La "forme", c’est d’abord la présentation des "commentaires", dont la succession dans le temps et dans l’ensemble de leurs auteurs est partout presque illisible alors qu’elle était très claire sur blog.fr (et, potentiellement, sur ledevenir.org) ; c’est aussi le fait d’être informé par email de l’arrivée de réponses à ses propres commentaires. Il est alors possible de converser pendant des jours (cela intéresse-t-il si peu de gens, d’avoir le temps de réfléchir entre deux échanges ?).

 
 
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