Notes ouvertes

Cri de défoulement (mais pas que)

Accueil > Points de vue > Notes ouvertes > Cri de défoulement (mais pas que)

dimanche 23 juillet 2017

Le nouveau problème que nous pose notre administration devenue "numérique", c’est sa négligence de la présence, dans l’interface entre les machines, d’êtres humains encore plus ou moins vivants. C’est une négligence compréhensible, tant cette présence humaine paraît aujourd’hui absolument dépassée, mais bon… Nous sommes encore là.

J’explique, car je ne suis pas sûr d’être toujours très compréhensible. Via les machines, je veux dire via internet, nous recevons des ordres, enfin… des injonctions, pardon… des demandes précises dont les machines attendent des réponses précises. Exemple : deux documents sont demandés et ils sont envoyés par l’internaute en un seul envoi, c’est-à-dire rassemblés en un seul document. La machine administrative annonce qu’elle a bien reçue l’un des deux documents, en précisant même lequel, et continue de réclamer le second.

A vrai dire, Internet n’est pas seul en cause, cela marche également par la Poste. Il n’est pas recommandé d’envoyer à la Caisse d’Allocation Familiale quatre documents à la fois dans une seule enveloppe, elle risque fort de n’en voir qu’une partie (selon ma propre expérience, les deux plus gros – c’est déjà ça).

Demain matin, il faut que j’aille directement voir la CAF à ses bureaux (en été, accueil seulement le lundi matin, du moins par chez moi), sinon nous ne nous en sortirons jamais [1] !

(J’en entends d’ici qui s’exclament : quoi ! Il bénéficie d’une couverture sociale et il ronchonne ! Ben oui, je ronchonne quand on m’oblige à répéter ce que j’ai déjà fait, mais cela ne m’empêche pas d’être conscient de ma position privilégiée de "citoyen" d’un riche pays occidental)

***

Je vais profiter de l’occasion pour recommander la lecture d’un livre capable d’éclaircir et d’élargir les idées de plus d’un (moi compris) : « Pour en finir avec l’économie, décroissance et critique de la valeur », de Serge Latouche et Anselm Jappe (Éditions Libre & Solidaire, libre-solidaire.fr).
J’en parlerai vraisemblablement dans pas bien longtemps, si j’en juge au paquet des notes que j’ai prises en le lisant.

Je ne connaissais pas Anselm Jappe, ni l’école allemande de critique de la valeur. Et pas beaucoup plus Serge Latouche (parce qu’il a laissé son nom s’accrocher à "décroissance", et que ce concept de "décroissance" a quelque chose qui me rebute : il n’est qu’une négation de la croissance, à mes yeux ce n’est pas assez – aux yeux de Latouche non plus, mais j’aurais pu l’ignorer longtemps à force de remettre à plus tard la lecture de ses livres).

P.-S.

M’apercevant que je n’avais pas mis de mots clés, j’ai voulu en mettre, alors je me suis aperçu que j’avais déjà utilisé le mot clé "Serge Latouche", fin 2009, pour signaler la vidéo d’une intervention dans un colloque. Je ne me souvenais pas de cela, et j’ai beau visiter souvent mon propre site…

Écoutant la première partie de cette intervention, j’entends (je réentends) S. Latouche dire que la décroissance n’est pas un concept mais un simple slogan. Peut-être, mais j’ai beau avoir entendu et lu cette réflexion plusieurs fois depuis plus de sept ans, le mot résonne toujours pour moi comme un concept, un concept non pertinent. Et avons-nous besoin de slogans ? Je n’aime pas les slogans (c’est pourquoi je n’aime pas beaucoup les manifs). Je pense que nous avons besoin de remplacer des concepts dominants par d’autres et que pour faire cela les slogans sont perturbants. Les slogans ne font pas penser, il me semble qu’au contraire ils permettent d’éviter de penser.

Mais il faut se méfier de mon point de vue, il est celui de quelqu’un ayant toujours eu des problèmes de langage avec ses semblables… N’empêche, le champion du slogan, c’est la « communication » marchande, le publicitaire, non seulement un symbole de ce contre quoi nous sommes en lutte, mais aussi et surtout son principal outil après la technologie. Beurk !

Lors ce cette même intervention, Latouche ajoute que "décroissance" est en fait un blasphème. Parce que nous sommes confrontés à une croyance religieuse, il s’agirait d’un blasphème. Dans ce cas, ce ne peut être ni un concept, ni un slogan.
Mais, d’abord, il ne sert à rien d’adresser un blasphème à ceux qui sont devenus non-croyants, il doit être reçu par les croyants. De plus, le fait que le mot soit contraire à la religion n’en fait pas un blasphème, cela ne lui donne pas la puissance et la portée du blasphème. Toutes les religions ont besoin de diables, de démons, ils aident à faire apparaître des anges (ou des vierges) nous assurant que nous suivons le bon chemin. C’est en cassant, ou même simplement en taguant ou en opacifiant, les vitrines et les affichages publicitaires, que nous pouvons nous hisser au niveau "blasphème", pas avec un slogan ou un concept. Ce sont les hauts-parleurs de la marchandise qu’il faut attaquer (pas ses flics, mais il faudra s’en défendre). Ces attaquants-là seront des blasphémateurs, pas les pauvres discoureurs dans mon genre !

Les religions sont des chemins devenus croyances, le blasphème peut-il redonner à la croyance, à la foi, l’allure et la consistance d’un chemin parmi d’autres possibles, afin de retrouver la possibilité d’en choisir un autre ? Je n’ai pas l’impression que cela soit suffisant, mais c’est toujours mieux qu’un mot creux.

(le lundi 24) Je me demande… L’occultation (ou barbouillage complet) me paraît plus signifiant que la casse. Sauf si cette casse est totale, évacuation et traitement des déchets compris, réutilisation du lieu compris.
Ceux qui parviennent à ce stade ne sont pas (ou ne sont plus) dans une émeute, ils sont dans une réappropriation de la vie, ils vivent la réappropriation de leurs vies et leurs redonnent un monde, ils ressuscitent, et leur monde avec eux.

Ça me fait penser… Le capitalisme a remplacé l’âme par le bénéfice, à première vue plus concret. Jadis, il m’aurait fallu sauver mon âme ; il me faut, dans le monde industriel capitaliste, sauver mon bénéfice. Dans la civilisation chrétienne, il fallait sauver les âmes ; dans la civilisation économiste, il faut sauver les bénéfices, les PIB. Voilà le sermon proclamé tous les dimanches jours et toute la journée par les médias électroniques.

Pendant ce temps, le pseudo-monde industriel capitaliste laisse de petits clones marchands se développer un peu au milieu des longues traînées de mort qu’il a semé partout, en particulier en Afrique. Nous devrions comprendre que le delta du Niger est aujourd’hui une excellente caricature du pseudo-monde contemporain, où pétrole, travail et empoisonnement de la vie font, de concert, fonctionner la Machine ; alors, peut-être, nous changerions illico de chemin…

Stanley a songé à prendre les armes et peut-être l’a-t-il déjà fait. Ce quadragénaire courtaud et souriant dit disposer d’un petit stock de kalachnikovs caché quelque part. Il ne s’en vante pas mais c’est comme ça, dans les criques du delta du Niger. Les jeunes ont plus facilement accès aux fusils et aux bandes armées qu’à l’école et à un emploi. Stanley a opté pour une autre voie, celle qui permet de gagner pas mal d’argent sans risquer sa vie. « Ce pétrole, ce n’est pas celui des multinationales étrangères, c’est le nôtre. Donc je suis devenu pétrolier », explique-t-il […] A partir de pétrole brut qu’il achète à des pirates et autres bandits spécialisés dans le perçage des pipelines, il produit 30 000 litres d’essence par nuit […]

« Avant, j’étais un pêcheur pauvre. Maintenant, j’ai une femme, des enfants scolarisés, une voiture, une soixantaine d’employés et je suis millionnaire [en naira, la monnaie nigériane], s’amuse-t-il. Je sais que je pollue une terre déjà tuée par les groupes pétroliers. On peut m’accuser de tuer un mort. »

Nous changerions illico de chemin, peut-être, mais je n’en suis même pas certain…

 

[1(le lundi 24) J’aurais dû penser qu’il y aurait des obstacles équivalents dans « le monde réel » ! N’étant arrivé que vers 11h30 là-bas, j’ai découvert une salle d’attente pleine. Il y avait douze personnes qui attendaient (sans compter les bébés, bien sûr). J’attends tout de même cinq à dix minutes, bien que la réception soit censée se terminer à 12h30, et je vois quelqu’un d’autre arriver à son tour et prendre un ticket. Merde ! je n’avais pas vu le distributeur de ticket. Il ne m’a plus fallu que deux ou trois minutes pour me dire qu’après tout, je devais pouvoir me débrouiller autrement (il me suffit, pour l’heure, de trouver le moyen de transformer un document papier en fichier PDF – le scanner dont je me suis docilement équipé, je ne parviens plus à l’utiliser depuis que j’ai changé de distribution Linux ; Debian, c’est pas mal, mais les bienfaiteurs qui s’en occupent doivent sans doute penser qu’ils n’ont affaire qu’à des informaticiens nés).

(mardi 25) Cette fois, je me suis moi-même compliqué la vie : pourquoi ai-je voulu transformer une image (un "papier") en PDF !? Résultat pas très sympathique : « La structure du fichier ’quittance—.pdf’ n’est pas correcte (Mime-Type:binary/octet-stream) », m’indique la CAF. Il m’a fallu, avec un logiciel adéquat, transformer le pdf en img.
Ouf ! Y’a plus qu’à attendre la sentence.

 
 
LE DEVENIR
SPIP | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0