Rupture

Les drames du bocal

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mercredi 26 juillet 2017

Quand donc les gens du Monde Diplomatique sortiront-ils leurs esprits de l’économisme ? Dans le numéro d’août, Razmig Keucheyan, sociologue, se met à décortiquer une soi-disant « anatomie d’une triple crise (politique, économique, écologique) ». La part "politique" de cette crise développerait actuellement trois débats, l’un mettant en accusation « les élites » et une mauvaise représentation auprès des autorités du tout-venant populaire, le deuxième concernant l’émergence d’un populisme autoritaire qui, après tout, répond définitivement à la mauvaise représentation par le choix d’une "autorité" – d’un pouvoir, plutôt – affirmant représenter, le troisième consistant à se demander si, par hasard, la mauvaise représentation politique de la diversité populaire dans les instances dirigeantes de notre pseudo-monde [1] ne serait pas dû simplement au fait que le peuple peut aujourd’hui participer, ou tout au moins avoir l’air de participer, se donner l’impression de participer, numériquement – c’est-à-dire à la fois en nombre et par des techniques "digitales" – aux affaires de notre pseudo-monde. Qui participe se représente lui-même en personne.

Ces gens tournent en rond dans la boite économiste, comme des poissons rouges aveuglés qui sentiraient très bien que leur eau est devenue toxique, mais pas du tout qu’ils sont depuis longtemps en train de tourner dans un bocal.

Les sociologues, exerçant un métier de la civilisation économiste, ont tendance à agir un peu comme les économistes, c’est-à-dire à ne pas se contenter de décrire la réalité mais à l’inventer, à la façonner. C’est normal, dans la mesure où la sociologie n’est qu’une ethnologie du pseudo-monde créé par le capitalisme.
Mais Razmig Keucheyan semble tout de même sentir très confusément qu’il y a un horizon bouché, un bocal à briser. « En matière économique, l’annulation partielle ou totale de la dette publique représenterait une mesure écologique par excellence », dit-il…

Ils sont pourtant documentés, les gens du Monde Diplomatique, et ils savent lire, du moins la chose paraît assez vraisemblable. Il est cependant possible que leurs esprits individuels aient subis de plus intenses pressions de façonnage, de formatage, que ceux du tout-venant populaire… Ils doivent tout-de-même savoir que depuis quelques décennies se développe une pensée a-économiste et que, par exemple, il y a une quarantaine d’années, Régine Pernoud, Jean Gimpel et Raymond Delatouche nous racontaient comment le "Moyen-Âge" chrétien s’était "développé" sans économisme tandis que pendant la "Renaissance", et plus encore pendant la révolution industrielle, il y eut des périodes de dé-développement (comment faut-il dire ? faut-il parler d’enveloppement ?) [2] – voir Le Moyen Age, pour quoi faire ?, de R. Pernoud, J. Gimpel et R. Delatouche ; ou La chrétienté médiévale, un modèle de développement, de Raymond Delatouche (je fais publicité de ces livres alors que je commence seulement à les lire, mais s’ils ont bien entendu eux aussi leurs limites, il me paraît déjà évident qu’ils auraient dû depuis longtemps éveiller l’attention des "décroissants" et des anti-économisme, ou éveiller leur attention plus qu’ils ne l’ont fait) [3].

[2Pendant ces périodes, un développement se poursuivait cependant à bon pas, mais c’était celui de La Machine cherchant déjà à envelopper tous les êtres vivant, afin de s’approprier la vie.

[3Le "développement" médiéval fut, en particulier, un développement urbain, et il me semble que celui-ci fut la cause, ou tout au moins une des causes essentielles, d’une catastrophe environnementale : la peste.
Avec ou sans économisme, il faut faire attention avec le développement et ne pas s’en remettre uniquement à ses représentations totémiques, eussent-elles plus de 100m de haut comme certaines cathédrales.

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