Notes ouvertes

Au parfum

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mercredi 9 août 2017

Avec le temps, et surtout avec son développement technique et marchand, internet attrape les défauts de la télévision, en particulier sa prégnance, la force de sa présence agissante hypnotisante. C’est vrai en particulier des déclinaisons web de la presse écrite (jadis écrite), de plus en plus renforcée – ou plutôt, affaiblie –, de plus en plus alourdie de vidéos à déclenchement et succession automatique (et de sommaires secondaires genre "Les plus partagés" ; s’ils peuvent parfois être utiles à titre d’information statistique, pourquoi les mettre en avant ?).

Internet n’aura donc pu se contenter longtemps des seuls défauts cybernéticiens, il a vite compris qu’il lui fallait marier les deux ensembles, les deux marécages artificiels d’allure culturelle à maîtrise policière – les machines à écran sont des clowns armés de fiches et de grenades.

Comment se manifestera l’inévitable trop-plein ? Il ne se manifestera pas, parce que s’il le pouvait ce serait fait depuis longtemps. Depuis longtemps il y a débordement de toute part, et notre civilisation continue de couler, de dégouliner, inventant même encore des tuyaux, des canaux et des orifices d’écoulement, et s’en gonflant d’orgueil.
Notre civilisation est comme un fleuve en train de s’épanouir sans limite dans un désert. Si elle pouvait se donner des limites, nous gagnerions au change, mais comme elle se glorifie de son absence de limite, nous ne ferons que troquer le désert pour un océan tumultueux.

De façon implicite, cette glorification même est la manifestation du trop-plein, car notre civilisation, la civilisation industrielle marchande, est par nature excessive, l’excès est son essence. Elle nous chie dessus sans retenue et cette absence de retenue fait sa gloire, la gloire et la splendeur de tous les travailleurs chieurs. Alors nous rayonnons d’une joie industrielle et industrieuse, nous puons la réussite dorée et adorée qui nous travaille, nous recouvre et nous étouffe.

Mais, lorsque par négligence ou maladresse gestionnaire le tas de merde cesse un instant de croître, les travailleurs qui ne connaissent ni le repos, ni le chant des oiseaux et du vent, ni d’atmosphère pauvre en oxydes de carbone et en ammoniaque, sont pris d’une très sainte panique : ils s’agenouillent ensemble et se tournent vers le temple-écran diseur de bonne aventure afficheur de courbes en couleur…

S’ils avaient un marteau…
 

If I Had A Hammer, Pete Seeger, 1963, en Australie

 

Cette chanson est une jolie manière de dire quelque chose dans le genre "liberté, égalité, fraternité", mais rien de plus. Ne manquerait-il pas quelque chose d’essentiel à tout cela ?
Il manque deux ou trois choses relatives à la nature de la vie, à la nature des êtres humains, à la nature des communautés humaines.

Cela dit, un marteau bien agité et au bon moment, si ça se trouve…

 
 
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