Une âme parmi les autres

Quand sa propre identité se défile… (3)

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jeudi 14 septembre 2017

On me demande si mon traumatisme crânien m’a laissé des ’séquelles’. Des ’séquelles’ ? Ben, je ne sais pas, cela dépend de ce que l’on peut mettre sous ce nom.

’Séquelles’ est le terme dont usent préférentiellement les institutions médicales. Mais ces institutions ont tant imposé leurs vues à toute la société que personne ne me demande si mes facultés, mes aptitudes et mes inaptitudes ont changés, on me parle de présence ou d’absence de ’séquelles’…

Alors, des ’séquelles’, je ne sais pas. Par contre, il est clair pour moi que mes aptitudes et inaptitudes ont évolué, que je n’ai plus tout à fait les mêmes facultés. Mais que tout ce que je peux en dire, c’est pour l’instant présent ; je ne suis pas encore en mesure d’affirmer que telle aptitude est stable, que telle autre est instable et en devenir…

Je ne me connaissais pas très bien auparavant, je me connais moins encore – alors même que mes découvertes des deux années précédant la fin de la chute provoquée par l’accident, m’ont fait mieux connaître mon passé. J’ai un peu l’impression d’être en train de naître (pour le dire de façon très optimiste)… Depuis la toute fin du printemps dernier (c’est là que je place, à peu près, la date du basculement, la "fin de la chute provoquée par l’accident", non au moment de l’accident).

 

Goodnight Irene, interprétée par The Weavers

 

N. B. : Les guillemets simples entourant le mot "séquelle" sont là ma première tentative de m’essayer à leur usage en tant qu’avertissement « que nous ne pouvons pas nous fier à des termes métaphysiques ou élémentalistes et que des spéculations fondées sur ces termes sont fallacieuses » (et déjà je ne suis pas sûr de bien suivre la prescription de Korzybski). Cf. Alfred Korzybski, Une carte n’est pas le territoire, Prolégomènes aux systèmes non-aristotéliciens et à la Sémantique générale, Éditions de l’Éclat, p.102 (au moins dans l’édition 2015).
(je n’aurais vraiment pas dû tomber sur la tête, moi ! (rire))

(ruminations souriantes du lendemain matin, au réveil) Les "barbares" – les ’étrangers’, je veux dire –, je comprends qu’ils prononcent à leur guise les quelques noms communs qu’ils orthographient pourtant exactement comme nous et chargent en partie des mêmes sens que nous, mais ils devraient au moins respecter les nom propres, que diable !

Il est vrai, cependant, que la charge de sens des noms propres est infiniment plus variable que celle des noms communs, et ne dépend guère de la prononciation…

En même temps, en rejoignant le mythe – fantaisie qui lui prend, parfois –, le nom propre devient quelque peu commun. Le langage est un merveilleux sac de nœuds.

note : les noms propres sont toujours relatifs à des êtres vivants ou qui l’ont été, même ceux des villes aux mains des techniques urbanistes, des analyses de sociologues, des intérêts ’politiques’ et marchands.

 
 
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