Questions sur la science, questions scientifiques

Nous faut-il tester la mémoire médicale ?

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mardi 19 septembre 2017

Trois mois et des poussières après un traumatisme crânien, on a testé ma mémoire. Un test avec du papier, un crayon, une personne qui posait des questions ou demandait de faire telle ou telle action (avec ma voix ou mon crayon) à la lecture ou à l’audition de listes de mots ou d’images ou de chiffres. Je m’en sortis beaucoup mieux que je ne m’y attendais, et cela me surprenait.

C’est qu’à la même époque, je n’arrivais pas à mémoriser les emplacements des différents magasins de la ville où je venais d’aménager, je n’arrivais pas à mémoriser tous les chemins que je devais maintenant emprunter – la date de mon traumatisme est également celle de mon dernier déménagement –. Ces difficultés durèrent encore plusieurs mois, et je n’ai pas l’impression qu’elles auront totalement disparus à traumatisme-plus-quatorze-mois, traumatisme-plus-quinze-mois…

Serait-ce que la médecine ne saurait tester qu’à la triste, pauvre et infirme mode scolaire : une table, une chaise, des papiers, un crayon, des oreilles qui peuvent écouter le maître et des yeux sachant lire, eh puis voilà ! Ignorerait-elle l’existence d’une mémoire des mouvements, d’une mémoire des espaces, d’une mémoire des trajectoires (et j’en oublie) ?

La mémoire suppose une capacité de mise en mémoire et une capacité de rappel de mémoire. La mémoire ancienne n’a pas été directement touchée par mon traumatisme crânien, mais son rappel, lui, l’a été. Plus d’une année après, il m’est plus facile de danser une danse qui m’est très familière que ce ne l’était seulement deux mois après (parce que des problèmes d’équilibre et de vertige ont disparus), mais il m’est en revanche plus difficile de la démarrer : le mouvement ne me revient plus immédiatement à l’esprit ; pire, un autre peut d’abord s’imposer à mon esprit, à la place du bon.

Si un médecin m’avait accompagné en promenade, ou bien à un bal de samedi soir, ou m’avait vu tourner encore en rond dans un magasin libre-service sept ou huit mois après mon déménagement, il aurait appris bien des choses. Les maîtres des écoles également, apprendraient bien des choses, perdus dans la forêt ou dans la ville avec leurs élèves.

La culture médicale a pour base la culture scolaire, elle en a les défauts.

 
 
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