Ames perdues

La barbe fait l’homme

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dimanche 26 novembre 2017

Pour la première fois de ma vie, je viens de me maquiller. Si, si, j’essaie de m’y mettre !

Bon, en fait ce n’est pas du tout la première fois, mais avant je n’en avais pas conscience, j’ignorais complètement qu’en fait je me maquillais. Moi qui me demandais si souvent pourquoi tant de femmes se fardaient, je maquillais quotidiennement mon visage. En me rasant.

J’espère ne pas avoir dit que des conneries dans Fard à "on" et ailleurs à propos de maquillage, mais tout de même, ne pas avoir bien pris conscience d’une inégalité pileuse naturelle entre les hommes et les femmes et, surtout, de la fonction maquillage de la barbe et de la moustache (ou, plus exactement, de leur façonnage)…

Il n’y a pas que l’habit qui "fait l’homme et défait la femme" [1] : par la maîtrise de ses poils, l’homme se différencie de l’animal et maîtrise la femme.

Voilà pourquoi la barbe longue d’un homme âgé inspire le respect. Et voilà pourquoi j’associe plus facilement la vulgarité à la femme qu’à l’homme, et pourquoi je l’associe fréquemment au maquillage, quasiment jamais à la barbe. Apparemment, il y a là une attitude quelque peu sexiste, non ?
En même temps, il est on ne peut plus naturel de réagir différemment face à son propre genre que face à un autre genre, en particulier que face à un genre qui, pour soi-même, est source de potentiels partenaires sexuels. Cela rendrait-il le sexisme inévitable ? En d’autres termes, cela rendrait-il le mépris inter-genres inévitable ? Non, puisque le mépris est culturel et que nous nous devons d’être maîtres de notre propre culture.

Être maître de sa propre culture ?

P.-S.

(le 7 juin 2018) Alors qu’il y a quelques mois j’affirmais ici, sûr de mon fait, que le maquillage des visages féminins me semblait parfois vulgaire, et les porteuses de ces maquillages tout autant, ce n’était plus vrai, mais je ne m’en étais pas encore rendu compte ! C’est seulement depuis quelques semaines que je me dis : non, elles peuvent maintenant se peinturlurer tant qu’elles peuvent sans que je les trouve pour autant vulgaires. Pas plus que des hommes avec des moustaches jugées par moi ridicules – il m’arrivait, et m’arrive encore, de trouver des hommes ridicules, mais je ne les ai jamais jugés vulgaires.

Est-ce un effet de la transformation de mon imaginaire, où la femme idéale est enfin à peu près descendue de son piédestal de "sainte" et de "vierge" ? Toujours est-il que mon désarroi n’en est pas amoindri.

[1Je choisi de mettre cet article-là en lien, non parce qu’il s’agit du dernier en date sur la question, mais parce que je viens de m’apercevoir que je n’avais pas suffisamment prêté attention à des propos rapportés il y a bien longtemps par Ibn Battouta :

Trouvant, chez le caravanier qui l’a amené, « un homme et une femme en conversation », il lui demande : « Qui est cette femme ? — Mon épouse. — Que lui est l’homme [assis avec elle] ? — Son ami. — Comment acceptes-tu cela, alors que tu as habité chez nous [au Maroc] et que tu connais les règles de la loi divine ? — La fréquentation entre hommes et femmes n’enfreint pas chez nous les convenances et les bonnes mœurs. Elle ne donne lieu à aucun soupçon, car nos femmes ne sont point comme les vôtres.

« Nos femmes ne sont point comme les vôtres… » Il n’avait pas tout à fait tort de dire cela, l’homme sanhaja de l’empire Almoravide, mais pourquoi n’a-t-il point dit « nos hommes ne sont pas comme les vôtres ; nous, hommes des tribus sanhaja, ne sommes pas comme vous autres » ?

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