Peuples sans limites

Nom de nom !

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vendredi 22 décembre 2017

Identité, identité… Il existe un tas de petits peuples très anciens qui semblent ne s’être jamais souciés d’identité. Parce qu’ils n’avaient pas à se soucier d’altérité, étant seuls au monde, ils ne se nommaient pas. Peut-être ont-ils pu avoir à le faire, parfois, pour s’identifier eux-mêmes et se positionner par rapport à leurs propres mythes, ainsi que par rapport aux autres créatures vivantes, mais on ne le dirait pas. Car depuis deux siècles qu’ils sont submergés par d’autres humains qu’eux, ils endurent de rester toujours non nommés. Je parle des peuples aborigènes de l’Australie.

Depuis quelques années, tout de même, certains d’entre eux commencent à se lasser de cet état de fait et ont choisi, dans la multitude de leurs langues, un mot signifiant "notre peuple" en plusieurs d’entre-elles : koorie (ou koori) [1].

Ils se peut que ce problème d’identification, ou plutôt de reconnaissance par leurs pairs humains, vienne en fait de la multitude des "clans", donc des langues. En Amérique du nord, nous avons entendu parlé des iroquois, des sioux et de bien d’autres, pas seulement d’« amérindiens ». Eh puis, « amérindien » a un sens lié à la terre, à la géographie ; assez confus, tout de même, mais c’est toujours mieux que « à l’origine » [2].
Bon, si nous avons retenu des noms de quelques-uns des peuples de l’Amérique du nord, c’est sans doute parce qu’ils ont eu un peu plus la possibilité de se défendre et qu’ils l’ont saisi ; à moins que ce ne soit parce qu’ils pouvaient être instrumentalisés, et armés, par des partis d’envahisseurs en conflit.
Cependant, en Australie, les nombreuses langues indigènes ont été nommées, elles, afin de s’y retrouver. Dès lors les noms des langues peuvent servir à identifier celles et ceux qui les parlent depuis leur berceau (ou presque). Un peu comme pour la France, le français, les françaises et français ; la Bretagne, le breton, les bretonnes et les bretons… Ah, tiens ! Nous non plus nous ne nous sommes pas nommés. Mais avons-nous nommée notre langue ? N’est-ce pas plutôt le pouvoir central qui a nommé son territoire ?

Les aborigènes de l’Australie, comme ceux de l’Amérique du nord, ignoraient qu’il était possible de s’approprier la terre et de survivre à cette transgression [3].

[1« Depuis 1988, l’année de la célébration du bicentenaire de l’Australie, beaucoup d’aborigènes refusent le terme anthropologique d’aborigène (du latin ab origine : « à l’origine » et désignant un autochtone dont les ancêtres sont considérés comme étant « à l’origine » du peuplement). Ils préfèrent l’appellation de Koorie signifiant « notre peuple » dans plusieurs langues australiennes. » Source : Jacques Leclerc, Aménagement linguistique dans le monde.

[2Le sens de aborigène est peut-être aussi bien rendu, sinon mieux, par l’expression de l’origine. Un article du wiktionnaire (pour ab) donne une intéressante définition du mot aborigènes : « ceux qui sont nos lointaines origines », mais certains esprits traduiront rapidement celle-ci par sauvages. D’autant plus facilement que le mot aborigène a une fâcheuse proximité phonétique avec "arbo…", "arbori…".

[3D’accord, cette transgression est dû à l’invention de l’agriculture. N’empêche…

 
 
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