Une âme parmi les autres

Evitement

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lundi 18 août 2008

L’un des mécanismes moteurs de ma longue errance solitaire vient seulement de m’être révélé, lors d’un festival de danses (bien sûr).

Cela se passait devant les douches du camping, dans la queue. Une jeune femme blessée au pied était derrière moi. Son mal ne sautait pas aux yeux parce qu’elle était immobile, mais elle en parla à des amis qui passaient par là ou bien qui sortaient d’une des douches.

Mon tour est venu, une douche s’est libérée et j’ai eu envie de proposer à cette femme d’y aller pour lui épargner une attente plus longue.
Mais j’ai hésité, je me suis dit que l’un de ses amis venait de sortir d’une douche, il ne l’avait donc pas laissé passer, lui ; et puis une autre douche allait se libérer d’un instant à l’autre, c’était indéniable.

Et je suis allé faire ma toilette.

 
C’est une belle illustration d’un processus d’évitement : j’ai l’occasion d’aller vers l’autre, ce que je souhaite (la jeune femme au pied blessée n’avait rien d’antipathique, au contraire) ; je "réfléchis", c’est à dire que je me cherche involontairement (c’est plutôt un genre de réflexe) des raisons de ne rien faire, de ne pas agir, de ne pas bouger, de fermer les yeux. Et je trouve toujours.

 
Et moins de deux heures plus tard, alors que je méditais sur cette révélation, le processus s’est reproduit. Un homme très sympathique dont j’avais fait la connaissance deux nuits plus tôt m’a fait un grand signe. Il était avec deux personnes inconnues de moi. Je me suis dit que j’allais les déranger si je me joignais à eux, et je me suis contenté de dire bonjour de loin.

Heureusement j’ai eu l’occasion de le revoir, ce type fort intéressant. Mais il ne faut pas se leurrer, ma vie amicale est elle aussi détériorée par la (les) blessure(s) inconnue(s) de mon âme, autant ou presque autant que ma vie amoureuse.

Et ce processus, ce réflexe mental se manifeste dans la vie pratique à tous les niveaux, il apparaît chaque fois que je dois prendre une décision très rapidement, en une fraction de seconde, en une seconde. Il me ralentit et me fait prendre la mauvaise décision. C’est quasi systématique. Même lorsque à première vue il n’y a pas de rapport à l’autre en jeu, parce que l’autre est toujours présent, il me regarde ou il m’attend.

Je ne suis donc libre – libéré de ce réflexe pathologique – que dans l’action solitaire et même secrète (il ne faut pas qu’un résultat soit attendu par quelqu’un). Mais est-il vraiment possible d’être libre dans la solitude, lorsqu’en soi nous portons le désir d’être avec l’autre, de lui parler, de le toucher ?

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