Ames perdues

L’éclatement du christianisme

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dimanche 4 février 2018

Cela semble avoir été si bien orchestré qu’il y aurait de quoi en redevenir croyant !

Le remplacement du croyant par l’individu neutre impliqua la séparation des entités "couple" et "parent". Le couple parental servait à assurer le renforcement et la transmission de l’héritage, il fut remplacé par le binôme constructeur de pavillon de banlieue. Conjointement, l’amour fut remplacé par le sexe, la joie par le plaisir, la vie par la construction et l’achat, la famille par le système social, la foi dans la vie après la mort par la foi en la distribution des pouvoirs, ici et maintenant, sous forme de monnaie.

La joie d’un croyant est toujours une joie communautaire. Sa foi étant le sentiment d’appartenir à un peuple élu, sa joie est une facette de ce sentiment d’appartenance et sa croyance une coloration de sa joie.

Les individus neutres – considérés donc non croyants –, ne peuvent être joyeux que dans la victoire. Car, soldats, ils n’appartiennent qu’au combat.

A cause de cela, il n’est pas tout à fait aberrant d’utiliser pour désigner les semeurs de mort "islamiques" le nom qu’ils se sont eux-mêmes choisis, djihadistes (en référence au combat contre la mécréance) : ils ont été tellement individués et leur monde tellement "socialisé" qu’ils en sont devenus soldats capitalistes, et dépités, et qu’ils se sentent guerriers.

Mais ils n’ont rien à voir avec un terrorisme. Il faut être fort pour semer la terreur, le terrorisme est une coloration que peut prendre un pouvoir déjà en place. Ces "djihadistes" ne savent livrer que la mort, pas la terreur.
C’est ce que se contentaient de faire, également, les poseurs de bombes ayant précédé nos deux guerres mondiales : des anarchistes acculés n’ont qu’une foi, la foi du guerrier en la victoire finale – la victoire est une déclinaison laïque du Salut. Une foi à la portée de tout individu, même dans la solitude.

A la grande victoire guerrière et économique d’ouvriers-soldats conquistadors répondent les petites victoires combattantes obtenues par ces "djihadistes" se réclamant d’un Islam qu’ils n’ont guère connu, les vaincus de cette guerre. Si vaincus qu’en voie de zombification ils peuvent facilement être rassemblés en troupeaux et adoptés par quelques manipulateurs à l’affût.

P.-S.

(le 5 février) J’ai cru bon de publier ce texte sur mon blog Médiapart (que je n’utilise presque pas), et un lecteur m’a fait part de son incompréhension. Cela ne m’a pas beaucoup étonné et m’a permis, ou plutôt obligé, de commencer à préciser les choses. Alors je reproduis ici l’essentiel de ma réponse :
J’entends par "individu" ou "individu neutre", une créature humaine produite par des communautés chrétiennes en train de se transformer en société capitaliste (processus de plus de cinq siècles), mais là encore il me faudrait préciser chaque terme de ce que j’avance. Je distingue la société et les communautés comme je distingue les individus et les croyants, afin d’éclairer leur opposition ou, tout au moins, leurs divergences. J’estime qu’à la source de l’apparition de l’individu il y a le soldat, que le soldat a, par le passé, constitué le prototype de l’individu. Mais en un temps qui ose parfois se prétendre pacifié, sinon pacifique, on préfère glorifier l’individu sous sa forme de compétiteur sportif. Les stades sont nos temples, les temples des individus.

Concernant le concept d’individu, j’ajouterai qu’un individu est un élément quelconque d’une masse dont, par exemple, on « sonde l’opinion » (comme on prend la température d’un corps, mais avec de moins bons outils). C’est pourquoi j’avais cru bon de qualifier cet individu de "neutre", mais ce qualificatif est un peu trop ambigu, je le crains.

 
 
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