Peuples sans limites

L’arbre de la guerre

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dimanche 18 février 2018

La solitude est la privation, souvent involontaire, d’un enracinement actuel, vivant, dans une communauté de vie. La peur de l’Autre empêche, de façon involontaire, un tel enracinement vivant dans le présent. Le mouvement idéologique et politique qui, actuellement, proclame et défend une opposition entre, d’une part, l’enracinement, et d’autre part, l’ouverture aux autres ainsi qu’aux adaptations créatrices qu’imposent les conjonctures, ce mouvement s’oppose volontairement à l’enracinement réel, vivant, en acte, dans le présent. Il émane d’esprits sclérosés par une idée fallacieuse : l’identité. Ce sont les esprits des individus privés de véritables communautés de vie, une privation qui leur fait croire que s’enraciner, ce serait se cramponner à un passé idéalisé sinon fantasmé et se figer dans une identité (comme sur les photos d’identité que nous sommes parfois amenés, pourtant, à actualiser).

Bon, je dois me tromper quelque part. Car je suis ni plus ni moins qu’eux privé de communautés de vie ; et je le suis, qui plus est, par une solitude partiellement orchestrée par moi-même. Quelque chose m’échappe encore.

Mon erreur vient sans doute d’une prise en compte insuffisante de la volonté identitaire. Ce n’est pas uniquement par privation de vie communautaire qu’ils vénèrent une identité puisque, de mon côté, je ne l’ai jamais vénéré. Pourquoi je ne l’ai jamais vénéré ? Cela a-il un lien avec mon incroyance nationale, ma mécréance envers une soi-disant identité nationale, mon rejet du fallacieux projet dénommé "nation" ? Mais évidemment !

Ainsi donc, je sous-estime encore les aptitudes mortifères et meurtrières du concept politique et guerrier de "nation" !

Le concept de nation a rendu possible, et d’un certain point de vue nécessaire, l’épanouissement du concept d’identité. En se renforçant l’une l’autre, ces deux aberrations humaines constituèrent le sol idéologique où pouvait germer une idée d’un enracinement se faisant non dans la vie communautaire mais dans l’idée que l’on s’est formé d’une vie passée enterrée. Il se produisit une confusion entre nation et racines, et une fois les racines identifiées aux mythes d’un passé "national", le véritable enracinement communautaire ne fut plus perçu, encore moins reconnu. Les identitaires ne se reconnaissent plus êtres humains, ils se prennent pour des arbres centenaires.

Le moteur de ce processus, c’est le totem Victoire des compétitions capitalistes. Il nous faut nous battre pour notre nation, notre identité, notre territoire (et éventuellement pour agrandir ce dernier). Il nous faut défendre notre arbre généalogique, notre cimetière ; la vie, c’est notre cimetière.

L’arbre, d’apparence immobile, cache la perpétuelle agitation industrielle marchande, mais il lui sert également de fanion rassembleur et de décor en trompe-l’œil. Au cours de ce processus, Astérix a joué son petit rôle, mais pas autant que « la guerre psychologique » d’Obélix et que les pleurs d’Idéfix.
J’aurai au moins mis au jour une justification arborée à l’économie marchande compétitive. Nos problèmes sont d’origine chênétique.

P.-S.

(le 27) Cela dit, nos esprits se développent bel et bien (comme on dit) d’une façon qui ressemble à la croissance d’un arbre. Voir mon texte de début janvier, Une mémoire "accrétive".

 
 
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