Notes ouvertes

Appétence pour le faux et culture de l’ignorance

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mercredi 21 mars 2018

Les "réseaux sociaux" (une appellation pas si mal venue : ils ne sont pas communautaires, ils sont sociaux), twitter en particulier, sont de puissants outils d’analyse du comportement humain. Ils ne sont pas utilisés en premier lieu pour cela, mais les analyses finissent tout de même par être faites un jour. Et quelle est la question du jour ? Pourquoi le faux est-il toujours beaucoup plus propagé que le vrai.
Selon Sinan Aral, Deb Roy et Soroush Vosoughi, du MIT, « L’une des caractéristiques facilitant la reprise du faux, c’est qu’il est nouveau – ou du moins perçu comme tel, vu à travers l’analyse d’un sous-corpus permettant de mesurer le temps entre l’exposition à un tweet délivrant pour la première fois l’information et un retweet. Une analyse confortée par celle de mots liés à des émotions dans les retweets, montrant que le faux est plus souvent accolé au sentiment de surprise mais aussi au dégoût que le vrai. »

(source : http://huet.blog.lemonde.fr/2018/03/08/sur-twitter-le-faux-plus-fort-que-le-vrai/ )

Le même article – un article, donc, évidemment pas un tweet – nous faisant part de la vraie nouvelle, nous expose également des moyens de lutte. En laissant parler Mathias Girel, de l’ENS :

Imaginons que l’on ne puisse partager une information sans commenter un peu, ou sans dire si on la considère comme vraie, fausse ou douteuse ; ou que l’on soit notifié si un contenu partagé se révèle faux… Twitter culmine dans l’instant, et peu de monde se soucie de corriger une information partagée il y a trois mois. Le refus de faire le « service après vente » d’une information que l’on a fait circuler participe de la post-vérité, mais cette attitude peut être encouragée ou découragée par la forme des échanges, les boutons disponibles, les notifications, les alertes. Toute cette ingénierie a été optimisée pour accroître les revenus commerciaux des plate-formes, pas pour favoriser le vrai aux dépens du faux

En complément, dans un entretien avec Libération, Mathias Girel nous a parlé de l’agnotologie, la science de l’ignorance orchestrée.

Twitter est un puissant amplificateur de la réflexion mécanique, physique, matérielle, et un radical étouffoir de la réflexion mentale, un puissant empêcheur de réflexion intellectuelle. Il est profond, mais à la façon d’un miroir… Tiens, un rapport avec notre culte du selfie ? (voir Du sarcophage à individu)

En même temps, son mode opératoire est mécanique et militaire (transmission), l’organisation de sa direction également (hiérarchie). Twitter semble fonctionner surtout en mode collectage de données, pour le moment, mais le dispositif peut tout aussi bien travailler en mode distribution d’ordres (une personnalité russe formée dans les services secrets soviétiques en a pris conscience avant tout le monde).

Mais Twitter, en tant qu’opération et en tant qu’organe effecteur, semble ne pas être dotée d’une direction, comme s’il avait été inventé avant le rôle que, finalement, il exercera (ou pas), comme s’il devait créer sa mission. Et on nous dit que son moteur a des problèmes au niveau approvisionnement énergétique (ressources financières)… tout du moins comparé à la très brillante situation de certains de ses concurrents du "numériques" (réputé être une initiative privée en un monde capitaliste, sa raison d’être ne peut être que, non pas le bien général, mais le bien de ses créateurs et de ses financeurs, à la base).

P.-S.

Un petit débat intéressant à propos des apports du numérique dans nos échanges de nouvelles, débat focalisé sur Facebook et soulignant la grande aptitude de Facebook a enfermer les gens dans des bulles : Le mensonge à l’ère numérique.

 
 
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